La quête onirique de Vellitt Boe, Kij Johnson

« Clarie Jurat a disparu. Nul ne sait où, mais il semblerait qu’elle se soit enfuie en compagnie d’un homme… un homme venu du monde de l’éveil. Au sein du Collège de femmes d’Ulthar, c’est la consternation : pareille fugue pourrait remettre en cause l’existence même de l’institution. Pour Vellitt Boe, le temps est venu d’abandonner ses atours confortables de professeure vieillissante au profit de sa défroque oubliée de voyageuse émérite ; retrouver son élève est impératif. Une quête qui la conduira loin, bien plus loin qu’elle ne l’imagine, d’Ulthar à Celephaïs, au-delà même de la mer Cérénarienne, jusqu’au trône d’une ancienne connaissance, un certain Randolph Carter… »


Une inspiration Lovecraftienne

Kij Johnson nous transporte dans les Contrées du rêve, explorées notamment dans la nouvelle de Lovecraft La quête onirique de Kadath l’inconnue – l’hommage est clair dans le titre. N’ayant pas lu la nouvelle en question, je serai bien en peine d’effectuer une mise en relation intéressante entre les deux. J’ai cependant lu d’autres œuvres de l’auteur se déroulant dans ces contrées et ailleurs, ce qui est déjà un bon point pour comprendre – il me semble – où l’autrice a voulu en venir. Et si vous n’avez jamais lu Lovecraft, sachez que ce court roman s’apprécie aussi pour ce qu’il est – quelques références vous échapperons alors (la présence du chat ou de Randolph Carter par exemple).

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Vellitt Boe est professeure au collège de femmes d’Ulthar, le seul à bien vouloir leur fournir un enseignement d’ailleurs. Elle a une cinquantaine d’années, et après une jeunesse pleine d’aventures, elle mène désormais une vie d’ascète au sein de cet internat.

Un soir, une des élèves disparaît, coupable d’avoir suivie un homme du monde de l’Éveil (soit notre Terre). Son père étant un généreux mécène, il faut impérativement la retrouver, sous peine de voir l’établissement fermer. C’est Vellitt qui, à pied, part alors en quête de la jeune femme à travers un territoire hostile, rempli de créatures effrayantes.

« – Ce qu’il y a de mal à cela, rugit Vellitt, c’est que son père peut obtenir la fermeture du collège …

– Il ne ferait jamais une chose pareille ! la coupa Hurst, atterrée.

– … Voire bannir les femmes de l’Université. Alors, vous comprenez enfin ? Quelle est l’adresse de cet homme ?

Hurst se mordilla la lèvre.

– Heller a pris une chambre au Cerf Percé. Il n’est pas d’Ulthar. Je pensais vous l’avoir dit : il est spécial. Il vient du monde de l’éveil. C’est là qu’il compte l’emmener. »

Une héroïne qui sort des sentiers battus

Ce n’est pas souvent que l’on suit les pensées d’une héroïne de l’âge de Vellitt. La cinquantaine passée, elle a toujours été un esprit libre ; libre de voyager, de parcourir le monde, d’enseigner désormais, dans le seul collège de femmes. C’est d’ailleurs parce que la disparition de son élève Clarie Jurat menace directement l’existence du collège qu’elle choisit de repartir à l’aventure. Elle qui avait peur de s’être quelque peu « encroûtée », découvre avec bonheur que ses capacités physiques sont au rendez-vous.

Vellitt ne fait pas que défier les stéréotypes sur l’âge. Le fait de voyager seule lui vaut des regards inquisiteurs, des préjugés et du mépris. Elle y est habituée et n’en a que faire.

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« Elle était la seule femme, bien entendu, mais elle en avait l’habitude. Pendant ces années passées sur les routes, elle en avait croisé d’autres comme elle ; la plupart du temps, elles voyageaient avec un mari : leur véritable époux parfois, mais souvent un amant, ou même un simple ami. Beaucoup d’hommes se méprenaient sur les intentions des femmes se déplaçant seules. »

Hommage et ré-appropriation

Comme je le disais plus haut, la simple intrigue se suffit à elle-même. Mais il y a plus. Outre moult créatures venues directement de l’imagination de Lovecraft (citons pêle-mêle les Zoogs, les Gugs et beaucoup, beaucoup de Goules), l’autrice se ré-approprie une oeuvre, un auteur, un univers qu’elle adore sûrement mais qui l’exclue. Ce n’est pas un scoop, parmi les nombreux défaut de Lovecraft, il y avait la misogynie. On imagine aisément l’autrice, jeune écrivaine en herbe, lire une première fois Lovecraft et l’adorer. Puis le relire, l’aimer toujours autant, tout en se rendant compte de ce qui pose problème dans ce qu’il écrit, dans la manière dont il véhicule ses idées. Même avant de lire l’interview de Kij Johnson présente à la fin de l’oeuvre, j’avais deviné cet aspect, ce besoin de pouvoir s’inclure dans un univers qu’elle a tant aimé : ce ne peut pas être un hasard si Vellitt et elle se situent dans la même tranche d’âge.

« Elle se palpa le crâne, tira l’une de ses mèches torsadées devant ses yeux et constata que ses cheveux demeuraient noirs et parcourus de fils d’argent. Ce monde n’admettait pas les gugs, mais acceptait les femmes âgées sans problème, apparemment. Elle sentit se loger en elle ce qu’il attendait des femmes de son âge : c’était à peine mieux que dans les contrées du rêve. »


En bref, c’est à lire si …vellitt

  • Vous connaissez l’univers de Kadath, imaginé par Lovecraft et êtes intéressés par un écrit mêlant à la fois admiration, critique & recul sur son œuvre ;
  • Vous ne connaissez pas ou peu Lovecraft mais êtes tout de même curieux d’en savoir plus.

Genre : Fantastique   –   220 pages

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4 réflexions sur “La quête onirique de Vellitt Boe, Kij Johnson

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