L’empreinte, Alexandria Marzano-Lesnevich

« Étudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien tout à fait inattendu entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable. Dans la lignée de séries documentaires comme Making a Murderer, ce récit au croisement du thriller, de l’autobiographie et du journalisme d’investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d’éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l’on imagine. Aussi troublant que déchirant. »


Genre : Mémoires   –   480 pages


Nous sommes aux États-Unis. L’histoire débute alors qu’Alexandria, l’autrice, a vingt-cinq ans et vient tout juste de terminer sa première année de droit. Elle choisit d’effectuer un stage d’été en accord avec ses convictions et choisit un cabinet d’avocats spécialisé dans la lutte contre la peine de mort ; fervente opposante à la peine capitale, elle souhaite mettre à profit ses nouvelles compétences dans une cause qui lui tient à coeur. La suite de l’histoire va s’avérer bien plus compliquée ; dès l’arrivée des stagiaires, le cabinet leur expose une des affaires sur laquelle il travaille actuellement : obtenir un nouveau procès à Ricky Langley, un homme condamné pour atteinte sexuelle sur mineur par le passé, qui se trouve dans le couloir de la mort suite au meurtre d’un enfant. La réaction d’Alexandria est viscérale : elle souhaite ardemment sa mort et sait d’ailleurs exactement pourquoi ; c’est le point de départ d’une affaire qui va la suivre plus de dix ans, durant lesquelles elle réfléchira, à travers l’écriture de ce texte, au pourquoi de sa réaction épidermique.

« «Il a reçu la peine de mort», dit mon frère.

Le temps que je comprenne ses mots, je suis contre la peine de mort. La mort, c’est ce dont j’ai peur. La mort, c’est ce qui a emporté ma sœur ; la mort, c’est ce que les adultes redoutent pour mon frère ; la mort, c’est ce dont je fais des cauchemars. À travers les livres de ma mère et les histoires de mon père, j’ai commencé à envisager la Constitution comme un document d’espoir. La loi que j’aime tant peut donc imposer la mort ? »

L’empreinte est un bon exemple d’un genre qui se trouve en ce moment sur le devant de la scène littéraire : la narrative non fiction, genre pas très nouveau et qui a existé sous d’autres noms par le passé. Pour ma part, je le comprends comme une envie de dire que l’autobiographie ne peut pas prétendre à la vérité exhaustive : elle est une projection de notre vérité à nous, et comporte donc une part de fiction.

Ici, Alexandria choisit de nous raconter son parcours de victime d’inceste (elle a longtemps été abusée par son grand-père) par le biais de cette affaire qui va peu à peu la hanter par tout ce qu’elle remue en elle. Et en premier lieu ceci : c’est la mère de la petite victime de Ricky Langley elle-même qui est à l’origine de cette demande d’un nouveau procès, car elle est elle-même opposée à la peine capitale. Ce qu’Alexandria interprète d’abord comme un geste de pardon « chrétien » revêt une dimension bien plus profonde et réfléchie qu’elle découvrira au fur et à mesure de ses années de travail sur cette affaire – et donc sur elle même ; une notion qu’il lui faudra assimiler elle-même pour pouvoir avancer et comprendre ce qui a été en jeu dans sa famille.

La construction du livre est à l’image de ce chemin : Alexandria nous déroule ses souvenirs au fur et à mesure de son avancée dans l’affaire Langley – elle émaille le tout de quelques transcriptions de procès-verbaux et tente de s’imaginer, en se basant sur des témoignages, ce qu’a pu être le parcours de Ricky Langley, ce coupable qui n’a pas été écouté – elle la victime qui n’a pas été entendue. Elle nous raconte aussi l’histoire de sa famille qui vit « sous la religion du droit », de ses parents avocats, aussi fantasques qu’instables et silencieux, de son difficile éveil à la sexualité, nous parle de transmission … ; tout cela sans ne jamais tomber dans le voyeurisme ou perdre de vue le sujet de son récit. Ça peut paraître foutraque dit comme cela mais la construction du récit – nous partons toujours d’un argument ou d’un fait précis qui est développé en profondeur – est profondément intelligente. couv65999265-2

Une chose est sûre : c’est un livre extrêmement difficile à résumer, qui nécessite d’être lu attentivement pour être compris et assimilé et qui fait partie de ceux – rares – capables de nous faire évoluer vers une pensée moins binaire. Premier coup de cœur de l’année donc !

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3 réflexions sur “L’empreinte, Alexandria Marzano-Lesnevich

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