Funérailles célestes, Xinran

« En 1956, Wen et Kejun sont de jeunes étudiants en médecine, remplis de l’espoir des premières années du communisme en Chine. Par idéal, Kej un s’enrôle dans l’armée comme médecin.
Peu après, Wen apprend la mort de son mari sur les plateaux tibétains. Refusant de croire à cette nouvelle, elle part à sa recherche et découvre un paysage auquel rien ne l’a préparée, le silence, l’altitude, le vide sont terrifiants. Recueillie par une famille tibétaine, elle apprend à respecter leurs coutumes et leur culture. Après trente années d’errance, son opiniâtreté lui permet de découvrir ce qui est arrivé à son mari…
Quand Wen retourne finalement en Chine, elle retrouve un pays profondément changé par la Révolution culturelle. Mais elle aussi a changé: en Chine, elle avait toujours été poussée par le matérialisme; au Tibet, elle a découvert la spiritualité. »


Genre : Témoignage/mémoires   –   220 pages


Aussi incroyable que cela me paraisse encore en parcourant à nouveau quelques pages de Funérailles Célestes, l’autrice et journaliste chinoise Xinran met en lumière dans ce livre une histoire vraie. Et quelle histoire !

C’est d’abord une femme qu’elle rencontre dans un hôtel, d’un certain âge déjà, habillée à la tibétaine, le visage burinée par les années, mais aussi par une vie sûrement menée en extérieur à la lumière du soleil. Pourtant, cette femme le lui certifie : elle n’est pas tibétaine, mais chinoise. Son nom est Wen, et Xinran va nous raconter son histoire, qu’elle lui confie.

Nous sommes en Chine, dans les années 1950, dans le contexte de la Révolution Culturelle. Wen est une jeune étudiante en médecine lorsqu’elle rencontre Kejun, étudiant au sein du même cursus et dont elle tombe amoureuse. Celui-ci s’enrôle dans l’armée, est envoyé au Tibet puis revient et épouse Wen. Les deux jeunes amants ne connaîtront que quelques jours de répit avant que Kejun ne reparte à nouveau, toujours au Tibet. Wen, sans nouvelle, finit par recevoir l’annonce de sa mort mais ne peut y croire, d’autant plus que les circonstances exactes lui paraissent floues et ne peuvent endiguer sa peine. Elle s’engage alors, à son tour, au sein de l’armée et part pour le Tibet.

Son voyage sera long. Bien vite, l’unité dont elle fait partie est mise en déroute. Elle se retrouve alors seule avec une femme, une noble Tibétaine passionnée par la Chine – qui parle donc sa langue – et sera vite recueillie par une famille de bergers nomades vivant de manière quasi-autonome sur les hauteurs des montagnes. Mais Wen ne perd pas de vue son objectif ; pourtant, il lui faudra attendre longtemps (et ce n’est pas un euphémisme), apprendre à apprivoiser le silence, l’absence de toutes civilisations à perte de vue, la barrière du langage et tant d’autres choses auxquelles elle n’était pas du tout préparée.

« Un instant, c’était comme une chaude journée de printemps avec des fleurs, et l’instant d’après des flocons de neige virevoltaient autour d’eux. Elle avait l’impression de se trouver dans un pays féerique où en un seul jour se succédaient des milliers d’années. »

Il y a une dimension toute symbolique dans cette histoire. Le conflit entre la Chine et le Tibet, dont les plaies sont encore vives de nos jours, semble transcendé par ce récit, car chacun apprend, dans ce contexte où aucune actualité ne filtre (comme dit plus haut, Wen vit rapidement de manière très isolée) à connaître l’autre ; personnellement d’abord, mais aussi tout ce qui concerne la culture, le mode de vie, le spirituel. Toute cette idée est contenue dans le titre, dont le sens nous est révélé à la fin du récit.

« (…) Tous les Tibétains partagent la même spiritualité. Parce que nous sommes isolés du monde, nous croyons que tout ce qui existe entre le ciel et la terre est tel qu’il doit être. Nous croyons que nos dieux sont les seuls dieux et que nos ancêtres sont la source de toute vie dans le monde. »

C’est avec pudeur que Xinran nous transmet l’histoire de Wen ; elle est parfaite dans son rôle de passeuse d’histoire et partage avec nous sa frustration de ne pas avoir pu approfondir certains détails. C’est d’autant plus intéressant que Xinran est chinoise et que ce que nous conte Wen, c’est sa “petite” histoire dans la grande Histoire. L’autrice apporte un recul, pas forcément nommément écrit comme tel, mais manifeste au travers de certaines de ses réflexions ou réactions. Bien que ne pouvant jurer de rien, ce témoignage semble avoir profondément bouleversé sa vision de la vie, de l’amour et de la spiritualité.23

En bref … Funérailles célestes est de ces livres que je recommande beaucoup, tant pour son panel d’émotions, que pour la richesse de son histoire et de son discours. Il est à mettre entre toutes les mains !

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