Purge, Sofi Oksanen

« En 1992, l’union soviétique s’effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes.
Ainsi, lorsqu’elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte …
Peut-on vivre dans un pays occupé sans se compromettre ? Quel jugement peut-on porter sur ces trahisons ou actes de collaboration une fois disparu le poids de la contrainte ?
Des questions qui ne peuvent que résonner fortement dans la tête des lecteurs français. »


Genre : Littérature finlandaise   –   408 pages


Il y a des pays qu’on rencontre peu en littérature. Pourtant l’Estonie et moi nous étions déjà croisées il y a quelques années à l’occasion de ma lecture (géniale) de L’homme qui savait la langue des serpents, d’Andrus Kivirähk (qui ne se passe pas du tout à la même époque d’ailleurs).

Ici, ce sont deux femmes qui narrent l’existence et les épreuves, dans des allers-retours temporels :

• Dans les années quarante/cinquante, Aliide a vu son pays, l’Estonie, envahie par l’Allemagne puis par la Russie soviétique. Par des choix et des alliances qu’on ne validera pas forcément de notre point de vue présent, elle continue tant bien que mal sa vie dans la petite ferme dans laquelle elle vit depuis longtemps et vit chichement de ses quelques bêtes, ses cultures et ses simples.

• Dans les années quatre-vingt-dix, la jeune Zara débarque en piteux état dans la ferme de la vieille Aliide, qui se terre dans sa méfiance loin de tous.

Ce roman est fait de plein de choses. En fil rouge, un secret pesant se dénoue jusqu’aux dernières lignes, tout au long d’une période historique compliquée. Dans les années quarante, l’Estonie connaît successivement l’invasion allemande, puis l’annexion par l’URSS, qui durera jusque dans les années quatre-vingt-dix. Le personnage d’Aliide, tout en nuances et en zones d’ombre, m’a forcément fait réagir. Follement jalouse de sa sœur aînée, elle tracera son destin « politique » sur de biens mauvais sentiments mais aussi sur une personnalité fragile, voire carrément instable. Hors des interrogations qu’elle symbolise (Qu’aurais-je fait si j’avais vécu à telle période ? À20 quel point désire-t-on survivre ?), Aliide est ce genre de personnage qu’on ne peut détesté malgré la gravité de ses actes car pèse dans la balance l’horreur de ce qui l’entoure. Sofi Oksanen bosse particulièrement son portrait psychologique en tout cas, et arrive par le biais d’un fin portrait du personnages, à nous questionner.

Le personnage de Zara est différent. Russe aux racines estoniennes, elle est de ces jeunes déracinés par le déplacement de vieux kolkhoze en vieux kolkhoze, qui rêve d’un ailleurs vers l’Occident – terre de toutes les promesses. Cependant, elle est tombée sous la coupe d’un proxénète russe et vit un cauchemar, sur lequel elle revient peu à peu alors qu’elle se trouve en sécurité chez Aliide. Le langage se fait plus cru, l’écriture plus urgente, et cela fait de la mafia russe – fléau de l’après-communisme, le deuxième grand thème du livre.

Purge est donc un livre qui ne ménage pas et mérite les nombreuses éloges qu’il a reçu, pour sa construction astucieuse et son évocation de l’après-communisme. On y sent aussi un grand attachement à parler du point de vue des femmes, ce qui m’a beaucoup plu.

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Un dernier mot sur la couverture, sobre et bien pensée ; on s’en rend compte à la fin de la lecture, et on en s’en trouve étrangement touché. 


Une réflexion sur “Purge, Sofi Oksanen

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