Station : la chute, Al Robertson

« Après sept ans de Guerre Logicielle entre les intelligences artificielles rebelles de la Totalité et l’humanité – dirigée par les dieux du Panthéon, des consortiums qui se manifestent très rarement à leurs adorateurs –, la Terre n’est plus qu’un gigantesque champ de ruines. La plupart des humains ayant échappé au conflit vivent à bord de Station, un immense complexe spatial. 
Jack Forster a combattu les IA de la Totalité pour le compte du Panthéon, secondé par Hugo Fist, une marionnette virtuelle, un logiciel de combat ultra-sophistiqué installé en lui. Considéré comme un traître parce qu’il s’est rendu à la Totalité, Jack revient des confins du système solaire pour laver son honneur et trouver sur Station les réponses aux questions qui le taraudent depuis sept ans. 
Mais le temps presse : le contrat de licence de Fist arrive bientôt à échéance ; au-delà, c’est la marionnette qui prendra le contrôle, effaçant irrémédiablement l’esprit de Jack, le condamnant au néant. »


Station : la chute n’était pas un Lune d’encre que j’avais prévu de lire. Non que le cyberpunk me déplaise, mais le résumé ne m’attirait pas plus que cela. Puis, au hasard de mes pérégrinations, je suis tombée sur une interview de l’auteur menée par le blog Quoi de neuf sur ma pile ; Al Robertson y expliquait s’être fortement inspiré du long-métrage Le troisième homme, film noir des années quarante que j’aime énormément.

Effectivement, l’influence est grande. Il s’agit même d’une re-contextualisation dans un univers cyberpunk, en gardant le charme des films noirs de l’époque, le prénom et les traits de caractère d’un personnage (Harry) et une réflexion sur la complexité des relations humaines.

Comme dans le film, l’histoire prend place dans un contexte d’après-guerre. Jack Forster, humain et Hugo Fist, logiciel de combat installé en lui et se matérialisant sous la forme d’une marionnette en bois reviennent sur le complexe de Station. Intrinsèquement liés, Jack et Hugo viennent de passer sept ans en prison ; Jack a en effet décidé d’arrêter de détruire les IA (Intelligences Artificielles) rivales comme il était censé le faire pour le compte de Station, dans un contexte de guerre : il n’en voyait ni l’utilité ni le but. Il se sait d’autant plus condamné : la licence de Fist expire dans quelques semaines, ce qui implique que ce dernier va prendre le pas sur lui. Le corps de Jack vivra toujours, mais ce sera Fist aux commandes. Dans ce contexte, il décide de se replonger corps et âmes dans une enquête qu’il n’avait jamais vraiment pu mener à terme : celle-ci implique directement les consortiums à la tête de Station, des entités déifiques contrôlant la vie des habitants du complexe. Il sera aidé dans sa tâche par une vieille connaissance et un ancien amour, Andréa, qu’il n’a jamais pu oublier.

Les premiers chapitres du livre sont assez complexes, non pas vis-à-vis du style mais plutôt de l’introduction de l’histoire. Nous sommes immédiatement plongés dans les méandres de Station, ses quartiers, ses habitudes, ses autorités, et il m’a fallu me concentrer pour bien tout comprendre dans sa globalité. Cependant, ce démarrage difficile dépassé, le reste de l’histoire, malgré un ralentissement léger en milieu de lecture, est très agréable. Al Robertson, qui exerce à côté en tant que conseiller en communication auprès des marques, brasse beaucoup des sujets qu’on attend dans le cyberpunk, en y ajoutant une pointe de nostalgie, du vague à l’âme typique des films noirs, qui s’avère être une excellente complémentarité à un genre cyberpunk dégageant énormément de mélancolie.

Evidemment, la « mort » prochaine de Jack permet de développer plus largement la thématique du départ et du changement, de ce que l’on peut laisser derrière nous comme souvenirs, comme traces, mais aussi comme regrets. Du souvenir que les autres veulent garder de nous ; par exemple, dans ce roman, les morts ont la possibilité de devenir des « Revenants« , soit des lignes de codes générant une impression d’eux, que les proches peuvent régler à leur convenance (plus jeune, avant telle ou telle période, etc …). C’est un aspect du roman, très prégnant, que j’ai beaucoup aimé. Il y a aussi la question de l’illusion virtuelle. Les habitants de Station bénéficient de ce qu’ils appellent La Trame. Ce sont des applications présentes en chacun d’eux leur permettant de voir le monde selon des réglages précis : cela fait apparaître des paysages, des publicités (et nous retrouvons là un sujet que l’auteur maîtrise bien) mais efface aussi, par exemple, les drogués ou les plus démunis. Ainsi, le peuple de Station vit-il dans une réalité virtuelle l’empêchant de sortir du droit chemin, tout cela sous l’égide des divinités du Panthéon, des IA-Dieux contrôlant le moindre aspect de la vie de leurs adeptes.

Au niveau des personnages, je n’ai quasiment rien à redire. Jack Forster est un antihéros, un homme qui cherche à effacer le mal qu’il a pu faire par le passé. Son IA, Hugo, est un peu plus spécial. Dotée d’un caractère plus que trempé, elle a été pensée dans un but de destruction et à quelques difficultés à faire preuve de sentiments plus nobles. Même si j’ai trouvé sa vulgarité parfois surfaite et lassante, j’ai aimé suivre les conversations silencieuses entre ces deux personnages, qui cohabitent dans le même corps (même si Hugo peut se matérialiser). Bien que souvent en désaccord, ils s’apportent chacun l’un à l’autre beaucoup. Andréa, l’amour déçu de Jack, apporte ce je-ne-sais-quoi typique des femmes fatales des films noirs. C’est un peu inexplicable mais l’auteur réussit son coup, et l’impression est là ; elle est chanteuse, et je l’ai sans problème imaginée chanter des airs bluesy et langoureux, dans un vieux club rétro façon speakeasy perdu au milieu d’une multitude d’enseignes  lumineuses et de néons de toutes les couleurs. De plus, le fait que le roman prenne rapidement tous les aspects d’une enquête sentant la corruption à tous les échelons renforce cet aspect. Le récit est donc plutôt maussade, mais en même temps très gracieux.

Station : la chute, pour un premier roman, est donc une très belle réussite, mêlantimages réflexions philosophiques, critiques sociétales et divertissement. Al Robertson s’impose comme un auteur dont il faudra sérieusement surveiller les prochaines publications !

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L’avez-vous lu? Qu’en avez-vous pensé ?


Genre : Cyberpunk   –   480 pages   –   Librement inspiré du film Le troisième homme (fiche Allociné)

6 réflexions sur “Station : la chute, Al Robertson

  1. Lianne - De Livre En Livres dit :

    Je n’ai pas lu cette interview de l’auteur mais du coup je vais aller voir =)
    C’est vrai que l’ambiance film noir est très présente, étant habituée au cyberpunk c’est un fait assez habituel du coup je n’y avais pas spécialement fait attention, j’avoue et en plus je ne connais pas du tout ce film mais tu a éveillé ma curiosité du coup je pense que je vais trouver le temps pour le voir un peu ^^
    On en a un avis à peu près similaire ^^

    J'aime

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