Boy erased, Garrard Conley

« Garrard a 19 ans lorsque ses parents découvrent son homosexualité. Problème : ce sont des chrétiens ultra-conservateurs. Pour eux, leur fils doit être « guéri ». Garrard est alors conduit dans un centre de « conversion », où des pasteurs le forcent à devenir un autre. Où la Bible fait loi. Où Harry Potter est un livre déviant, où il est interdit d’écouter Beethoven. Là-bas, malgré tout, Garrard trouvera l’amitié et la force d’être lui-même. »


Genre : Mémoires   –   388 pages   –   Lecture dans le cadre de la Masse critique Babelio


Boy Erased est un récit autobiographique de Garrard Conley, un jeune américain dorénavant âgé d’une trentaine d’année. Il y revient sur un épisode particulier de sa vie : la découverte par ses parents de son homosexualité et leur décision de l’envoyer au sein d’un centre de conversion afin de le « guérir » de ce qui est considéré pour eux comme une « déviance ».

Garrard a 19 ans lorsque ses parents découvrent qu’il est homosexuel – d’une manière particulièrement choquante. Il est étudiant à la fac depuis quelques mois ; s’éloigner de sa famille, côtoyer d’autres personnes, étudier et s’ouvrir au monde lui fait peu à peu prendre conscience que ce désir pour d’autres hommes qu’il interprétait comme quelque chose qu’il fallait absolument cacher, est en fait une constituante entière de sa personnalité, qu’il ne peut pas jouer à être quelqu’un d’autre. Comment articuler cela au sein d’une famille baptiste ? Comment l’assumer, surtout lorsqu’on a un père prédicateur qui s’apprête à être consacré pasteur, faisant peser un poids énorme sur les épaules d’une famille sans cesse en représentation ?

Cela n’a rien d’évident. Nous sommes au début des années 2000. Le président Georges W. Bush parle au nom de Dieu lorsqu’il émet le souhait d’aller chercher des armes nucléaires en Irak. La majorité de la communauté baptiste boit ses paroles et se retranche derrière un fondamentalisme toujours plus exacerbé. Ce n’est d’ailleurs pas anecdotique : cette religion est majoritairement présente dans les États du sud – la convention Baptiste des états du Sud est d’ailleurs la communauté évangélique la plus importante du pays. Garrard et sa famille sont originaires de l’Arkansas (qui se situe au-dessus du Texas). Autre caractéristique : c’est une communauté libérale, qui n’aime pas les manifestations quotidiennes de l’État  que sont les impôts, les écoles même parfois, …

Même s’ils ont depuis déménagé (ses parents ont abandonné leur entreprise de coton au profit d’une concession de voitures), ces racines restent ancrés au sein de la famille de Garrard et la nouvelle communauté dont ils font partie est toujours plus soudée, toujours plus dure dans ses préceptes.

« Il y avait parmi les autres membres de notre groupe des hommes et des femmes adultères, d’anciens professeurs de lycée et autres éducateurs dont la réputation avait été souillée par des rumeurs sur leur sexualité, ainsi que des adolescents retenus ici contre leur gré dans le cadre du programme Refuge, une division controversée de l’organisation qui ciblait les parents pour qui le centre était la seule chance de sauver leurs enfants. »

C’est dans ce contexte que le camp de conversion leur apparaît comme LA solution. Après qu’un test médical de mesure de la testostérone ait donné des résultats tout à fait classiques, Garrard y passe ses week-end, puis ses vacances scolaires, à essayer de comprendre pourquoi le pêché de l’homosexualité lui est tombé dessus. Grand-père drogué ? Grand-mère accroc aux jeux d’argent ? Les explications sont toutes plus fantasques les unes que les autres.

Il découvre surtout avec stupeur que ces camps sont menés et tenus par d’autres « ex-gay » (des personnes comme lui passées par la thérapie), dont la culpabilité est le levier idéal afin de les maintenir toujours au plus prêt de la religion.

Le style de Garrard Conley est particulièrement sensible, totalement au service de cette histoire compliquée ; sa famille est aimante mais lui fait pourtant subir le pire, au nom de cet amour. Malgré le passage des années, l’émotion est encore largement palpable et ces sentiments à fleur de page m’ont touché.

« Difficile de bâtir un arbre généalogique avec pour tout matériel de vagues souvenirs de ma petite enfance. La vie de mon père, à partir du moment où il avait découvert sa vocation et était devenu prédicateur, avait entièrement rempli notre mythologie familiale. La place qu’il occupait dans notre ville et notre communauté était si grande qu’elle l’emportait sur tout ce que nous savions de nous-mêmes. J’étais Son Fils. Ma mère était Sa Femme. »9

Boy Erased est donc une lecture très informative si les États-Unis vous intéressent, vous questionnent. Le livre nous permet de mieux comprendre l’intérieur de ces communautés, ses membres et son organisation en marge de l’État, un peu comme Une éducation de Tara Westover permettait de mieux appréhender la vie de mormons fondamentalistes. Mais c’est aussi l’occasion d’aborder la difficile notion d’amour filial, dans ce qu’elle a de meilleurs comme de pires.

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6 réflexions sur “Boy erased, Garrard Conley

  1. Coraline dit :

    Ce livre a l’air vraiment poignant. Je pense que le sujet pourrait m’intéresser parce que j’ai toujours du mal à comprendre ce genre de raisonnement… En tout cas, ta chronique me donne très envie de le découvrir !

    Aimé par 1 personne

    • MahaultMots dit :

      Oui il l’est, et d’autant plus intéressant que Garrard – l’auteur donc – essaie vraiment de comprendre ce qui a poussé ses parents à prendre cet horrible décision, contre laquelle il n’a d’abord pas protesté, puisqu’il était lui aussi dans le même schéma de pensée ! Je te le conseille si ces problématiques t’intéressent, il apporte vraiment un éclairage différent. 🙂

      Aimé par 1 personne

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