Transcription, Kate Atkinson

« 1940. Juliette Armstrong, une très jeune femme est recrutée par un obscur département des services secrets anglais. Son rôle consiste à transcrire les conversations de drôles de sympathisants anglais au nazisme. Une tâche bien monotone mais qui deviendra terrifiante.
À la fin de la guerre, devenue productrice à la BBC, la voilà étrangement confrontée aux fantômes de son passé. Une autre guerre se joue là sur un terrain diffèrent et Juliette est à nouveau exposée. Tout se paie, Juliette commence à se rendre compte que tout acte a ses conséquences.
Un nouveau grand roman plein de force et d’empathie par l’un des plus grands écrivains anglais d’aujourd’hui. »


Genre : Roman historique   –   400 pages


Kate Atkinson est une autrice touche-à-tout. Elle mêle facilement dans ses écrits l’uchronie, le roman historique, le polar, le roman d’espionnage, le policier. D’elle, j’aime beaucoup Dans les coulisses du musée (un p’tit chef-d’œuvre) et Une vie après l’autre, qui sont assez représentatifs de son art du mélange des genres. J’avais donc hâte de lire Transcription. Nous y retrouvons le dénominateur commun de la majorité de ce qu’elle a produit : l’histoire récente de la Grande-Bretagne et plus particulièrement la période de la seconde mondiale, son avant, son après et les bouleversements qui en ont découlé au sein de la société anglaise – le tout dans un style so british, mais avec une intrigue qui pédale un peu dans la semoule …

“ »Un mariage royal devait bientôt avoir lieu. Alors qu’elle était allongée sur cette rue londonienne avec ces étrangers empressés autour d’elle, on préparait une vierge sacrificielle, un peu plus loin, pour satisfaire les exigences de faste et de pompe de certains. Des drapeaux britanniques accrochés partout. Pas d’erreur possible, elle était bien de retour chez elle. Enfin. « Cette Angleterre … », murmura-t-elle. »”

Transcription suit le personnage de Juliette Armstrong, 18 ans en 1940. Elle vient d’un milieu modeste mais est une élève brillante et studieuse, jusqu’à ce que sa mère décède brutalement. Orpheline, elle abandonne l’idée de poursuivre des études brillantes et passe un diplôme de dactylographie. C’est ainsi qu’elle est – comme énormément de jeunes filles à ce moment-là – recrutée par le MI5 pour un travail de secrétariat d’abord, puis de transcription : elle retranscrira les réunions des membres d’une cinquième colonne composée d’anglais bien peu influents et très ennuyeux, pro-fascisme et pro-nazi, le tout pour son agent référent, Perry. S’interrogeant souvent sur l’utilité et la pertinence de sa mission, Juliette est une jeune femme très cultivée mais qui ne saisit pas exactement l’ampleur de ce qu’il se passe dans le monde, quand bien même elle met un cœur sincère à son rôle d’espionne (ce qui donne quelques scènes cocasses bienvenues).

À côté de cela, nous la retrouvons en parallèle dans les années 1950. Devenue productrice d’une émission pour enfants sur la BBC (lieu de chute d’après ce que j’ai cru comprendre de ma lecture de beaucoup d’anciens espions, reconvertis dans la propagande peut-être ?), vivant dans une grande solitude et une certaine paranoïa, elle a l’impression que les fantômes de son passé d’espionne ressurgissent. Pourquoi ? Qui voudrait s’en prendre à elle ? Qu’a-t-elle fait pour qu’on lui en veuille ? C’est ce que le récit va tenter de démêler.

 “L’épaule voûtée, des petits galets à la place des yeux – un peu décalés, comme si l’un des deux avait un peu glissé – et une peau marquée par la petite vérole qu’on aurait crue truffée de plombs minuscules. (Peut-être qu’en réalité elle l’avait été.) Des blessures de guerre, se dit Juliette, assez contente de l’effet sonore produit par les mots dans sa tête. On aurait pu en faire le titre d’un roman. Peut-être écrirait-t-elle un roman. Mais l’entreprise artistique n’était-elle pas le dernier refuge de ceux qui ne s’engagent pas ?”

Dans la semoule, disais-je donc car il  y a un gros souci au niveau du déroulement de l’intrigue dans ce nouveau roman de l’autrice. Le recoupement des faits et le dénouement se concentrent sur une cinquantaine de pages à la fin, sans qu’on comprenne comment on en arrive là. Certaines idées – l’homosexualité d’un personnage, la trahison d’État, l’impact de la Guerre sur la personnalité  – donnent l’impression qu’elles seront développés puis en fait non, elles sont résolues en trois lignes et on passe soudainement à autre chose. Un manque de liant se fait cruellement sentir à la moitié de la lecture, et des mystères sont cultivés trop longtemps, avec une résolution problématique : à trop ménager ses effets, l’autrice nous perd et nous nous demandons. Très honnêtement, je ne suis même pas certaine d’avoir bien saisi la fin de l’intrigue.

Le point positif, c’est que nous retrouvons quand même le style inimitable de Mme Atkinson, ce qui sauve l’ensemble : son érudition, ses digressions, son humour (parce que certains moments sont franchement drôles). Son sérieux aussi, car elle a comme toujours fait un gros travail en amont sur les faits qu’elle évoque, travail sur lequel elle revient d’ailleurs en fin d’ouvrage. Les parties sur la Juliette des années 1950 et son travail à la BBC sont passionnantes, riches d’anecdotes sur l’importance que le média radio avait alors à tous les âges de la vie, puis l’évocation des difficultés de la haute société anglaise à vivre ce tournant historique (un sujet évoqué aussi dans Les vestiges du jour de Kazuo Ishiguro) et a accepté son moindre rôle m’a plu (même si elle aurait pu plus pousser dans ce sens).

“Le paysage morne qu’ils étaient en train de parcourir, le ciel de plus en plus bas au-dessus de leur tête et le terrain accidenté sous leurs pieds conspiraient de concert pour qu’elle se sente comme une malheureuse sœur Brontë, poursuivant sans répit dans la lande l’introuvable épanouissement. Perry lui-même n’était pas totalement dépourvu de qualités Heathcliftiennes – l’absence de légèreté, le mépris impitoyable pour le confort de la jeune fille, la manière qu’il avait de vous scruter comme si vous étiez une énigme à résoudre. La résoudrait-il ? Peut-être n’était-elle pas assez compliquée pour lui. (D’un autre côté, peut-être l’était elle trop.)”

Transcription n’est donc pas un Kate Atkinson de haut-vol – mais gageons qu’elle fera5 mieux la prochaine fois !

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Merci à NetGalley France et aux éditions J.-C. Lattès pour ce partenariat.

3 réflexions sur “Transcription, Kate Atkinson

    • MahaultMots dit :

      Ah tu vois, nous avons des avis sensiblement différents ! Pour son prochain, j’aimerais tout de même qu’elle quitte la thématique de la seconde guerre mondiale, que je commence à trouver redondante dans son oeuvre.

      J'aime

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