La servante écarlate, Margaret Atwood

« Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent. »


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Les + : Le récit, non-linéaire ; des thématiques fortes ; une fin merveilleusement puissante.

Les – : /


C’est grâce au succès de  son adaptation TV que ce bouquin est revenu sur le devant de la scène, avec ce petit bandeau rouge : « le livre qui fait trembler l’Amérique de Trump ». Disons que c’est une petite piqûre de rappel en ces temps étranges : on ne voit rien venir et puis boum, « ça » s’impose à nous.

« Ou j’aurais aidé Rita à faire le pain, plongeant les mains dans cette chaleur résistante qui ressemble tant à de la chair. J’ai faim de toucher quelque chose d’autre que du tissu ou du bois. J’ai faim de commettre l’acte de toucher. »

République de Gilead, un état théocratique fondé sur les ex-Etats-Unis d’Amérique. Après une guerre (floue) semblant avoir opposée plusieurs sectes/mouvements religieux, un groupe a définitivement réussi à asseoir son pouvoir. La fertilité est au plus bas, les relations charnelles sont proscrites et les femmes encore en capacité de procréer, les servantes écarlates, sont assignées aux plus puissantes familles du régime, afin de leur offrir l’enfant tant désiré.

Les femmes, les femmes … Des droits, elles n’en ont plus. Plus le droit de travailler, de fumer, de lire, nada. Elles doivent rester à la maison et s’occuper du foyer ainsi que de la progéniture s’il y en a une. Defred, le personnage que l’on suit tout au long de ces cinq cents pages, est une de ces servantes écarlates. Elle a perdu jusque sa propre identité et vit dans l’attente – redoutée – des jours de cérémonie, correspondant à son ovulation.

Inutile d’en dire plus, si ce n’est pour souligner une originalité particulière à cette dystopie : Defred a vécu le temps d’avant, la montée de l’extrémisme, les changements brutaux. C’est, à mon sens, ce qui rend ce texte très fort et donc relativement différent d’une dystopie plus « lambda » avec une dictature installée depuis plusieurs générations. Là, on est face à un personnage qui étant ancré dans une réalité tout à fait similaire à la nôtre, et cela m’a donné froid dans le dos à plusieurs reprises.

Côté rythme et écriture, le récit pourra ne pas plaire à tout le monde. Je pense qu’il en ennuiera certains ; il est en tout cas écrit d’une manière très particulière, pour un résultat foncièrement différent des dystopies bourrées d’action dont on a l’habitude. Les phrases sont hâchées, comme les pensées fugaces qui traversent Defred. Sa solitude est telle qu’on la sent souvent sur le point de céder à la folie : le pari est plutôt gagné de ce côté-là. Le rendu est en tout cas très contemplatif, et beaucoup de passages me resteront longtemps en mémoire.

Une œuvre à laquelle j’ai bien du mal à trouver un défaut. Une limite peut-être : certains éléments futuristes peuvent prêter à sourire, comme cet « ordinatron » qui a pris un sacré coup de vieux… Mais encore une fois, ce n’est pas le cœur du récit, où alors si peu.

« Je me souviens d’avoir déambulé dans des galeries d’art, parcourant le XIXè siècle : L’obsession des harems qu’ils avaient alors. Des douzaines de tableaux de harems, femmes grasses paresseusement étendues sur des divans, coiffées de turbans ou de toques de velours, à se faire éventer avec des plumes de paon, un eunuque à l’arrière-plan montant la garde. Études de chair sédentaire, peintes par des hommes qui n’étaient jamais entrés dans ces lieux. Ces tableaux étaient censés être érotiques, et je les croyais tels, à l’époque ; mais je vois maintenant ce  qu’ils représentaient réellement : c’était une peinture de l’animation suspendue, une peinture de l’attente, d’objets non utilisés. C’était une peinture qui parlait de l’ennui. »


Genre : Dystopie  –  483 pages

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7 réflexions sur “La servante écarlate, Margaret Atwood

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