Le vaisseau magique (#1 Les aventuriers de la mer), Robin Hobb

« Une famille de grands propriétaires terriens se retrouve ruinée. Sa seule richesse réside dans la possession d’un magnifique bateau en bois-sorcier, La Vivacia, jusqu’ici consacré au transport de marchandises. Or, peu avant de mourir, le capitaine Vestrit le lègue à l’époux de sa fille aînée, homme autoritaire et entêté, qui tente honteusement de restaurer la fortune d’antan en se livrant au transport d’esclaves. Cet héritage lèse ainsi la cadette, Althéa, qui entretient pourtant une complicité étroite et des liens passionnés avec le bateau sur lequel elle navigue depuis sa plus tendre enfance. Elle jure alors de le reconquérir coûte que coûte. Emportée dans une spirale de malheurs, la famille Vestrit va affronter les épreuves les plus terribles. Car la discorde divise désormais ses membres. Dans une atmosphère de plus en plus dramatique, Robin Hobb distille un suspense qui ne cesse de croître au fil des pages. »

L’assassin Royal, première époque :     #1     #2     #3

NB : Il n’est pas obligatoire d’avoir lu L’assassin royal auparavant. 


Genre : Fantasy   –   951 pages


Honte à moi qui aime la fantasy et qui jusqu’à l’année dernière n’avait jamais lu Robin Hobb. Depuis, je me soigne, merci, à un rythme ma foi assez soutenu à la vue des briques que sont ses œuvres. Et donc, après avoir découvert la première partie de L’assassin Royal, la chronologie de l’histoire me fait quitter ces Six-Duchés à l’ambiance médiévale, et m’emmène dans les grandes villes marchandes du sud du territoire (mode Rennaissance ON), à la découverte de personnages dont les destins vont être bouleversés.

« L’émerveillement et la révérence circulaient en lui au rythme de son sang. Arbre. Écorce et sève, odeur du bois et parfum des feuilles qui tremblaient au-dessus de lui. Arbre. Mais aussi terre et eau, air et lumière ; tout allait et venait au travers de l’être connu sous le nom d’arbre. Il se déplaçait avec ces éléments et connaissait par intervalles une existence d’écorce, de feuille, de racine, d’air et d’eau. »

Pour ceux qui ont lu L’assassin royal, nous sommes quelque temps à peine après l’assaut final contre les Pirates. La cité de Terrilville se situe bien en dessous des Six-Duchés, sous les états Chalcède, pas très loin du très mystérieux Désert des Pluies. On y fait la rencontre de l’un des personnages principaux du roman : Althéa. Fille d’un marchand et marin respectable, parmi les premiers à s’être installé sur ces terres, elle a à peine une vingtaine d’années lorsque son père décède. Elle s’attend en toute logique à hériter de sa vivenef – car elle a navigué de longues années à ses côtés – mais le destin en décide autrement et elle fera tout pour le récupérer. Au même moment, le jeune Hiémain, son neveu qu’elle ne connaît guère, doit quitter précipitamment sa formation à la prêtrise, pour veiller son grand-père mort. Ce qu’il pensait n’être qu’un court aller/retour va s’éterniser car son père a finalement décidé de lui réserver un tout autre destin.

Dans le même temps, un capitaine pirate, Kennit, espère mettre rapidement la main sur une vivenef, et des serpents de mer  tout à fait conscients cherchent leur destin. Voilà le point de départ de l’histoire. Mais au fait, c’est quoi ce mot, vivenef ?

La Vivenef, c’est un bateau dont la figure de proue est animée et dôtée d’une conscience, qui s’éveille lorsque trois générations d’une famille ont péri sur son pont. Ce sera le cas de la Vivacia, la vivenef de la famille d’Althéa et Hiémain. Ces transports prodigieux sont l’œuvre des habitants du Désert des Pluies, capables d’une magie qui ne semble pas avoir de limites.

« La Vivacia était une vivenef. Soixante-trois ans plus tôt, sa quille avait été déposée, et cette longue pièce d’un seul tenant était en bois-sorcier. Sa figure de proue était faite du même matériau, arraché au même grand arbre, tout comme les planches de sa coque. »

La vivenef, c’est aussi et surtout LA belle idée de l’autrice, qui distille ce soupçon de merveilleux qu’elle maîtrise si bien. Vivacia et les autres sont des personnages à part entière, et en refermant le tome, on s’accroche à l’idée de vouloir enfin savoir d’où elles viennent, qui elles sont, comment elles sont fabriquées – plus encore que de connaître la suite du cheminement de nos personnages principaux !

Cependant, on apprécie tout de même leurs aventures. Car Althéa et Hiémain, bien que d’âges différents, ont comme point commun une immaturité importante et ne se rendent pas compte d’avoir été choyés toute leur vie avant de s’embourber dans les problèmes. Le roman est initiatique, une voie que l’autrice semble adorer. D’irréfléchis et sûrs d’eux, ils se remettent progressivement en question tout au long du récit, qui ne les ménage pas, entre situations familiales conflictuelles, politique et délitement d’une société entière. D’autres pistes sont aussi jetées : le Gouverneur des états Chalcèdes devient sensiblement despotique, l’esclavage est en passe d’être légalisé et rapporte gros sur les transports marchands, de vieux pactes avec le peuple du Désert des Pluies ressurgissent, … Le tome installe et introduit efficacement tous les personnages et tous les points importants des évènements à venir. Comme toujours chez Robin Hobb, c’est propre et carré : pas d’incohérence à l’horizon, tout est magistralement orchestré et c’est un plaisir à lire. Elle se paie même le luxe d’y inclure un personnage de L’assassin royal, ajoutant encore plus de mystère à l’histoire.

Ne nous y trompons pas cependant. Si le fond est dans la continuité de L’Assassin royal, la forme diffère. D’un récit très introspectif au plus prêt des émotions de son personnage principal – qui ne ménage donc pas le lecteur, on se retrouve ici face à un pur roman d’aventures très classique, plus simple dans son écriture ; moins descriptif et contemplatif, Les aventuriers de la mer fait la part belle aux dialogues (et il n’y a bien que Robin Hobb pour me faire aimer ça !) et aux scènes à enjeu.  Si un personnage ou un rebondissement vous intéresse moins, vous savez que deux pages plus loin, vous serez ailleurs. C’est tout l’intérêt – mais aussi la limite ! – de cette série : parfois, certains faits nous sont présentés comme tel sans qu’on les ait vu venir – par exemple la naissance d’une amitié sûrement importante mais dont on ne prend pas la mesure. J’attends donc avec impatience de m’attaquer à l’intégrale 2 afin de savoir si le récit ne se perd pas et saura resserer ses jalons vers l’essentiel.

 » S’il avait été debout, il n’aurait peut-être pas entendu le murmure de Vivacia ; mais il était assis, les paumes à plat sur le pont, et la réponse de la vivenef résonna dans son âme comme une volée de cloches. «L’existence des hommes en ce monde est peut-être une ruse de Sa. “Je ferai toutes choses vastes, belles et fidèles à elles-mêmes, a-t-il peut-être déclaré. Les hommes seuls seront capables de mesquinerie, de méchanceté et d’autodestruction. Et, afin de rendre ma ruse plus cruelle encore, je placerai parmi eux des hommes qui sauront voir ces traits en eux-mêmes.” Crois-tu que ce soit ce qu’a fait Sa ?» « 

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En conclusion … Un voyage dépaysant tourné vers l’aventure, qui nous laisse à bout de souffle ! Avec en prime, la plume géniale de Robin Hobb. 

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2 réflexions sur “Le vaisseau magique (#1 Les aventuriers de la mer), Robin Hobb

  1. The teapot library dit :

    Haaaa ça me donne trop envie de les relire !!!!! J’adore Robin Hobb, j’ai lu tous les cycles de l’assassin royal, les aventuriers de la mer, et la cités des anciens, ils ont tous géniaux ! Par contre j’ai lu les 2 premiers cycles de l’assassin royal, et ensuite les aventuriers de la mer (je savais pas que la chronologie plaçait les aventuriers de la mers au milieu, ça ne m’a pas trop gêné, mais c’est mieux de faire comme toi et lire dans l’ordre quand même). Bonne lecture !

    Aimé par 1 personne

    • MahaultMots dit :

      Je comprends, quand j’aurai tout terminé dans un avenir lointain 😉 ce monde me manquera assurément, je le sens ! Je te rejoins sur l’ordre de lecture : il est plus « logique » mais loin d’être indispensable de ce que je vois pour l’instant, car ce sont tout de même deux aventures très différentes. Bonne lecture à toi également, et merci pour ton passage !

      Aimé par 1 personne

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