Opération Sabines (#1 Monts et merveilles), Nicolas Texier

« Londres, 1937. L’enchanteur Carroll Mac Maël Muad et son domestique Julius Khool, un vieux soldat maure ayant servi dans les légions de la République romaine de Weimar, sont missionnés par le Special Operation Service pour exfiltrer un savant vénitien. Les découvertes de celui-ci intéressent de très près une société secrète composée de poètes, de sorciers et de créatures de l’outre-monde. »


Un narrateur charismatique

Cela commence fort : le narrateur, Julius Khool (qui porte son patronyme à merveille) a une telle gouaille, une telle verve qu’on se laisse emporter dans le récit singulier des aventures de cet homme à la retraite bien agitée.

« Je servais alors depuis longtemps la bannière du roi Edgar, dans les troupes destinées à défendre nos comptoirs en Inde, mais en eus un jour soupé du gin, des currys et des climats extrêmes. Aussi, et sans pourtant posséder, dans les Royaumes-Unis de Grande-Bretagne, du Pays de Galles, d’Ecosse ou d’Irlande, aucune attache ni famille, ni le moindre talent, à vrai dire, pour autre chose qu’éventrer mon prochain, panser mes chevaux et brocarder mes supérieurs, je décidai de rendre lance et uniforme puis de m’embarquer à bord du vapeur Excalibur, destination Londres, dans le but de me trouver un maître, un foyer, enfin quelque douceur de vivre … »

Ex-soldat, pas vraiment patriote -son allégeance a parfois vogué d’un royaume à un autre-, en cette année 1938, Julius aspire à ne plus être entouré par le sang, les morts, l’alcool et la violence. C’est donc comme domestique qu’il va refaire sa vie. A l’agence de travail londonienne dans laquelle il se rend en début de récit, on lui indique qu’une place est libre auprès d’un jeune enchanteur encore étudiant, Carroll Mac Maël Muad.

Si les premiers mois de vie commune sont plutôt calmes (Carroll est peu présent, Julius a beaucoup de temps libre) et informels (ils mangent ensemble, se traitent comme des égaux), très vite, Carroll est approché par les services secrets britanniques, qui lui confient une mission : ramener au Royaume un dénommé Valère – qu’il connaît bien- et dont les travaux scientifiques pourraient aboutir à la découverte d’une arme à la puissance monumentale.

« C’est ça le danger avec ton Valère, tu comprends ? Le triomphe de la science matérialiste ! Un autre grand désenchantement, définitif celui-là ! Avec, à la clé la disparition de l’outre-monde, parce que plus personne n’aura besoin de la magie, tout ça sera remplacé par des machines. »

Commencent alors des péripéties qui les mèneront aux quatre coins de l’Europe, et même dans l’Outre-Monde d’ailleurs, sur les rives du Styx.

Un joyeux melting-pot

Car Opération Sabines est un véritable mélange -maîtrisé, sans aucun doute- de références à l’histoire, à la littérature (Khool est un amateur des belles lettres), le tout mixé à une fantasy décomplexée (on y aborde les premiers traits d’un système de magie très bien élaboré), à une uchronie érudite, avec en plus un soupçon d’ambiance Steampunk épousant très bien ce genre d’univers brumeux. Je ne rentrerais pas dans les détails car il vaut vraiment le coup de tout découvrir au fur et à mesure de sa lecture par soi-même ; pour ma part, beaucoup de passages m’ont fait largement sourire de satisfaction, tant l’auteur semble avoir pensé à tout.

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Un exemple tout de même : un mage guérisseur explique, à un moment du récit, être spécialisé dans une magie « des maux de l’âme qu’il traite grâce à un ensemble de rituels révolutionnaires appelé « psychanalyse » » … Le tout mis au point par « un médium de Vienne » ! La référence à Freud est subtile et en même temps géniale car quelle importance avait alors encore ses travaux à cette époque !

« Seul un poste de téléphone, innovation remarquable finalement adoptée par nos troupes avec vingt ans de retard su les armées continentales, donnait à l’ensemble une surprenante touche moderne. »

Et la plume ?

Un petit mot sur le style de l’auteur pour conclure. Son amour des belles et longuessab phrases colle bien avec le caractère de son personnage principal, Julius Khool, qui au détour d’une phrase, a toujours une anecdote sur sa vie de soldat à nous raconter. Ce personnage, d’ailleurs, est si charismatique, si imposant, qu’il nous laisse la sensation de totalement méconnaître son maître, Carroll et peut-être aussi sa magie et LA magie en générale. Gageons que cela sera plus amplement abordé dans un deuxième tome !

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Genre : Uchronie – 368 pages

Une autre uchronie, sur un ton plus intime : Mes vrais enfants, Jo Walton

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