L’amie prodigieuse (#1 L’amie prodigieuse), Elena Ferrante

« Naples, fin des années cinquante. Deux amies, Elena et Lila, vivent dans un quartier défavorisé de la ville, leurs familles sont pauvres et, bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila, la surdouée, abandonne rapidement l’école pour travailler avec son père et son frère dans leur échoppe de cordonnier. En revanche, Elena est soutenue par son institutrice, qui pousse ses parents à l’envoyer au collège puis, plus tard, au lycée, comme les enfants des Carracci et des Sarratore, des familles plus aisées qui peuvent se le permettre.
Durant cette période, les deux jeunes filles se transforment physiquement et psychologiquement, s’entraident ou s’en prennent l’une à l’autre. Leurs chemins parfois se croisent et d’autres fois s’écartent, avec pour toile de fond une Naples sombre mais en ébullition, violente et dure. Des chemins qui les conduiront, après le passage par l’adolescence, à l’aube de l’âge adulte, non sans ruptures ni souffrances.
Formidable voyage dans Naples et dans l’Italie du boom économique, L’amie prodigieuse trace le portrait de deux héroïnes inoubliables, qu’Elena Ferrante traque avec passion et tendresse jusqu’au plus profond de leur âme. »


Genre : Littérature Italienne   –   448 pages


On ne présente plus L’amie prodigieuse, saga littéraire phénomène depuis quelques années – que ce soit par la passion qu’elle suscite ou le mystère qui nimbe l’identité de son véritable auteur (Elena Ferrante ne semblant être qu’un pseudonyme). De mon côté, si le résumé et les avis globalement positifs suscitaient ma curiosité, cela n’a pas été suffisant pour que je daigne y jeter un oeil. Et c’est donc grâce au bookclub LivrAddict du mois d’août que je me suis – enfin ! – plongée dans ce premier tome, que j’ai au final beaucoup aimé.

L’amie prodigieuse, c’est Lila. Et lorsque le roman commence, notre narratriceElena – et Lila sont des femmes âgées. Lila, qui l’avait brandi semble-t-il comme une menace tout au long de sa vie, a pris ses cliques et ses claques et a disparu, comme ça, effaçant ainsi toutes traces de son existence, allant jusqu’à découper les photographies sur lesquelles elle figurait.

Mais Elena n’est pas étonnée ; pour elle, la vie de Lila n’a été qu’une fuite en avant, éperdue, qu’elle va tenter de nous raconter en remontant le cours de leurs vies.

« Je compris aussitôt, à la petite foule de parents et d’enfants du primaire et du collège qui affluait vers l’entrée principale, qu’il se passait quelque chose d’inhabituel. J’entrai. Il y avait des rangées de chaises déjà toutes occupées, des festons colorés, le curé, Ferraro, et même le directeur de l’école ainsi que Mme Oliviero. Je découvris que le maître avait imaginé de récompenser, en leur donnant un livre chacun, les lecteurs qui, d’après ses registres, se révélaient les plus assidus. »

L’histoire prend donc place dans le Naples des années cinquante, alors que nos deux héroïnes n’ont que six ans, et continuera jusque leur seize ans pour ce premier tome. Nous y découvrons la vie dans l’Italie et plus largement dans une Europe d’après-guerre, qui sort doucement du fascisme et tremble devant le communisme. Le quartier où vivent Elena et Lila est un peu excentré, pas encore goudronné et pour beaucoup de ses habitants, le monde qui se trouve au-delà de ses frontières est étranger. On y vit chichement, avec peu d’argent.

La vie d’Elena et de Lila est rythmée par le chemin de l’école et les jeux dans le quartier, et il s’avère vite qu’elles sont deux élèves brillantes, mais radicalement différentes. Si l’une brille par son sérieux et sa volonté d’apprendre, l’autre a en elle un savoir inné et des capacités qui semblent infinies ; nous sommes dans une époque et dans un milieu où la poursuite des études représente avant tout une perte d’argent (et parfois une perte de main-d’oeuvre) pour ces familles, et tout l’enjeu sera de savoir qui sera capable de continuer, et comment, alors qu’en fond se déroule l’Histoire.

« Ce que c’était, la plèbe, je le sus à ce moment-là, beaucoup plus clairement que quand Mme Oliviero me l’avait demandé des années auparavant. La plèbe , c’était nous. La plèbe, c’étaient ces disputes pour la nourriture et le vin, cet énervement contre ceux qui étaient mieux servis et en premier, ce sol crasseux sur lequel les serveurs passaient et repassaient et ces toasts de plus en plus vulgaires.La plèbe, c’était ma mère, elle avait bu et maintenant se laissait aller contre l’épaule de mon père qui restait sérieux, et elle riait, bouche grande ouverte aux allusions sexuelles du commerçant en ferraille. »

Si au départ, les premiers chapitres – bien qu’addictifs – m’ont fait un peu peur, ma lecture s’est finalement révélée plaisante. Les chapitres sont très courts, revenant chacun sur un moment ou un fait, un peu à la manière d’un scénario de série TV ; si bien qu’à l’écrit, j’ai eu peur que cela manque de liant. Mais pas du tout ! Là où j’ai été agréablement surprise, c’est qu’il faut laisser passer une centaine de pages, voire plus, avant de comprendre que le lien est en quelque sorte en sous-texte. Pour ne pas trop en révéler, si vous ne l’avez pas lu, je dirai simplement que cela a trait à l’appartenance/la conscience de classes et peut-être même à l’antagonisme sociale, des thèmes qui semblent se profiler comme étant centraux dans la tétralogie.

Sans compter que le style d’Elena Ferrante est très plaisant à lire. Simple, mais efficace, et surtout particulièrement sensible, puisque j’y ai pour ma part sentie du vécu et une certaine mélancolie qui transparaît au travers des deux fillettes. N’oublions pas qu’Elena nous raconte leur histoire de son point de vue de femme âgée, et que même si nous ignorons tout ou presque de la vie des deux femmes, ce n’est pas son cas à elle. C’est quelque chose que l’autrice réussit à parfaitement retranscrire : on sent que des regrets planent, mais lesquels ? couv29612015

En conclusion … Une bonne surprise. Ce n’est pas un coup de cœur, mais la justesse de la plume, de l’histoire et des personnages, fait qu’on se sent à la fois immergé dans ce Naples des années cinquante et touché par les thématiques très universelles abordées par l’autrice. Un livre que je conseille à tous.tes, sans hésiter, car chacun y trouvera quelque chose qui l’y relie.

(Si l’un d’entre vous a vu l’adaptation télévisuelle de ce premier tome, je serai ravie de savoir ce qu’il en a pensé !)

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2 réflexions sur “L’amie prodigieuse (#1 L’amie prodigieuse), Elena Ferrante

  1. Coraline dit :

    Je l’ai tellement vu tourner sur la toile que je change sans cesse d’avis : un coup j’ai très envie de me plonger dans cette saga, l’autre, je préfère m’abstenir… Mais là, tu me donnes quand même bien envie de lire au moins le premier tome.

    Aimé par 1 personne

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