Les mots entre mes mains, Guinevere Glasfurd

« Quand Helena Jans van der Strom arrive à Amsterdam pour travailler chez un libraire anglais, la jeune femme, fascinée par les mots, a appris seule à lire et à écrire. Son appétit pour la vie et sa soif de connaissance trouveront des échos dans le cœur et l’esprit du philosophe René Descartes. Mais dans ce XVIIe siècle d’ombres et de lumières, où les penseurs sont souvent sévèrement punis, où les femmes n’ont aucun droit, leur liaison pourrait les perdre. Descartes est catholique, Helena protestante. Il est philosophe, elle est servante. Que peut-être leur avenir ? A partir d’une histoire d’amour avérée et méconnue, Guinevere Glasfurd dresse le portrait fascinant d’une femme lumineuse en avance sur son temps. Un roman de passion et de liberté sur fond de fresque envoûtante des Pays-Bas au « siècle d’or ». »


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Les + : Une belle retranscription d’une époque ; un sujet original.

Les – : Un poil trop de romance au détriment de sujets très intéressants.


Roman à mi-chemin entre la biographie et le fantasme, Les mots entre mes mains – aussi anecdotique que sa lecture restera dans mes souvenirs – fût une découverte très agréable. L’histoire se passe aux Pays-Bas au XVIIème siècle. Helena, jeune femme poussée à devenir servante par une mère qui l’aime peu, est employée depuis quelques temps chez Mr Thomas Sergeant, un libraire anglais vivant seul. C’est une maisonnée plutôt simple, et elle s’y plaît. Mr Sergeant aime particulièrement recevoir des invités de marque, des grands esprits, et c’est comme cela qu’Helena va rencontrer ni plus ni moins que René Descartes.

« De lui, je ne perçois que des détails – les larges rubans de ses souliers, la courbure de ses épaules, ses cils noirs. J’ai remarqué qu’il a des doigts tachés d’encre, des mains délicates d’écrivain, à la peau claire et plus fines que les miennes, que je voudrais cacher tellement elles sont calleuses. »

A la faveur de quelques semaines passés seuls, ils apprennent à se connaître et entament une liaison. Helena est une jeune femme particulière, à la fois pour son époque et aussi sa condition : elle sait lire et écrire, ce qu’elle semble d’ailleurs avoir appris seule en imitant le geste d’écriture de ses doigts sur la paume de ses mains. Cela la rend curieuse de tout. Alors, rien ne le prouve (il ne subsiste rien de leur correspondance mutuelle) mais je pense, tout comme l’auteure à la vue de certains des faits qu’elle explicite à la fin de son œuvre, que leurs sentiments furent sincères.

De cette liaison va naître un enfant, et son existence aura un réel impact sur les multiples travaux de cet homme brillant. Cela rendra aussi sa vie plus compliquée. Descartes est un philosophe (entre autres) – catholique certes – mais n’hésitant pas à s’affranchir des dogmes de la religion, lui préférant la science. Quitte à sûrement parfois frôler la condamnation par l’Église, comme Galilée, cité dans le roman. L’existence de cette liaison non consacrée par le mariage, avec une protestante, ayant de surcroît donnée naissance à un enfant le contraindrait à coup sûr. Alors, ils vivront, séparément ou ensemble mais sans jamais rompre le contact, cette vie de famille peu conventionnelle.

Helena est un personnage très bien écrit. On cerne vite chez elle cette détermination et cette débrouillardise qui l’aident à surmonter de manière raisonnée les différentes épreuves de la vie, à une époque où être une servante – instruite ! – n’était pas forcément évident. Difficile de me prononcer concernant Descartes. Il est si présent dans notre imaginaire collectif – presque plus comme une entité que comme un être humain – que ses apparitions sont trop nébuleuses pour décerner quoique ce soit. Si je m’en tiens au personnage strictement littéraire qu’il est sous la plume de Guinevere Glasfurd, il semble être un homme bien, se donnant corps et âmes à ses travaux scientifiques, abordés d’ailleurs sans lourdeur en cours de récit. Le contexte néerlandais/européen de l’époque, très pieux, ajoute au côté « passionnel » du récit et donne des scènes vraiment pertinentes sur ce que devait être la vie des mères non mariées notamment.

« – Qu’en est-il de sa foi ?

Je murmure : “Catholique.

– Ah, un catholique. » Il claque la langue comme s’il s’y attendait depuis le début et que nous venions de toucher à la véritable nature de mon infortune.” »

Alors, quels sont les faits relevant de l’imaginaire de l’auteure ? Quels sont les faits avérés ? Dans une postface, Guinevere Glasfurd nous l’explique en quelques paragraphes, et fournit une bibliographie assez intéressante. Elle a en tout cas étanchée ma soif d’informations ; le mélange faits biographiques/faits imaginaires/faits supposés me rend chaque fois folle de curiosité.

En résumé, c’est une romance historique, oui, mais c’est aussi l’occasion – toutes proportions gardées – de découvrir sous un nouveau jour un homme que l’on connait tous, mais dont on sait bien peu de choses.

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Genre : historique  –  448 pages

 

 

2 réflexions sur “Les mots entre mes mains, Guinevere Glasfurd

  1. leslivresderose dit :

    J’avais aussi bien aimé ce roman! Je garde un très bon souvenir d’Helena, par contre, comme tu le dis, mon souvenir de Descartes est plus flou! Je me suis juste que parfois son comportement m’énervait un peu par rapport à Helena bien que vu l’époque il était finalement plutôt « en avance »! 😉

    Aimé par 1 personne

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