Onanisme, Justine Bo

« Juillet 2018 : au lendemain de la finale de la coupe du monde, Cerbère, petite ville d’Occitanie à la lisière de l’Espagne, s’éveille dans l’euphorie de la victoire. Nour, vingt ans, travaille à mi-temps au McDonald’s qui longe la départementale. Avant de rejoindre le HLM où elle vit seule avec son père Saïd, elle fait un détour par la plage et se réfugie, comme à son habitude, dans un bunker pour se masturber. Ce jour-là, Nour y trouve un revolver. Elle s’en saisit avec l’idée de s’en défaire mais l’arme lui procure soudain une puissance inédite… Elle que l’on assigne depuis toujours – jeune, femme, arabe, assistée – se sent enfin exister.
En rentrant, elle retrouve son père mort. Parmi la foule de gens qui vont défiler, Nour réalise peu à peu qu’elle n’a personne sur qui compter, à l’exception de Simone, la voisine du dessus, et de Jonas, embaumeur au pied bot. L’arme devient dès lors son unique compagnon de galère. Nour va-t-elle se servir de ce revolver pour se libérer?
Ecrit dans une sorte d’urgence, Onanisme raconte bien plus que l’errance d’une jeune orpheline en perte de repères. Ce livre décrit un pays en proie à la misère sociale, aux préjugés et violences qu’elle produit. Justine Bo écrit comme elle ressent le monde, entre crudité et noirceur. Nour en est l’ultime brèche : celle d’une jeunesse avide de jouissance et de vie. »


Genre : Contemporain   –   288 pages   –   Rentrée Littéraire 2019


Nous sommes dans les Pyrénées-Orientales, dans la petite ville de Cerbère. La veille, la France a remporté la coupe du monde de football, mais cela passe bien au-dessus de la tête de Nour, comme beaucoup d’autres choses. Salariée en réinsertion grâce à un mi-temps précaire dans un fast-food, elle s’extasie surtout de voir ces gens si unis, avant une inévitable redescente, et ne comprend pas vraiment cette liesse ambiante. Nous allons la suivre sur une poignée de jours, durant lesquels son destin va basculer – ou plutôt suivre sa marche inéluctable.

Il faut dire qu’elle semble très seule, et les quelques personnes peut-être un peu plus proches d’elle ou semblant intéressées par ce que Nour représente ne la connaissent pas vraiment. Un gosse de riche un peu paumé voit en elle une héroïne d’un quotidien prolétaire qu’il fantasme, l’autre voit une jeune femme rejetée, … Personne ne sait rien des tourments qui l’agitent et de la lassitude profonde du regard qu’elle pose sur ce qui l’entoure.

« Mais aucun de nos gestes ne peut trahir l’oisiveté. Il faut être actif, toujours faire quelque chose. Moi l’inertie, ça ne me dérange pas. Depuis que je travaille ici, j’excelle dans l’art de feindre le mouvement. Régulièrement, j’astique le carrelage déjà propre et je trie les sauces – moutarde, ketchup, mayonnaise. »

Alors, ce qui frappe forcément lorsqu’on lit le résumé la première fois, c’est cette question de la masturbation. Cela revient tout aussi souvent dans le livre, et je dois avouer que je suis un peu passée à côté de la signification profonde de ce geste répétitif (seule manière de se sentir vivante ? Seule chose sur laquelle elle a un contrôle ?) – ce pourquoi je ne m’étendrai pas là-dessus dans ma chronique.

Il y a aussi le fait qu’elle trouve ce revolver. Je dois dire que sur ce point, l’histoire n’a pas pris le tournant auquel on peut penser en lisant la quatrième de couverture – une grosse revanche, une poussée soudaine de confiance ou je ne sais quoi – et c’est le point fort de ce roman, qui pousse plutôt du côté de l’absurde.

« Chaque fois qu’un clampin débarque, la sonnette, puis la mélodie, et les râlements des uns et des autres. Ils se disent « secoués ». Ils amènent des bidules froids et mous dans des Tupperware, dont ils livrent le contenu – « j’ai tenté des verrines saumon caramel » – comme on annonce la découverte de la bombe à fragmentation. Chacun rivalise d’admiration pour le défunt, un putain de grand joueur qui avait le sens du collectif. Comme le chauffage du HLM, plaisante Crâne d’obus. »

Le style de Justine Bo est vraiment particulier. Elle appuie les descriptions en s’attachant à détailler ce qui est laid, sale, pas tellement décrit habituellement en littérature à vrai dire (ou alors peut-être est-ce aussi moi qui ne m’aventure pas trop sur ces terrains-là). Il y a forcément un petit côté un peu provocateur, mais pour ma part, j’y ai plus ressenti de la colère, idéale d’ailleurs pour exprimer la stagnation de la vie de Nour.

« Quand la guerre avait-elle commencé. Celle des blancs contre les crouilles, des bicots contre les renois, de la seconde classe contre la première, ces notables auxquels aucun de nous n’appartenait, où l’on se taillait des ennemis pour y puiser du courage – rixe du pauvre contre le modeste, de l’ouvrier contre le pêcheur, du paysan bravant les planteurs ; la croisade de Cerbère contre Bellevue, et de Bellevue contre le monde. Qui avait distribué les armes et mis en rang les troupes, qui insinua la peste dans nos bouches ? »

En conclusion … Un roman pas évident à lire. Certains points ne m’ont pas forcément couv40641746plu ou paru utiles, alors que d’autres parties du texte m’ont semblé particulièrement justes. Une petite mention pour la fin, brillante.

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