West, Carys Davies

« John Cyrus Bellman, jeune veuf inconsolé, vit avec sa petite fille de dix ans, Bess, dans leur ferme de Pennsylvanie. Un entrefilet dans la gazette locale, faisant état d’une découverte stupéfiante, va le sortir de sa mélancolie et de son désœuvrement : de mystérieux ossements gigantesques auraient été déterrés, quelque part dans le Kentucky. Nous sommes au dix-neuvième siècle, et le continent américain demeure pour une large part inexploré. Qu’y a-t-il donc à l’ouest ? Se pourrait-il que des créatures fantastiques rôdent dans les terres inconnues qui s’étendent au-delà du fleuve Mississippi ? Bellman décide d’en avoir le cœur net et, s’improvisant aventurier, part à la recherche des bêtes sauvages, en compagnie d’un jeune éclaireur indien répondant au nom de Vieille Femme de Loin.

Bess, livrée à elle-même et aux bons soins d’une tante revêche, passera de longs moments, penchée sur les atlas de la bibliothèque, à suivre en imagination le périple de son père – sans se douter que les monstres n’existent pas que dans les songes ou aux confins du monde, mais qu’ils sont aussi là, bien réels, à notre porte. »


Genre : Littérature Américaine   –   192 pages


West est un court roman de moins de 200 pages, paru aux éditions du Seuil au début de l’année 2019. Sa couverture puissamment évocatrice – il faut bien que cela m’arrive de temps en temps de céder aux sirènes de l’esthétique – avait capté mon regard, puis la découverte de son résumé m’avait charmé. Après lecture, pas de déception, mais une vraie découverte, qui nous rappelle que la brièveté d’un roman ne détermine pas sa puissance d’évocation.

Le récit débute au 19ème siècle aux Etats-Unis, dans une petite fermette de Pennsylvanie dans laquelle vit John Bellman avec sa jeune fille Bess. Émigré d’Angleterre voilà plusieurs années avec sa femme désormais décédée, John est un veuf taiseux qui ne s’est jamais remis de la perte de son épouse. Une étincelle de vie ressurgit brusquement en lui lorsqu’il tombe sur une coupure de journal, énonçant la découverte d’ossements gigantesques dans le Kentucky. L’ouest des terres américaines ayant été peu exploré et l’extinction d’une espèce étant inenvisageable (car contraire au créationnisme), John se met à rêver à ses animaux géants. Après quelques recherches, il en est certain : il doit partir explorer l’ouest du pays et trouver ces bêtes.

Il laisse donc sa fille Bess au bon soin de sa soeur, une vieille fille acariâtre qui habite non loin de chez lui et s’en va. Nous suivons Bellman d’abord en solitaire, puis accompagné d’un jeune indien Micmac dont le peuple a été massacré par les colons ; nous gardons également un oeil sur la vie de Bess, en attente de nouvelles de son père. 

« Puis un très vieil homme avait pris la parole pour déclarer qu’il fallait au contraire ne rien accepter de ce qu’on leur avait donné – pas une chemise, pas un mouchoir, pas une perle. Le vieux avait ajouté que s’ils abandonnaient leurs terres contre de telles broutilles, ils dépériraient peu à peu. (…) Ils comprendraient un jour que tout cela, ils l’avaient abandonné pour du vent.On les repousserait jusqu’à l’endroit où se couche le soleil et, au bout du compte, ils s’éteindraient à tout jamais. »

Cette histoire est hantante, à la fois belle et vénéneuse ; elle m’a « piqué » un peu plus d’une heure durant et a occupé mon esprit un moment. Impossible de comprendre les motivations de Bellman : est-ce cette terre américaine, de tous les possibles, qui a fait naître en lui ce rêve ? Avait-il besoin d’un ailleurs, alors que son choix de migrer aux États-Unis ne semble pas lui avoir apporter autant de bonheur qu’il le pensait ? Lui qui s’attendait à une terre où tout serait possible, il nous donne le sentiment d’avoir déchanté rapidement et de ne plus savoir à quoi se raccrocher. Chacun est libre de faire sa propre interprétation du personnage, et c’est aussi ce qui fait l’intérêt de cette histoire.

L’autrice développe également un autre sujet en parallèle : le refoulement des Amérindiens toujours plus loin des terres déjà colonisées par les Européens. En quelques mots, quelques paragraphes disséminés dans le récit global, elle réussit à nous faire sentir l’absurdité et la violence inouïe de cette conquête et l’infantilisation des Amérindiens par les côlons. 15

West est  donc un roman aux sujets forts, quasi-philosophique dans sa manière de nous dire que finalement, faire son chemin, ce n’est pas forcément partir.

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