Dans la chambre noire, Susan Faludi

« Le 7 juillet 2004, Susan Faludi reçoit un e-mail d’une certaine Stéfanie, accompagné de photographies. Sur l’une d’entre elles, on distingue une femme âgée posant dans le hall d’un hôpital thaïlandais. Sur une autre, on l’aperçoit dans un bosquet, arborant une perruque d’un roux flamboyant.
Steven, après vingt-cinq ans de silence, a préféré les images pour annoncer à sa fille, via ce message électronique, qu’il avait changé de sexe. Et pour l’inviter en Hongrie, où Stéfi est retournée vivre, afin d’écrire son histoire.
Comment Steven a-t-il pu passer de pater familias misogyne et violent à cette femme hongroise ? Et pourquoi ? À travers une enquête passionnante dans le Budapest des pogroms jusqu’à celui, actuel, du repli identitaire, Susan Faludi tente de répondre à ces questions en plongeant dans l’enfance de Steven, jeune juif contraint de se déguiser pour survivre aux rafles.
Depuis la Hongrie jusqu’au États-Unis, en passant par le Brésil où il avait trouvé refuge, ainsi qu’une photographie se développerait par couches dans une chambre noire, Susan démaquille les visages de son père. L’auteur n’écrira finalement pas l’histoire de Stéfi, mais celle d’une réconciliation. Un récit poignant, qui pose de façon inédite la question des identités, aussi bien sexuelles que religieuses ou politiques. »


Genre : Essai, témoignage   –   464 pages


Lorsqu’en 2004, Susan Faludi reçoit par mail des photos de son père, elle ne s’attend pas vraiment à ce qu’elle va découvrir : il a changé de sexe. Ils n’ont pas ou peu de contacts depuis des années, la faute à une figure de père écrasante et violente, avec laquelle Susan et sa mère vont couper les ponts.

Lui, c’est Steven Faludi, désormais Stephanie. Stephanie a dédié sa vie à la photographie et plus particulièrement à la retouche photo. Ayant débuté à une époque où ni logiciel ni ordinateur ne rentrait dans le processus, elle a toujours travaillé entourée de son matériel, dans sa chambre noire, développant un savoir-faire qui va lui valoir la confiance des plus grands magazines, de mode notamment. Son art, c’est ce qu’elle a de plus précieux, et elle l’impose même à sa fille Susan, qui adolescente, se verrait plutôt journaliste ( ce qu’elle va d’ailleurs devenir).

« Je connaissais seulement mon mère avant et après – pater familias bourré de testostérone ou ménagère à la féminité caricaturale -, avec entre les deux un fossé de plusieurs années. »

Il serait compliqué de revenir sur toutes les thématiques embrassées par ce livre ; je crois n’avoir jamais rien lu d’aussi fouillé et intéressant sur la transexualité, en premier lieu. Le personnage de Stephanie est complexe. Entre deux cultures, entre deux nationalités, s’initiant tôt à l’art du déguisement et de la dissimulation (Steven naît Juif en Hongrie dans les années 1930), fuyant puis revenant dans un pays marqué au fer rouge par l’Histoire, s’accrochant à un passé qu’elle dit pourtant mépriser et balaie toujours d’un revers de la main, Stephanie multiplie les opinions, les idées, les contradictions aussi.

Avec une détermination qui est aussi celle d’une jeune femme tentant de comprendre d’où elle vient, d’appréhender sa judéité et ses origines qu’elle méconnaît, Susan Faludi navigue avec courage entre le vrai, le faux, les fausses pistes et les idées. Émerge alors une improbable réconciliation entre ces deux êtres qui jusqu’au bout, auront du mal à se cerner.

«  »S’habiller en femme, tout ça, ça ne m’intéresse plus vraiment, ajouta-t-il. Ce n’était pas réel. Je cherchais juste une forme d’approbation. » Depuis quelques mois, Mel s’efforçait d' »obtenir les papiers pour redevenir un homme ». 

« Pourtant, vous sentiez que vous étiez une femme ? demandai-je.

– Je n’ai plus envie de rentrer là-dedans. »

Mel me lança un regard oblique. Il avait fait des recherches sur moi en ligne, avoua-t-il. Il savait que j’étais féministe. Ce qui manifestement signifiait pour lui que je ne croyais pas aux différences entre les sexes.

 » Mais il y a des différences entre les hommes et les femmes, insista-t-il. Il y a une nature féminine.

– Et vous avez une nature féminine ? »

J’ai profondément aimé ce livre. Pour sa qualité d’écriture tout d’abord, puisqu’il est passionnant, réfléchi et admirablement construit de bout en bout. L’histoire de Stephanie est profondément intéressante, particulièrement lorsque Susan Faludi aborde la question des études de genre(s?), même si tout ce qu’il est possible de formuler sur son cheminement personnel sont des hypothèses. Jamais je n’avais en tout cas envisagé la transexualité sous ces angles-là, en la dégageant de la sexualité (là, apparemment, je me trompais !).

En conclusion … Voilà un livre dont on sort grandi, tout simplement.

Merci à NetGalley France et aux éditions Fayard pour ce partenariat.

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