Génocides, Thomas Disch

« Il y eut d’abord l’inexplicable désintégration des cités, les gratte-ciel qui s’effondraient, écrasant des centaines de milliers d’hommes.

Et les quelques survivants ont fui vers la campagne, encore paisible, «normale»… mais pour combien de temps ? Jusqu’au jour où, sous leurs yeux, jaillit la Plante, gigantesque monstre végétal qui prolifère, ravageant tout sur son passage.

Ils fuient encore, sous terre, où ils se trouvent piégés dans un labyrinthe de racines… celles de la Plante ! Se nourrissant de sa sève, ils essayeront de survivre. Qui «ils» ? Des hommes ? Des termites plutôt, ou des vers… »


Genre : Science-fiction   –   256 pages


Paru pour la première fois en 1965, Génocides peut se vanter de ne pas avoir pris une ride, que ce soit dans son propos comme dans sa structure : un court roman, efficace, ayant pour principale caractéristique une noirceur glaçante. Il ressort ce mois-ci chez Helios en format poche : l’occasion d’une belle découverte.

L’histoire commence sur les chapeaux de roues : l’invasion extra-terrestre a déjà eu lieu, quoique parler d’invasion soit un peu injuste puisqu’il s’agit de plus que cela. Comme n’importe quelle terre cultivable, la Terre a été ensemancée par une espèce venue d’ailleurs, dont nous ne saurons absolument rien de tout le récit. Des plantes invasives et gigantesques ont pullulé sur toute la surface du globe, éradiquant au passage les autres cultures et détruisant petit à petit l’humanité. On parle d’ailleurs dans le texte de la Plante, avec un P majuscule dans le texte, tant elle est omniprésente absolument partout.

C’est par l’entremise d’une petite communauté – autrefois un village – de survivants que nous arrivons dans ce sombre avenir imaginé par Thomas Disch, communauté au sein de laquelle règne tel un despote le patriarche Anderson. Armé d’une Bible et d’un fusil & secondé par ses deux fils, il est à la tête d’un groupe comptant environ 250 personnes, parmi lesquelles se trouvent des réfugiés arrivés après le début de l’invasion. La fierté d’Anderson, c’est d’avoir pu sauvegarder quelques bêtes (des vaches, principalement) alors que la majorité des espèces a disparu. Ainsi, il se sent tel Noé à la tête de son Arche, grand sauveur de l’espèce humaine, espèce qu’il place au dessus de tout. Cette invasion représente pour lui l’occasion rêvée de faire le tri entre deux “facettes” existantes chez l’Humain : les gagnants et les perdants.

Mais cette survie quasi-idyllique va brusquement prendre fin suite à une série d’erreurs aggravant chaque fois un peu plus la situation déjà précaire de l’ensemble. Et une question en suspens, tout au long du livre : et si l’humain, comme n’importe quelle autre espèce animale, était voué à disparaître ?

« Au loin, l’Alworth Building s’effondra. Derrière, lui, dans le port asséché, un navire était couché sur le flanc et crachait des flammèches par ses hublots.

Ici et là, parcourant les décombres, on voyait les machines incendiaires achever leur travail. Vues de si loin, elles semblaient tout à fait innocentes. Elles rappelaient exactement à Jackie ces petites Volkswagen du début des années cinquante, alors qu’on n’en voyait que des grises. Elles étaient vives, diligentes et propres.

– Nous devrions nous mettre en route, dit-il. Elles vont bientôt commencer à nettoyer les faubourgs.

– Eh bien adieu, civilisation occidentale, fit Jackie en agitant le bras en direction de la fournaise ardente. »

Une fois le décor rapidement planté, nous quittons donc l’aspect purement SF du roman pour nous concentrer sur les pérégrinations d’un groupe d’humain où se confrontent les points de vue : celui d’Anderson donc, mais aussi celui d’un de ses fils et d’un réfugié, bien plus à même de saisir la folie de cette course vers la survie vouée à l’échec. La Plante forme un « personnage » bien originale, à la fois alliée et ennemie, indispensable à la survie de l’Homme alors qu’elle provoque également sa perte irrémédiable.

J’ai bien essayé de réfléchir à quelques aspects négatifs, mais rien ne m’a suffisamment gênée pour que j’ai envie de le faire ressortir au sein de cet chronique, car l’auteur a eu le bon sens d’aller droit à l’essentiel – à savoir ce qu’il arrive à ce groupe humain que l’on suit – sans détailler expressément ni l’aspect SF comme je l’ai dit plus tôt ni l’époque (les personnages évoquent souvent le cinéma et des personnalités de l’âge d’or d’Hollywood restées dans l’histoire du septième art donc ce n’est pas déroutant). Le style de Thomas Disch sert très bien cette volonté de rester concentrer sur un aspect du récit : il est simple, ne s’encombre pas d’effets – inutiles ici – et insinue en nous quelques images fortes : celle comparant les humains à des vers dans un fruit me restera en mémoire.

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En conclusion … Ce roman cinquantenaire m’a fait passer un excellent moment. À la fois intelligent dans son propos comme dans sa forme, c’est une découverte dont je suis sortie particulièrement sonnée, d’autant plus qu’il peut être interprété de bien des façons.

 

 

3 réflexions sur “Génocides, Thomas Disch

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