L’enfant de poussière (#1 Le cycle de Syffe), Patrick K. Dewdney

« La mort du roi et l’éclatement politique qui s’ensuit plongent les primeautés de Brune dans le chaos. Orphelin des rues qui ignore tout de ses origines, Syffe grandit à Corne-Brune, une ville isolée sur la frontière sauvage. Là, il survit librement de rapines et de corvées, jusqu’au jour où il est contraint d’entrer au service du seigneur local. Tour à tour serviteur, espion, apprenti d’un maître-chirurgien, son existence bascule lorsqu’il se voit accusé d’un meurtre. En fuite, il épouse le destin rude d’un enfant-soldat. »


Genre : Fantasy   –   624 pages   –   Lu dans le cadre du P.I.B. (Prix Imaginales des Bibliothécaires)


Cette année, je participe au PIB ! Cinq livres des littératures de l’imaginaire françaises sont à lire, et à départager : L’enfant de poussière ; Une immense sensation de calme ; Comment le dire à la nuit ; Malboire ; Calame tome 1 : Les deux visages.


Comme cette chronique a tardé à venir ! Il faut dire que j’ai particulièrement manqué de régularité ces derniers temps, mais je compte bien remédier à cela dans les jours et les semaines à venir. Cela fait donc quelques mois que j’ai lu ce tome un. Les souvenirs ne sont plus très frais, mais je tenais à écrire quelques mots sur ce livre qui augure du meilleur pour la suite. Des excuses d’avance, donc, si la chronique est un peu courte et alambiquée !

Syffe est un jeune orphelin. Ignorant tout de ses racines, il s’est vu affubler de ce nom car il semble avoir des traits communs avec une population nomade, Syffelin signifiant « sauvage ». Vivant dans les rues, dormant chez une veuve avec d’autres orphelins qui sont sa seule famille, son enfance est marquée par la faim et une certaine inconscience du temps. Puis, par amour pour la jeune Brindille, il vole, et se fait attraper. Commence alors pour lui, et pour échapper à une sanction, une vie de jeune espion. (Et je m’arrêterait là car le résumé en dit beaucoup trop !)

« Je ne sais pas combien de temps je restai à l’eau ce matin-là. Je me rappelle la force du courant glacial de la fin d’automne, et la lumière grise. Je me souviens d’avoir été frôlé par quelque chose d’immense et de froid, sans doute s’agissait-il d’un tronc immergé, mais, à ce jour, un doute enfantin subsiste encore en moi. Je n’eus pas la force d’avoir peur. Je m’enlisai peu à peu dans un état second, entre la poigne engourdissante du froid et le rythme lent mais répété de mes brasses, et même les histoires terrifiantes des vieux pêcheurs quittèrent rapidement mon esprit. Les brumes m’environnaient, j’étais seul, perdu sur le flot incertain de limbes blanc. L’aube devait poindre, mais la lumière, au lieu de lever le voile, ne faisait que l’épaissir. Ma petite réserve d’énergie ne tarda pas à faire défaut. Je dérivais davantage que je ne nageais, crachotant parfois. Le froid et la fatigue anesthésiaient, nourrissaient une indifférence croissante et dangereuse. Envolées les pensées de loyauté envers Brindille et la colère revêche à l’intention de Hesse. Il n’y avait plus que l’abîme liquide, un gouffre glacial et sans fond au bord duquel je me tenais en équilibre précaire, quelque part entre la chaleur palpitante de ma propre chair et l’appel pressant de la fosse. C’était un combat inégal, je savais que je le perdais, et cela m’était de plus en plus égal. »

Le récit est malin : c’est un Syffe adulte qui nous raconte son histoire, d’après ses souvenirs d’enfance. Malgré le recul et la maturité, nombres de faits et de situations lui échappent ! Mais pas à nous, lecteurs. Ainsi, alors que Syffe vit son entrée dans l’adolescence au jour le jour, nous refermons le livre avec le sentiment fort que des changements capitaux lui ont échappé, et qu’il va en prendre brutalement conscience dans la suite de la série.

Les personnages sont tous très forts, creusés. Il y a d’abord les nombreux pères de substitution qui jalonnent le récit de Syffe – chacun lui apportant un point de vue différent sur le monde qui l’entoure. Puis, les orphelins ; s’il y en a certains sur lesquels on ne s’attarde pas, en revanche, leur influence sera à tous décisive. Syffe fréquente aussi quelques temps un clan nomade, mais il me semble qu’il faudra attendre que l’histoire évolue encore un peu pour en savoir vraiment plus à ce sujet.

« — Nous appelons leur philosophie la Pradekke, et c’est le ciment du pays var tel qu’il existe aujourd’hui. La Pradekke, c’est la différence entre le savoir et la croyance. Croire que l’on sait est ignorant. Savoir que l’on croit ne l’est pas. L’homme sage est capable de discerner les nuances entre ce qu’il sait et ce qu’il croit, parce que la croyance est la plus dangereuse des ignorances. Les vaïdrogan n’ont jamais été vaincus parce que nous raisonnons ainsi. Voilà la première leçon qu’un enfant var apprend. L’aveu de sa propre ignorance est une démonstration de force. »

D’un point de vue stylistique, Patrick K. Dewdney a beaucoup été comparé à Robin Hobb. Il partage en effet avec l’autrice un sens de l’introspection et du détail, ainsi qu’un goût pour la lenteur et le développement, pour les sous-textes, ce qui est exactement ce que j’adore chez cette autrice. Cependant, bien que Syffe et Fitz partage quelques caractéristiques communes, la comparaison s’arrête là. Les univers sont différents, et il serait bien réducteur de faire de Dewdney un ersatz de Hobb !20

En conclusion … Une excellente lecture, un tome un qui donne envie de se précipiter sur le deuxième !

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10 réflexions sur “L’enfant de poussière (#1 Le cycle de Syffe), Patrick K. Dewdney

  1. John Évasion dit :

    L’écriture de l’auteur est tout simplement superbe ! J’ai arrêté ma lecture vers la page 200 et quelques car plusieurs SP tombés sous la main que je devais à tout prix finir mais j’espère reprendre la lecture pour en faire une chronique cette année !

    Aimé par 1 personne

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