Le seigneur de Charny, Laurent Decaux

« Champagne, 1382. Quand, après six années de croisade, Jacques de Charny regagne enfin ses terres, il découvre, stupéfait, une foule immense massée devant l’église du château.

De toute l’Europe, des pèlerins affluent pour prier devant la relique extraordinaire détenue par la famille : le saint suaire, sur lequel apparaît le corps martyrisé du Christ. Pour sauver le domaine de la faillite, Jeanne, la mère de Jacques, a décidé d’exposer publiquement cette relique cachée aux yeux du monde depuis des décennies.

Alors qu’il espérait être accueilli à bras ouverts, Jacques se heurte à la défiance et l’hostilité de tous. Sa mère, la première, lui reproche d’avoir ruiné la seigneurie avec ses voyages en Orient. Pierre d’Arcis, l’implacable évêque de Troyes, veut interdire l’exposition du drap sacré. Et même sa promise, la ravissante Hélène, s’est mariée à un barbon… Seuls ses deux amis d’enfance, Miles, le bouillonnant comte de Brienne, et Arnaut, le fougueux chevalier de Jaucourt, semblent se réjouir de son retour.

C’est alors qu’un jeune seigneur et sa suite arrivent en Champagne pour admirer la sainte relique. Pour Jacques, cette visite inattendue va s’avérer providentielle… »


Genre : Historique   –   416 pages


Après six années de Croisades au côté de son cousin Henri de Lusignan (descendant de Guy, le dernier roi de Jérusalem), Jacques de Charny revient sur les terres dont il a hérité. Le voyage de retour a été compliqué et éprouvant. S’attendant à être célébré en héros, il fait pourtant bien vite face à l’accueil froid et distant de sa mère Jeanne et ne reconnaît pas sa jeune soeur Marie, désormais âgée de quinze ans. Pire, sa bien-aimée Hélène s’est mariée avec un Vicomte qui ne fait pas partie de la noblesse de sang et les finances de sa châtellenie sont au plus bas, cela par sa faute car il a fallu financer ses campagnes.

Heureusement, ses terres abritent aussi un suaire que les pèlerins viennent le voir en nombre. Moyennant finances bien sûr : celle-ci sont gérés par le prélat Anselme, un homme droit et honnête, et sont utilisées pour financer la construction d’une nouvelle et immense Eglise – symbole de l’expression d’une foi toujours plus forte et omniprésente, – suffisamment spacieuse pour exposer le Suaire et accueillir les nombreux pèlerins. Ce chantier fait vivre des centaines de personnes et permet aux terres de Jacques de connaître une paix relative alors que le reste du royaume de France gronde.

“Jacques sourit aimablement.

– Je n’ignore pas les thèses de Wyclif, dit-il, mais l’idée qu’il faut supprimer toute entremise entre Dieu et les croyants est aussi vulgaire qu’erronée ; sans l’Eglise, l’homme serait l’ennemi de l’homme et tout s’effondrerait.

Arnaud sourit à son tour.

– Il est pourtant des questions que le commun se pose, et qu’il est fâcheux d’ignorer. Pourquoi l’Esprit s’incarne-t-il dans l’hostie, plutôt que dans la roue d’une charrue ou la queue d’un chat ? Qui a la meilleure chance d’accéder aux cieux : le père qui manque la messe pour veiller son fils ou le sacristain qui monnaye son indulgence contre les baisers d’une mignonne ? Pourquoi l’Evangile est-il dit en latin et proscrit en langue vulgaire ? Tôt ou tard, l’Eglise devra dépasser ses contradictions, qui inquiètent le populaire et le font jeter dans l’incroyance ou la superstition.”

Mais c’est un autre problème qui menace Charny : certaines autorités religieuses n’apprécient pas l’intérêt que le peuple porte au suaire et crient au faux, allant jusqu’à menacer la relative paix qui règne sur les terres de Charny en montant une grossière machination. 

Entouré de ses meilleurs amis – eux aussi seigneurs – Miles et Arnaut, Jacques va tout faire pour sauver l’honneur de sa famille et tenter de retrouver la place qui est la sienne. Et c’est d’ailleurs ce pan de l’histoire qui est vraiment le cœur du roman. En cela, l’histoire de Jacques – même si elle s’ancre dans un Moyen-Âge incroyablement réaliste – semble celle sans âge du soldat qui rentre du front, de la promesse d’une gloire qu’il ne retrouve pas à son arrivée. Sa naïveté de départ en font un personnage attendrissant et plaisant à suivre qui cherche encore sa place dans une société en perpétuelle mutation, au sein d’un royaume qui en est encore à ses balbutiements.

“- Misérable …, répondit Jacques ; oui, c’est le mot. Je suis le plus misérable des hommes, depuis que je suis rentré chez moi … On m’en veut d’être rentré, autant qu’on me déteste d’être parti. Chacun me donne l’impression que je n’ai rien à faire ici. J’étais mieux traité chez les pâtres grecs et les derviches du Levant ! Vraiment, Miles, je me demande à chaque instant pourquoi je suis revenu …”

Toute la construction du roman est donc une intelligente alternance entre faits réels et11 histoire de Jacques, personnage fictionnel. Pour preuve, la fin : sans la divulguer ici, sachez juste que l’auteur fait en sorte que son personnage principal refuse une responsabilité importante. Ainsi, il est pleinement dans l’Histoire MAIS n’y laisse nullement sa trace (sans blague, c’est un petit coup de génie qui m’a bluffé).

Donc, que vous soyez curieux du Moyen-Âge ou un amateur d’Histoire aguerri, Le royaume de Charny saura vous faire passer un bon moment !

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