À la demande d’un tiers, Mathilde Forget

« « La folie n’est pas donnée à tout le monde. Pourtant j’avais essayé de toutes mes forces.»

C’est le genre de fille qui ne réussit jamais à pleurer quand on l’attend. Elle est obsédée par Bambi, ce personnage larmoyant qu’elle voudrait tant détester. Et elle éprouve une fascination immodérée pour les requins qu’elle va régulièrement observer à l’aquarium.
Mais la narratrice et la fille avec qui elle veut vieillir ont rompu. Elle a aussi dû faire interner sa sœur Suzanne en hôpital psychiatrique. Définitivement atteinte du syndrome du cœur brisé, elle se décide à en savoir plus sur sa mère, qui s’est suicidée lorsqu’elle et Suzanne étaient encore enfants.
Elle retourne sur les lieux, la plus haute tour du château touristique d’où sa mère s’est jetée. Elle interroge la famille, les psychiatres. Aucun d’eux ne porte le même diagnostic. Quant aux causes : « Ce n’est pas important de les savoir ces choses-là, vous ne pensez pas ? » Déçue, méfiante, elle finit par voler des pages du dossier médical qu’on a refusé de lui délivrer.
Peu à peu, en convoquant tour à tour Blade Runner, la Bible ou l’enfance des tueurs en série, en rassemblant des lettres écrites par sa mère et en prenant le thé avec sa grand-mère, elle réussit à reconquérir quelques souvenirs oubliés.
Mais ce ne sont que des bribes. Les traces d’une enquête où il n’y a que des indices, jamais de preuves. »


Genre : Littérature Française   –   155 pages   –   Rentrée littéraire 2019


La narratrice a côtoyé autour d’elle – et côtoie toujours – ce qu’on appelle communément la folie. Psychiatrique, ici. Elle a perdu sa mère alors qu’elle n’était qu’une enfant – un décès dont on ne parle pas, ou si peu, et doit finalement faire interner sa sœur, et la maintenir en unité psychiatrique « à la demande d’un tiers », alors que cette dernière ne rêve que de sortir.

Peu à peu s’installe en elle une envie de comprendre, de poser des mots sur ces pathologies, et c’est ainsi qu’elle va se retrouver à mener l’enquête au sein de sa famille mais aussi auprès de professionnels de santé murés derrière le secret médical.

« Grâce aux médicaments, Suzanne dit oui à toutes mes propositions d’activités, ce qui me permet de m’améliorer à la belote. »

Premier roman d’une autrice qui s’est jusque-là illustrée dans la chanson française (je vous avoue que je ne la connaissais pas auparavant), À la demande d’un tiers déploie un univers sensible, à fleur de peau, dans lequel je suis entrée facilement. L’introduction m’a beaucoup plu, puisqu’elle convoque une image que nous connaissons presque tous : celle de Bambi pleurant sa mère assassinée, à un âge où on ne comprend pas forcément les implications à long terme d’un décès, puis d’un deuil.

La narratrice convoque aussi d’autres images de la pop-culture pour s’expliquer et se raconter, telle celle de Batman, le justicier solitaire, souvent seul face à un monde qui devient fou ; c’est un procédé qui fonctionne bien, malgré le fait que cela m’aie parfois semblé un peu artificiel. En revanche, la passion qu’elle éprouve envers les requins dresse un plus joli parallèle, plus subtil, avec une thématique lourde qui se dégage du récit dans sa seconde moitié – je n’en dirai pas plus, mais cela fait réfléchir sur qui sont les vrais fous, au final …

« Je préfère m’identifier à Batman je préfère vivre dans une cave et avoir des difficultés à nouer des liens affectifs avec les autres qu’être un chien remuant la queue et que tout le monde a envie de caresser. Quant aux autres personnages orphelins les femmes finissent en général mariées avec beaucoup d’enfants. Je suis attachée au silence et aux personnes indépendantes et les enfants manifestent leur dépendance par le bruit. »

À l’image des références répétées à la pop-culture, l’écriture m’a aussi fait l’effet de trop 9782246820475-001-Tdivulguer ses artifices. Ce n’est pas un mal, mais on sent comme une volonté de rendre une très bonne copie, et parfois, j’aurais apprécié une petite sortie de route, plus de spontanéité peut-être. Il y a cependant de très belles phrases, de vraies trouvailles et malgré la distance froide que semble avoir la narratrice sur les évènements, au final, beaucoup de sentiments de ces pages.

En conclusion … La découverte d’une belle plume !

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Merci à NetGalley France et aux éditions Grasset pour ce partenariat.

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