Les fureurs invisibles du cœur, John Boyne

« Cyril Avery n’est pas un vrai Avery et il ne le sera jamais – ou du moins, c’est ce que lui répètent ses parents adoptifs. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ?
Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif d’un couple dublinois aisé et excentrique par l’entremise d’une nonne rédemptoriste bossue, Cyril dérive dans la vie, avec pour seul et précaire ancrage son indéfectible amitié pour le jeune Julian Woodbead, un garçon infiniment plus fascinant et dangereux. Balloté par le destin et les coïncidences, Cyril passera toute sa vie à chercher qui il est et d’où il vient – et pendant près de trois quarts de siècle, il va se débattre dans la quête de son identité, de sa famille, de son pays et bien plus encore. »


Genre : littérature irlandaise   –   580 pages


Quand je suis tombée sur le pitch de ce livre en surfant sur Netgalley, le nom de l’auteur me disait vaguement quelque chose sans que cela soit très clair. Procédant donc comme la majorité du commun des mortels, j’ai pris la direction de Wikipédia. En réalité, il est l’auteur du seul livre que mon petit frère ne m’ait jamais conseillé (seules les BDs comptent pour lui) : Le garçon au pyjama rayé.

Ici, John Boyne s’oriente vers une littérature destinée aux adultes, et entreprend de nous raconter le XXème siècle de l’Irlande par le biais d’un personnage très attachant, Cyril. Né de ce qu’on appelait une fille-mère, il est donné par sa génitrice à l’adoption, car il est inconcevable pour une jeune femme d’élever son enfant seule dans cet état où la religion est omniprésente.

« Bien longtemps avant que nous sachions qu’il était le père de deux enfants de deux femmes différentes, l’une à Drimoleague et l’autre à Clonakilty, le père James Monroe, devant l’autel de l’église Notre-Dame de l’Étoile de la mer, dans la paroisse de Goleen, à l’ouest de Cork, accusa ma mère d’être une putain. »

Cyril va traverser ce siècle ultra-puritain avec un bagage de départ déjà bien lourd, auquel il faut rajouter des parents adoptifs absolument hallucinants d’indifférence, son homosexualité, les problèmes politiques de son pays, l’émergence du SIDA, la sensation de passer à côté de tout pour ne pas faire de vagues (à la façon d’un Mr Stevens, le héros des Vestiges du jour d’Ishiguro), son manque perpétuel de repères.

« La relation entre Charles et Maude était cordiale et pragmatique. La plupart du temps, ils n’avaient pas grand-chose à faire ensemble, et n’échangeaient rien de plus que quelques phrases nécessaires à la gestion efficace du foyer. (…) Maude avait une manière particulière de traiter Charles, comme une ottomane qui ne sert à personne mais qui vaut la peine d’être gardée. Charles ne témoignait qu’un intérêt limité à sa femme, trouvant sa présence à la fois rassurante et dérangeante, un peu comme Edward Rochester à l’égard de son épouse Bertha Mason lorsqu’elle s’agitait dans le grenier de Thornfield Hall, un vestige de son passé qui demeure inexorablement dans sa vie quotidienne. »

J’aurais adoré avoir un énorme coup de cœur pour ce roman inventif et truculent ; les parents adoptifs de Cyril notamment sont absolument fantastiques de couardises, à la fois caustiques et tragiquement indifférents. On adore les détester. Les moments moquant le puritanisme sont souvent magistraux. Pourtant, les intrigues sont trop souvent cousues de fils blanc, manquent de profondeur, et finalement, échouent à emporter. Il m’a semblé qu’à certains moments, l’auteur – en dressant ces galeries de personnages qu’il ne creuse pas vraiment – se perdait en route, tout comme il perdait le fil de son histoire. Cela génère d’abord des longueurs, puis des pistes non-résolues. Le résultat : un manque de liant qui m’a semblé criant.

En tout cas, il m’ait souvent venu en tête durant ma lecture Le gang des rêves, pour ce côté à la fois réjouissant et mélancolique très prégnant : nul doute, si vous avez aimé suivre Christmas, vous adorerez Cyril !

« Une fois par mois, sans exception, survenait un jour où on la trouvait en larmes à son bureau, pleurant parce qu’elle s’était « corrompue » et qu’aucune homme ne voudrait plus jamais d’elle. Mais, quand arrivait l’heure du thé, elle se redressait soudain, filait aux toilettes et revenait le visage soulagé pour nous dire que tante Jemima était venue lui rendre visite quelques jours et qu’elle n’avait jamais été aussi contente de la voir. Cette annonce me déconcertait, et une fois je lui demandai où vivait cette tante Jemima, qui semblait venir à Dublin tous les mois pour quelques jours. Mes collègues éclatèrent de rire et Miss Joyce décréta qu’elle aussi avait autrefois une tante Jemima, mais que sa dernière visite remontait à la Seconde Guerre mondiale, et elle ne lui manquait pas du tout. »

En conclusion … Un roman qui n’a pas su créer d’étincelles en moi, pêchant par trop 32d’éparpillement, mais qui a tout de même de belles qualités d’écriture.

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Lu dans le cadre d’un partenariat avec NetGalley et l’éditeur J.C. Lattès.

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