Appelle-moi par ton nom, André Aciman

« Elio, adolescent sensible et cultivé, rencontre Oliver, jeune esthète qui enseigne la philosophie. Elio est discret et timide ; Oliver désinvolte et charmeur. Pourtant, tout les rapproche : la littérature, la musique, leurs origines juives. Et une évidente attirance physique. En Italie, dans la maison familiale près de la côté méditerranéenne, Elio découvre le jeu de la séduction et la souffrance amoureuse. Des années plus tard, il revient sur cet été qui a bouleversé son existence. André Aciman recrée les errances et les fulgurances du désir mais surtout le souvenir de ces moments intenses. La mémoire, la nostalgie et l’oubli ont accompli leur œuvre : ‘tout ce qui reste n’est que rêveries’. »


Publié en 2008 en France sous le titre Plus tard ou jamais, (désormais) Appelle-moi par ton nom revient sur les étals des libraires depuis quelques semaines. Une raison à cela, la sortie du film Call me by your name, qui en est l’adaptation. Un titre étrange et beau à la fois, qui prend tout son sens à la dernière seconde de lecture.

Nord de l’Italie. Le narrateur, Elio, revient sur l’été de ses dix-sept ans. Il est alors un fils unique jouissant d’une éducation très libertaire, appréciant la solitude (même s’il a bien quelques amis) et comme il le dit à un moment « ayant grandi sans télévision ». Alors, il lit énormément (son père est un universitaire émérite et possède à ce titre une sacrée bibliothèque) et joue du piano. Beaucoup. D’ailleurs, les multiples références culturelles que l’on trouve au sein du bouquin ne doivent pas faire fuir, faire peur, ou étonner. Au contraire, elles appuient encore plus la consécration corps et âme d’Elio a tout ce qu’il va se passer, comme le fait que la villa de ses vacances soit gérée par un couple de domestiques.

Donc. La villa dans laquelle il habite est le théâtre, tous les étés, d’un bien étrange manège. Sur curriculum vitae, son père recrute chaque année un doctorant ou un jeune universitaire, pour un marché très simple : le recruté l’aide à gérer sa paperasse quelques heures par jour, et il est en échange nourri, logé et bénéficie d’un cadre idyllique pour s’affairer à ses propres travaux. Cette année, ce sera un américain : Oliver. Cliché parmi les clichés, cet Oliver. Physique d’Apollon, charmeur, intelligent, cultivé. Vingt-quatre ans au compteur et déjà en train d’écrire un bouquin sur la philosophie présocratique ! La mère d’Elio, italienne, le surnomme d’ailleurs vite « muvi star » : il est trop beau pour être vrai. Comme habituellement, Elio entreprend, de temps en temps, de lui faire visiter les coins « à voir » des environs. Il discute avec lui, mais trouve Oliver étrange, jetant le chaud et le froid dans chaque conversation, se montrant parfois expéditif.

Ou peut-être est-ce lui même qui est étrange au contact du bel américain. Elio ne peut en effet s’empêcher de le regarder lorsqu’il se prélasse au bord de la piscine, se surprend à essayer d’attirer son attention. Quelque chose au fond de lui en est certain, et c’est inexplicable de son point de vue : il ne laisse pas Oliver indifférent.

« Vous voyez quelqu’un, mais vous ne le voyez pas vraiment, il est en quelque sorte dans la coulisse. Ou bien vous le remarquez, mais rien n' »accroche », et avant même que vous soyez conscient d’une présence, ou de quelque chose qui vous trouble, les six semaines qui vous étaient offertes sont presque écoulées et il est déjà parti ou sur le point de partir, et vous reconnaissez tant bien que mal ce qui a couvé en vous à votre insu pendant tout ce temps et qui présente tous les symptômes de ce que vous êtes contraint d’appeler un désir. »

Appelle-moi par ton nom est un roman de sensations : celle du soleil brûlant de l’Italie en plein été, de l’indolence estivale, des journées si routinières mais si courtes des vacances, cette période hors du temps lorsqu’on est adolescent, où tout est possible. Celle des fruits frais à portée de main, du vin, des discussions, des relations passagères, des courses à vélo. Ce contexte m’a particulièrement parlé et ému – d’abord parce qu’il a su « parler » à mes souvenirs personnels – mais plus encore parce qu’André Aciman a une sacrée plume, d’une telle beauté !

« Que faisait-on de ses journées ici ? Rien. On attendait que l’été s’achève. Que faisait-on l’hiver, alors ? Je souris en songeant à la réponse que j’allais donner. Il la devina et ajouta : Ne me dis pas : ‘On attend que l’été arrive’ ? »

Elio n’est pas vraiment un jeune homme complexe, il brûle de vivre, de dire ce qu’il pense et de faire ce qu’il aime. Oliver, lui, en revanche, se drape derrière un masque de confiance et d’assurance nonchalante pour mieux cacher une partie de lui qu’il n’assume pas. Au fur et à mesure de ma lecture, je me suis beaucoup attachée à ce personnage un peu lâche, qu’il faut creuser patiemment pour mieux comprendre. Le travail d’André Aciman sur ses protagonistes est vraiment poussé et réussi sur ce point, même sur les personnages d’une moindre importance ; je pense par exemple au père d’Elio, qui dans un monologue à son fils, nous offre l’un des plus beaux moments du récit.

André Aciman ouvre pas mal de pistes sur le sujet de l’éveil à la sexualité, aux pulsions et au désir. Bien sûr, il est question de l’homosexualité, son acceptation, les pratiques sexuelles, leurs déroulées et leurs conséquences sous un angle très cru, complémentaire aux découvertes d’Elio. La dernière partie du livre est aussi l’occasion de parler de notre propre traitement des souvenirs, de l’idéalisation et de notre (parfois) dommageable tendance à vivre dans le passé, de la façon de chérir ses souvenirs et du besoin de savoir que l’autre en a gardé un aspect tout aussi intact et précis. La douleur si ce n’est pas le cas. Cette partie du livre est presque éprouvante car Elio, le narrateur, ne nous cache aucun aspect de sa pensée à ce sujet et nous met face à nos propres doutes. Cela (fait rare) m’a même fait venir les larmes aux yeux tant la fin est abrupte mais en même temps si logique, et il m’est arrivé plus d’une fois de relire ce dernier chapitre incroyable.

Appelle-moi par ton nom est donc mon deuxième coup de cœur de l’année après Les vestiges du jour d’Ishiguro, mais aussi un titre que je propulse sans hésiter au sein decouv74162952 mes livres de chevet !

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[22/03/2017 : Je n’ai pas encore vu le film, mais une amie qui a eu cette chance puis qui a lu le livre ensuite m’a dit que les deux étaient très complémentaires et les fins un peu différentes. Selon elle, lire le livre avant de voir le film permet surtout de mieux comprendre le personnage d’Elio, qui semble un peu difficile à cerner dans le long-métrage.]

 


Genre : Littérature US   –   248 pages

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