L’hôtel du lac des ombres, Daniela Tully

« Libraire chevronnée, Maya a toujours aimé les histoires. En particulier celles que lui racontait sa grand-mère, Martha, avant de disparaître brutalement l’été de ses 16 ans. Aussi, quand la police découvre, trente ans plus tard, sa dépouille dans l’arrière-pays de New York, Maya se croit soudain l’héroïne d’un mauvais polar : que faisait sa grand-mère à des milliers de kilomètres de son Allemagne natale ? Surtout, quel secret la liait à l’hôtel Montgomerry, près duquel son corps a été retrouvé ?
Pour en avoir le cœur net, Maya décide de se rendre sur place en se faisant passer pour une romancière en quête d’inspiration. Au fil des souvenirs récoltés auprès de l’étrange famille Montgomerry, se reconstitue alors la seule histoire que sa grand-mère ne lui ait jamais racontée : celle de sa propre vie…
Des heures les plus sombres de l’Allemagne nazie au destin cruel d’une dynastie déchue, son enquête se transforme bientôt en une plongée vertigineuse dans le passé. Jusqu’à ce que Maya découvre, au péril de sa vie, que toute vérité n’est pas bonne à dire… »


Genre : Historique, romance   –   352 pages


Lors d’une précédente chronique, j’avais reproché à la saga des Sept sœurs de Lucinda Riley de faire preuve de trop de facilité dans le déroulement de son intrigue. Pourtant, lorsque ces fameux « fils blancs » sont utilisés avec parcimonie et à bon escient, il est possible d’en tirer une excellente lecture, qui vous emporte et vous émeut comme cela est parfois trop rare.

Le livre débute en 1990. Martha Wiesberg, une femme allemande d’un certain âge, se réjouit de la chute du mur de Berlin. Un coup de sonnette à la porte, et elle découvre son facteur avec une lettre portant un timbre à l’effigie d’Hitler. Une lettre, interceptée à l’époque où elle a été écrite, retrouve son chemin. Elle provient de son frère jumeau, Wolfgang, et le contenait semble la troubler.

Puis nous voici en 1938. L’Europe se dirige droit vers la guerre, et Martha et sa famille, dans ce contexte, tentent de vivre comme ils le peuvent dans une Allemagne où le régime nazi s’impose dans ce qu’il a de plus terrifiant. Sa mère est une femme effacée, son frère jumeau Wolfgang s’est engagé dans la Gestapo, et elle-même fait partie d’un groupe de jeunes femmes portées par les idéaux du régime nazi – dont elle déteste d’ailleurs les idées. Martha est passionnée par la littérature, et conserve bon nombre de livres désormais interdits cachés dans sa chambre. Un jour, alors qu’elle rentre chez elle, elle découvre un invité : Siegfried, jeune homme qui souhaite lui aussi s’engager dans le régime au côté de Wolfgang, qui l’idolâtre. Siegfried la révulse, mais la trouble plus qu’elle ne veut bien l’admettre. Qui est ce jeune homme mystérieux et ambivalent, dont elle a l’impression qu’il ne cesse de se trouver sur son chemin ?

« Martha entra dans la pièce et l’étranger se leva aussitôt. Il mesurait un bon mètre quatre-vingts. Les manches courtes de sa chemise blanche découvraient des bras musclés, son short des jambes robustes, avec des chaussettes hautes que gonflaient ses mollets. Avec son corps athlétique et sa haute taille, il paraissait avoir au moins deux ans de plus que les jumeaux.

– Voici Martha, mon autre enfant, dit Mère à l’étranger. 

– Heil Hitler, gnädiges Fräulein, dit l’homme.

Martha dut lever les yeux pour voir son visage, tout en lui rendant son salut. Il était très blond et ses yeux étaient d’un bleu perçant. 

Elle ne put s’empêcher de penser qu’il représentait le parfait modèle hitlérien de la race aryenne. »

Nous faisons à nouveau un bond dans le temps. De nos jours, Maya est une libraire à la vie plutôt solitaire. Séparée depuis peu, elle mène une vie monotone et ne cesse d’être hantée par le souvenir de sa grand-mère – Martha donc – qui a disparu depuis une vingtaine d’années. Pourtant, un appel téléphonique lui apprend que son corps a été retrouvé aux États-Unis, non loin d’un luxueux hôtel perdu dans la nature. L’affaire semble opaque et elle décide de se rendre sur place pour comprendre ce que sa grand-mère pouvait bien faire là-bas.

C’est au côté de Maya que nous passons la majorité du récit, les passages avec Martha – que j’ai adorés – nous servant à mettre en lumière les découvertes que sa petite-fille va faire en séjournant à l’hôtel. C’est donc à une narration alternée que nous avons affaire, d’une qualité constante, ce qui est agréable car aucune partie de l’histoire ne semble lésée. Souvent, en tant que lecteur, nous possédons une longueur d’avance sur les découvertes de Maya et le procédé est très efficace, puisque cela rend la lecture particulièrement addictive : comment va-t-elle découvrir ce que l’on sait déjà ? Quelle sera sa réaction ?

Le style de Daniela Tully, à la fois simple et direct, est parfait pour ce genre de contexte. Elle parvient à donner à l’hôtel une dimension fascinante, en en faisant un labyrinthe de couloirs et de portes qu’il va falloir prendre le temps d’ouvrir, de découvrir et d’analyser pour s’approcher de la vérité.

« Quand vint son tour, Maya tendit son passeport à la réceptionniste. « Mademoiselle Wiesberg. » La jeune fille lui adressa un sourire de bienvenue. « C’est un honneur de vous avoir parmi nous à Montgomery, dit-elle. Je vous ai réservé une très belle chambre, l’une de nos plus agréables. Toutes nos chambres ont des cheminées, ce qui peut-être plaisant le soir, si vous le désirez. Vous pouvez naturellement nous appeler à toute heure si vous avez besoin d’aide pour allumer le feu. Nous servons le dîner à partir de six heures. » Elle désigna une salle élégante dans le dos de Maya. « Et si vous souhaitez des conseils pour les excursions, n’hésitez pas à nous solliciter. » »

Les personnages nous emportent dans leurs tourments et leurs questionnements :24 Martha et son sentiment de révolte qui ne demande qu’à s’éveiller, son frère Wolfgang et ses ambiguïtés (une partie très réussie du livre), Maya qui ne parvient pas à comprendre ce qui lie sa grand-mère à cet hôtel qui se trouve si loin de chez eux. Les fils se démêlent progressivement, jusqu’à la fin, qui m’aura arraché quelques larmes tant elle sonne juste.

Merci à NetGalley France et aux éditions Mazarine pour ce partenariat doublé d’une très belle découverte.

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[Un autre livre pour découvrir la seconde guerre mondiale sous un angle particulier ? Je vous conseille Transcription, de Kate Atkinson.]

 

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