Arcadie, Emmanuelle Bayamack-Tam

« «Si on n’aimait que les gens qui le méritent, la vie serait une distribution de prix très ennuyeuse.»

Farah et ses parents ont trouvé refuge en zone blanche, dans une communauté libertaire qui rassemble des gens fragiles, inadaptés au monde extérieur tel que le façonnent les nouvelles technologies, la mondialisation et les réseaux sociaux.
Tendrement aimée mais livrée à elle-même, Farah grandit au milieu des arbres, des fleurs et des bêtes. Mais cet Éden est établi à la frontière franco-italienne, dans une zone sillonnée par les migrants : les portes du paradis vont-elles s’ouvrir pour les accueillir ? »


Genre : Littérature française   –   448 pages


En cherchant à en savoir un peu plus sur l’autrice d’Arcadie, Emmanuelle Bayamack-Tam, je suis tombée sur un article à son sujet titré « Prière de déranger« . Bien trouvé ce titre, parce que cela résume tout à fait mon sentiment à l’issue de cette lecture un brin étrange et pot-pourri.

« Je pensais que nous avions le cœur assez grand pour aimer tout le monde Mais non. Les migrants peuvent bien traverser le Sinaï et s’y faire torturer, être mis en esclavage se noyer en Méditerranée, mourir de froid dans un réacteur, se faire faucher par un train, happer par les flots tumultueux de la Roya : les sociétaires de Liberty House ne bougeront pas le petit doigt pour les secourir. Ils réservent leur sollicitude aux lapins, aux vaches, aux poulets, aux visons. Meat is murder, mais soixante-dix Syriens peuvent bien s’entasser dans un camion frigorifique et y trouver la mort, je ne sais pas quel crime et quelle carcasse les scandaliseront le plus. Ou plutôt, non, je le sais, je connais trop bien leur mécanique émotionnelle, leur attendrissement facile concernant nos amies les bêtes, et leur cruauté pragmatique quand il s’agit de nos frères migrants. Ils ne mangent plus de viande et ils ont peur de la jungle, mais ils tolèrent que sa loi s’exerce jusque dans leurs petits cœurs sensibles. »

Le livre se présente comme le témoignage de Farah, une jeune femme se souvenant de son adolescence dans une communauté un poil New Age du sud de la France, pas très loin de la frontière italienne. Farah s’est installée dans la grande maison que la communauté occupe avec ses parents et sa grand-mère. Sa mère est électro-sensible, son père – dépeint comme sans caractère – est son plus grand suiveur, et sa grand-mère, une femme qui vit dans les marges, les accompagne car l’idée la séduit dans l’immédiat.

L’éminence grise de la communauté, c’est Arcady, un homme d’une cinquantaine d’années, bedonnant et dégingandé, que Farah considère comme l’amour de sa vie ; ainsi, lorsqu’elle a quinze ans (donc l’âge de la majorité sexuelle), entament-t-ils une relation suivie, assez dérangeante. D’ailleurs, Farah découvre vite qu’elle est atteinte d’un syndrome particulier – dont j’ai oublié le nom exact – mais qui lui cause notamment une malformation vaginale. C’est comme cela qu’on passe d’un récit sur les ressorts d’une communauté telle que celle-là à la quête d’identité de Farah, ni vraiment masculine, ni vraiment féminine.

Dans son intégralité, ce livre m’aura tout de même perdu un certain nombre de fois ; si j’ai apprécié la première partie où Farah présente la communauté et ses membres ainsi que la fin (franchement haletante et ancrée dans notre réalité), j’ai par contre eu des difficultés à adhérer au centre du récit : la quête d’identité de Farah m’a semblé trop irréelle, trop fantasque et très redondante : beaucoup de phrases et de faits sont sans cesse répétés, et cela gomme le sujet qui m’intéressait avant tout : la communauté ! En fait, on se retrouve face à deux thématiques qui jamais ne parviennent à se mêler correctement à mon sens, ce qui m’a fait passer à côté du cœur du récit que j’ai trouvé too much.

Ce que j’en ressens après lecture, c’est qu’il aurait peut-être fallu aborder cette quête d’identité autrement. Je suis en tout cas assez étonné que le résumé n’en fasse pas part parce que c’est un sujet auquel je ne m’attendais pas DU TOUT en commençant ma lecture. D’ailleurs, la mention des migrants sur la quatrième de couv’ m’interpelle : même si elle est décisive, ce n’est qu’une petite partie du récit qui porte sur ce sujet, le déclencheur d’un tournant plus qu’un véritable plaidoyer pour quelle que cause que ce soit. Enfin bon, la mention n’était pas forcément nécessaire – et j’ose espérer qu’il ne s’agit pas d’une quelconque accroche commerciale.

C’est dommage, parce que Farah est un beau personnage de fiction : pétrie de contradictions, elle défend bec et ongles la communauté et pourtant, n’hésite pas à se montrer particulièrement critique envers elle. Et le prière de déranger est là : ce point de vue assez neuf nous fait envisager la communauté non comme une secte d’allumés (alors que ce serait notre premier réflexe !) mais plutôt comme un doux ensemble de personnalités inadaptés au monde tel qu’il est. Emmanuelle Bayamack-Tam joue avec le curseur de notre jauge d’empathie (jusqu’à la fin, quelle piqûre de rappel !) avec une grande habileté.

« L’amour est faible, facilement terrassé, aussi prompt à s’éteindre, qu’à naître. La haine, en revanche, prospère d’un rien et ne meurt jamais. Elle est comme les blattes ou les méduses : coupez-lui la lumière, elle s’en fout ; privez-la d’oxygène, elle siphonnera celui des autres ; tronçonnez-la, et cent autres haines naîtront d’un seul de ses morceaux. »

En conclusion …41

Il faut le lire pour se faire son propre avis ! Parmi tous les avis que j’ai pu parcourir, le coup de cœur était quasi-systématique. Pour faire bref, il ne faut pas s’attendre à du beau, c’est assez âpre et rugueux. Pour ma part, je suis un peu passée à côté de cette quête identitaire.

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3 réflexions sur “Arcadie, Emmanuelle Bayamack-Tam

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