Prends ma main, Megan Abbott

« Kit est une jeune chercheuse en physique, ambitieuse, intelligente, en passe d’obtenir le poste de ses rêves auprès de son mentor et idole. Mais une nouvelle recrue vient troubler ses plans et son passé revient la hanter lorsqu’elle découvre que sa rivale n’est autre que Diane, sa meilleure amie du lycée, perdue de vue depuis plus de dix ans. Dix ans durant lesquels Kit s’est efforcée d’oublier Diane et le lourd secret qu’elles partagent.
Rapidement, la compétition devient un jeu dangereux qui menace de les détruire…

Un roman psychologique hypnotisant sur la capacité d’un secret à souder une amitié pour toujours. Ou la détruire à jamais. »


Genre : Littérature nord-américaine   –   345 pages


Même si roman policier, polar et thriller ne se disputent pas la place au sein de ma bibliothèque, Megan Abbott est une autrice dont j’apprécie les écrits (particulièrement Vilaines filles et Fièvre) : son ambiance très « US » avec pom-pom girls, flics, fric, villes grises, personnages féminins ambivalents et regard critique bien appuyé m’interpelle.

Prends ma main suit donc Kit, une jeune femme post-doc(torat) dans le labo du docteur Séverin, une femme tentant de théoriser et financer des recherches sur le TDPM – pour Trouble Dysphorique Pré-Menstruel (c’est bien plus violent que le Syndrome Pré-Menstruel, s’apparentant à une dépression très sévère qui surviendrait à chaque cycle à un moment précis, laissant les femmes victimes en roue-libre). Kit évolue dans un monde particulièrement concurrentiel : chacun de ses collègues post-doc espère échapper à sa situation précaire et être recruté dans l’équipe définitive du Dr Séverin – alors même qu’ils se fichent bien du sujet de recherche – qui vient d’obtenir un financement important afin de poursuivre ses travaux. Certains viennent de grandes familles et de grandes universités de la IVY LEAGUE, d’autres ont un conjoint qui les soutient ;  Kit elle est seule et n’a pour elle qu’un solide bagage de boursière dans une université d’État.

Elle est surtout la seule femme exceptée sa patronne. Puis un jour, l’annonce tombe : une nouvelle recrue rejoint l’équipe, et Kit ne connaît que trop bien son nom : il s’agit de Diane Fleming, qu’elle a rencontré une douzaine d’années plus tôt à un camp d’été. Alors, les sentiments ambivalents qu’elle ressent envers Diane la submerge à nouveau et semblent lui faire perdre pied ; entre la répulsion d’une personnalité quasi-sociopathe et une forme de pitié pour son aspect angélique et son innocence non-feinte, Diane déboule à nouveau dans la vie de Kit, qui avait pourtant tout fait pour l’oublier.

« J’ai toujours su, je crois, confusément, que nous nous retrouverions, Diane et moi. 

Nous sommes attachées l’une à l’autre, par les chevilles, pour une monstrueuse course à trois pattes. Complices accidentelles. Conspiratrices méfiantes. 

Ou jumelles siamoises, secrètement amalgamées. »

Au départ, il m’a semblé que l’histoire se dirigeait vers un retour sur une amitié toxique aux conséquences désastreuses, un peu comme dans Respire d’Anne-Sophie Brasme. Le chapitrage particulier – on a soit les chapitres « Avant« , soit les « Maintenant » – le laissait en tout cas penser. Pourtant, il ne s’agit pas vraiment d’une amitié, car on comprend vite – tout comme Kit – qu’il est impossible d’être amie avec Diane. Disons que Kit avait une chance sur un million de tomber sur quelqu’un comme cela, et que c’est aussi sa personnalité à elle et son histoire personnelle qui rend l’étrange lien qui subsiste entre elles deux possibles. C’est en tout cas assez difficile à résumer sans trop en révéler, car on comprend vraiment la genèse de tous ces évènements à la fin du bouquin.

« Douze ans plus tard, le simple fait de penser à elle ressemble encore à une chose vivante à l’intérieur de ma tête. Une créature bossue aux oreilles pointues, griffes sorties. Semblable à celle dont je rêvais quand j’étais enfant. C’est ton ombre, m’a dit ma mère un jour. Elle est plus utile que tu le crois. »

Prends ma main vaut surtout pour son ambiance vénéneuse, poisseuse, envoutante & grise dans laquelle on se laisse glisser facilement. Kit est un personnage vraiment intéressant : une jeune femme sans éclat, un peu invisible, dont on questionne finalement souvent le sens moral. L’autrice réussit à faire pour nous du personnage de Diane ce qu’elle représente pour les protagonistes du roman : une jeune fille/femme incompréhensible, dont on ne doute pourtant jamais de la sincérité. Toutes les deux, ainsi que le Dr Severin, sont typiques des personnages de femmes étranges et féroces dont Megan Abbott a le secret, des femmes toujours un peu écartelée entre amitié et rivalité, à la sauvagerie habilement dissimulée. Les trois pourraient d’ailleurs être un aspect d’un seul et même personnage. Entre force, pulsion et faiblesse, il ne peut toujours en rester qu’une, non ? 3

Bref, sous couvert d’un thriller à l’apparence simple, Megan Abbott parvient une fois encore à convoquer une multitude d’images et d’idées grâce à des personnages féminins tordus à souhait. Et une question latente, pesante, demeure : doit-on les révérer ou être terrifié ? À vous de voir en lisant cette belle réussite.

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Merci à NetGalley France et aux éditions Le Masque pour ce partenariat.

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