Pourquoi pas lui ?, Sophia Money-Coutts

« Polly, jeune journaliste, ne regrette pas d’être célibataire mais elle a deux problèmes avec les hommes. D’une part, elle doit trouver un cavalier pour le mariage de sa meilleure amie cet été. D’autre part, son patron exige d’elle une interview de Jasper, un aristocrate britannique aussi volage que charmeur. Deux défis qui lui semblent insurmontables. »


Genre : Romance   –   416 pages


Pourquoi pas lui est le premier roman de Sophia Money-Coutts, journaliste anglaise chez Tatler et fille de Lord elle-même. Elle nous propose d’y suivre les aventures sentimentales de Polly, elle-même jeune journaliste dans un magazine destiné à la Haute (tiens, tiens…), et célibataire presque trentenaire convaincue (et là, je pourrai encore dire “tiens, tiens”). 

La vie de Polly tourne un peu en rond. Lassée d’être la célibataire de service, elle déchante lorsqu’elle découvre que sa meilleure amie va se marier et que son meilleur ami Ben – un geek qu’elle asexuait totalement – a une petite amie. Quant à elle, c’est un jeune aristocrate anglais qu’elle doit interviewer pour son magazine qui lui tourne autour ; Jasper est un tombeur en série, et pourtant, elle doute de plus en plus : et s’il avait un intérêt sincère pour elle ? 

Ce livre, je l’ai acheté dans une gare – un voyage en train m’attendait et ô malheur, j’avais omis de prendre ma liseuse. Le résumé et le début de ma lecture m’ont laissé sceptique. Il m’a très vite paru évident que l’autrice avait été biberonnée aux comédies romantiques anglaises au sens très large, brassant de Jane Austen version BBC à des films comme Quatre mariages et un enterrement ou Bridget Jones (n’ayant pas lu les livres, je ne peux guère m’avancer là-dessus). Pourtant, l’histoire m’a charmé. Polly est un personnage assez moderne, qui fait ses erreurs, à ses doutes. Ce qu’elle vit est caricatural au possible mais elle en a parfaitement conscience ; l’autrice mêle donc habilement cette caricature et une conscience de la caricature même, nous “déculpabilisant” de tomber dans le piège des clichés à pieds-joints. 

« J’avais fait la connaissance de Joe trois ans plus tôt par l’intermédiaire d’une annonce de Gumtree, à l’époque où j’avais décidé qu’il était temps pour moi de quitter l’appartement de ma mère – j’étais quand même trop vieille pour qu’elle repasse mes culottes. Nous avions emménagé ensemble et depuis il était devenu la figure masculine de ma vie, une sorte de petit copain et de grand frère, le confident idéal pour moi et mes copines. »

Il y a ainsi aussi quelques scènes assez féroces, assez drôles se passant au magazine de Polly, comme une séance photo avec une jeune “it-girl” obsédée par les recettes “healthy” à l’avocat qui frise presque le grotesque. Ce qui est habile pourtant, c’est de souligner l’ambivalence encore une fois à travers les yeux de Polly, à savoir que cela est ridicule mais que pourtant, elle ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine envie qu’elle ne parvient pas à identifier. 

Ainsi, Polly devient un personnage attachant, notamment car elle va vivre au côté de sa mère une épreuve très forte, qui va renforcer leur lien déjà important, mais aussi s’épanouir dans une histoire d’amour avec un homme d’un milieu différent : si au départ elle s’ébahissait de plaire à cet homme plus riche et donc implicitement de meilleur goût, elle la simple journaliste d’un milieu populaire – ce qui ne constitue indéniablement pas un très bon mode de pensée – elle va apprendre progressivement à s’aimer pour ce qu’elle est et à ne donner que ce qu’elle a envie de donner : son affirmation est discrète, mais j’ai aimé cela chez elle, et plus largement dans ce livre. Et c’est là que j’en arrive à un point qui m’a chagriné : la romance…

 » – Alors, vous vous êtes bien amusée ? m’a lancé le chauffeur quand je suis montée dans sa voiture. 

J’avais finalement sorti sa carte de visite et m’étais éclipsée à l’aube pour échapper au petit-déjeuner en famille. Avec la gueule de bois qui me tenaillait le cerveau, je ne me sentais pas de soutenir une conversation devant une assiette d’œufs au bacon. 

– Mmh oui, on peut dire ça, ai-je répondu en fermant les yeux. 

– Vous avez vu le duc ? 

– Un peu, ai-je marmonné sans ouvrir les yeux. 

– Et la duchesse ? 

– Aussi. Je crois que je l’ai un peu mieux cernée que son mari. »

Sans entrer dans les détails pour ne pas spoiler ce qui constitue quand même le coeur de l’histoire, il me faut reconnaître avoir été déçue par l’issue de tout cela, bien que l’autrice, à coup d’affirmations très appuyées, nous signifie bien dès le départ – et pas très subtilement, il faut le souligner – avec qui va finir Polly. Le problème, c’est que le roman aurait été meilleur s’il en avait été autrement, en gros s’il avait eu l’audace de proposer quelque chose de différent et de fouiller un peu plus un personnage masculin (le fameux Jasper) qui se bat aussi contre les clichés. Tout cela fait que le dénouement arrive comme26 un cheveu sur la soupe et se boucle en une quinzaine de pages à peine, laissant un goût particulièrement amer d’inachevé. 

En conclusion … Pourquoi pas lui ? finit donc par pêcher en replongeant finalement dans les clichés qu’il prétendait combattre. Dommage, car ce livre aurait pu offrir plus !

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