Grand Prix ELLE des Lectrices : retour sur mes lectures de Septembre et d’Octobre.

Cette année, je suis jurée pour le Grand Prix des lectrices ELLE ! Les lectures s’étaleront, si je ne dis pas de bêtises, de Septembre 2019 à Avril 2020. Chaque mois, nous recevons trois catégories de lectures : Roman, Policier et Documentaire, et remplissons pour chaque livre une fiche de lecture, sur laquelle nous indiquons la note – sur 20 – que nous attribuons à notre découverte.

Si je n’ai pour l’instant pas encore écrit de chroniques individuelles des lectures faites jusque-là, j’espère bien me rattraper dès Novembre. En attendant, voici un petit récapitulatif de ce que nous avons lu.


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DES HOMMES JUSTES, IVAN JABLONKA [DOC.]

« Comment empêcher les hommes de bafouer les droits des femmes ? En matière d’égalité entre les sexes, qu’est-ce qu’un « mec bien » ? Il est urgent aujourd’hui de définir une morale du masculin pour toutes les sphères sociales : famille, entreprise, religion, politique, ville, sexualité, langage. Parce que la justice de genre est l’une des conditions de la démocratie, nous avons besoin d’inventer de nouvelles masculinités : des hommes égalitaires, en rupture avec le patriarcat, épris de respect plus que de pouvoir. Juste des hommes, mais des hommes justes. »    

Mon avis : Un essai très intéressant, dont j’ai beaucoup apprécié la première partie : à savoir un volet historique très fouillé et pas du tout rébarbatif, qui m’a souvent manqué dans les essais de ce genre qui ont tendance à se concentrer directement sur des périodes plus contemporaines. png-4


UN MARIAGE AMÉRICAIN, TAYARI JONES [ROM.]couv8828805

« Celestial et Roy viennent de se marier. Elle est à l’aube d’une carrière artistique prometteuse, il s’apprête à lancer son business. Ils sont jeunes, beaux et incarnent le rêve américain… à ceci près qu’ils sont noirs, dans un État sudiste qui fait peu de cadeaux aux gens comme eux. Un matin, Roy est accusé de viol. Celestial sait qu’il est innocent, mais la justice s’empresse de le condamner.
Les années passent, et la jeune femme tient son rôle d’épouse modèle jusqu’au jour où cet habit devient trop lourd à porter. Elle trouve alors du réconfort auprès d’Andre, son ami d’enfance. À sa sortie de prison, Roy retourne à Atlanta, décidé à reprendre le fil de la vie qu’on lui a dérobée…

Avec ce portrait de la classe moyenne noire du sud des États-Unis, Tayari Jones radiographie le couple et signe une histoire d’amour tragique et contemporaine qui explore les thèmes de la famille, de la loyauté, du racisme. Caustique et rigoureuse observatrice de son temps, cette auteure reconnue outre-Atlantique s’attaque en femme de lettres aux maux qui rongent la société américaine, et parvient à donner à ce texte fulgurant et âpre tous les atours d’un grand roman. »

Mon avis : Voilà typiquement le genre de roman que j’aurais aimé … plus aimer ! Pour autant, il n’est pas du tout mauvais, mais je l’ai trouvé stylistiquement assez moyen (par exemple, des échanges épistolaires où on ne sent pas de différences marquées dans la manière dont les personnages s’expriment). Dommage, car y est abordé le sujet du racisme de manière très habile, puisqu’on nous parle d’un couple Noir qui pensait cela réservé à d’autres, loin de leur vie à eux, et qui vont pourtant se retrouver percuter de plein fouet par une erreur judiciaire criante.

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CVT_Le-couteau_2359LE COUTEAU, JO NESBO [POL.]

« Harry Hole est de retour, plus mal en point que jamais. Dans ce 12 e opus des enquêtes de son héros, Nesbo lui inflige les pires tourments. Coups de théâtre et rebondissements se succèdent à un rythme effréné, ne laissant aucun répit au personnage, pas plus qu’au lecteur qui partage ses affres. Au fur et à mesure que l’enquête progresse, les pistes se multiplient, les soupçons prolifèrent, le nombre des suspects s’accroît… Au point qu’Harry pourrait bien finir par perdre complètement pied. La femme de sa vie l’a quitté et Harry a recommencé à boire. Il a certes réintégré la police criminelle d’Oslo, mais est cantonné aux cold-cases alors qu’il rêve de pouvoir remettre sous les verrous Svein Finne, ce violeur et tueur en série qu’il avait arrêté il a y une dizaine d’années et qui vient d’être libéré. Outrepassant les ordres de sa supérieure hiérarchique, Harry traque ce criminel qui l’obsède. Mais un matin, après une soirée bien trop arrosée, Harry se réveille sans le moindre souvenir de la veille, les mains couvertes de sang. Le sang d’un d’autre. C’est le début d’une interminable descente aux enfers : il reste toujours quelque chose à perdre, même quand on croit avoir tout perdu. »

Mon avis : Ça a été une lecture difficile. Pour résumer rapidement, il s’agit d’un scénario bien connu dans le monde du policier, à savoir le flic accusé à tort mais que tout accuse. Je venais de sortir de ma lecture du tome 4 des aventures de Nicolas le Floch qui utilisait justement aussi ce biais-là, avec une grande habileté. Ici, malgré la qualité de la plume de l’auteur et le personnage fascinant qu’est Harry Hole, ça n’a pas trop pris pour moi.

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LA MER À L’ENVERS, MARIE DARRIEUSSECQ [ROM.]DXQ5SEWMLCM2UH6FU2NNPZG6XY

« Rose part en croisière avec ses enfants. Elle rencontre Younès qui faisait naufrage. Rose est héroïque, mais seulement par moments. »

Mon avis : Celui-là, je le redoutais ! De l’autrice, j’ai lu il y a longtemps Il faut beaucoup aimer les hommes. Une lecture que j’avais appréciée, mais comme il m’avait été difficile de la suivre correctement ! Elle a une langue, un rythme, une manière de raconter vraiment spéciale. Je n’ai pas accroché à La mer à l’envers, qui nous maintient trop à distance de son personnage principal mais aussi de son sujet, la crise migratoire.

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RIEN N’EST NOIR, CLAIRE BEREST [ROM.]couv52321614

« A force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages ? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien. Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes.
Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment, et les fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint. Frida aime par-dessus tout Diego, le peintre le plus célèbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques ».

Mon avis : Ce roman-là est l’opposé du précédent. Facile à lire, écrit dans une langue simple et dynamique, il nous propose de suivre le flamboyant personnage de Frida Kahlo de sa jeunesse marquée par un tragique accident de bus qui la laisserait injuriée tout au long de son existence à la fin de sa vie. Tout cela, sous le prisme de sa relation amoureuse avec le peintre Diego Rivera. Pour moi qui ne connaissait pas bien la vie de ces deux personnages, ça a été un roman intéressant, instructif mais aussi très entraînant. png-4


JOUR DE COURAGE, BRIGITTE GIRAUD [ROM.]9782081469778-2

Lors d’un exposé en cours d’histoire sur les premiers autodafés nazis, Livio, 17 ans, retrace l’incroyable parcours de Magnus Hirschfeld, ce médecin juif-allemand qui lutta pour l’égalité hommes-femmes et les droits des homosexuels dès le début du XXe siècle. Homosexuel, c’est précisément le mot que n’arrive pas à prononcer Livio : ni devant son amie Camille, dont il voit bien qu’elle est amoureuse de lui, ni devant ses parents. Magnus Hirschfeld pourrait-il parler pour lui ? Sous le regard interdit des élèves de sa classe, Livio accomplit alors ce qui ressemble à un coming out.

Deux histoires se mêlent et se répondent pour raconter ce qu’est le courage, celui d’un jeune homme prêt à se livrer, quitte à prendre feu, et celui d’un médecin qui résiste jusqu’à ce que sa bibliothèque de recherche soit brûlée vive. À un siècle de distance, est-il possible que Magnus Hirschfeld et Livio se heurtent à la même condamnation ?

Mon avis : Encore un livre que j’aurais aimé « plus aimer » ! Si Un mariage américain m’avait laissé sur le bord de la route à cause de quelques faiblesses dans son texte, ici c’est l’impression de lire une trop bonne copie qui m’a laissée sur le carreau.

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71Y8vItUERLSOUS LES EAUX NOIRES, LORI ROY [POL.]

Vingt ans après avoir quitté sa Floride natale pour s’installer à New York, Lane Fielding, tout juste divorcée et mère de deux filles, est contrainte de retourner vivre chez ses parents, à Waddell. Lorsque sa fille aînée disparaît, elle tente de découvrir si cet enlèvement est lié aux crimes de son père, ancien directeur d’une maison de correction.

Mon avis : Un polar au démarrage lent, qui peut sembler parfois un peu répétitif mais dont l’atmosphère est installée avec un certain brio.

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SECRET DE POLICHINELLE, YONATHAN SAGIV [POL.]51blBvr7GeL._SX195_

Smadar Tamir, l’une des femmes d’affaires les plus riches d’Israël, s’est jetée par la fenêtre d’un hôpital de Tel-Aviv. Sa soeur, Mira, ne croit pas à la thèse du suicide et fait appel au détective privé, Oded Héfer. Homosexuel, parlant de lui au féminin, il vient de s’improviser détective pour gagner sa vie.
Oded Héfer n’a que cinq jours pour mener l’enquête. Aussi débutant soit-il, il n’hésite pas à affronter les magnats israéliens, armé de son intelligence et d’un tantinet d’espièglerie. Cela lui sera nécessaire pour supporter les propos macho et homophobes du commissaire de police. Sans l’empêcher de continuer à rechercher le grand amour sur les sites de rencontres gay.
Roman fin et divertissant, souvent drôle, Secret de Polichinelle joue avec les codes du roman policier tout en plongeant le lecteur dans la société de Tel-Aviv et de ses magnats des affaires, peu traités jusque-là en littérature.
Secret de Polichinelle est le premier d’une série où l’on retrouvera le détective privé Oded Héfer.

Mon avis : Un roman policier assez original, qui nous propose une revisite totale du mythique détective privé. Malheureusement, malgré un ton loufoque et une intrigue intéressante, je me suis lassée à une centaine de pages de la fin.

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51MpepzCQaL._SX195_L’AVENIR DE LA PLANÈTE COMMENCE DANS NOTRE ASSIETTE, JONATHAN SAFRAN FOER [DOC.]

 » Des millions de gens vont mourir à cause du réchauffement climatique. Des centaines de millions de gens vont devenir des réfugiés climatiques. Ces chiffres comptent, parce que ce ne sont pas seulement des chiffres – il s’agit d’individus, avec chacun une famille, des habitudes, des phobies, des allergies, des aliments préférés, des rêves récurrents, une chanson qui lui est restée dans la tête, des empreintes uniques et un rire particulier. […] Il est difficile de prendre en charge des millions de vies. Mais il est impossible de ne pas prendre soin d’une seule. Cependant, peut-être n’avons-nous pas besoin de nous soucier de ces millions de gens. Il nous suffit de les sauver. « 

Après l’immense succès de Faut-il manger les animaux ?, Jonathan Safran Foer revient à la charge : l’élevage intensif des animaux est responsable du dérèglement climatique. L’extinction de la planète aura lieu parce que nous mangeons trop de viande. Avec empathie, avec humour, l’auteur analyse les défis auxquels nous devons faire face. Parce qu’il n’est pas trop tard pour inverser la tendance. Et que l’avenir de la planète commence maintenant, dans notre assiette.

Mon avis : J’ai beaucoup aimé cet essai de Jonathan Safran Foer, un auteur que jusque-là je n’avais jamais lu. Avec beaucoup d’honnêteté et de recul aussi sur son propre comportement, il tente de comprendre pourquoi nous humains qui savons qu’une crise nous pend au nez … Restons inactifs, peu actifs ou encore actifs mais d’une mauvaise manière. Safran Foer est vegan, je ne le suis pas et du coup, ne me sens pas vraiment d’accord sur tout ce qu’il avance, parce qu’il a tout de même un discours assez militant sur certains points, même si dans le fond des faits qu’il expose, il y a une grande part de vérité. Bref, un angle intelligent et assez inédit pour nous parler de la crise climatique !

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UN INSAISISSABLE PARADIS, SANDY ALLENcouv59791155

C’est l’histoire vraie d’un garçon qui a grandi à Berkeley Californie pendant les années soixante et soixante-dix, incapable de s’identifier à la réalité et pour ça étiqueté schizophrène paranoïaque psychotique pendant le reste de sa vie. En 2009, Sandy Allen reçoit une grande enveloppe de papier kraft. À l’intérieur, l’autobiographie de son oncle Bob. Dans la famille, tout le monde le trouve étrange, certains diraient même fou, et c’est pourtant Sandy qu’il a choisie pour réécrire son histoire.
Et Sandy de plonger dans la vie d’un gamin fan de Jimi Hendrix, enfant des sixties, dont l’existence bascule un jour de 1970, alors qu’il est enfermé dans un hôpital psychiatrique, tenu à l’isolement, soumis à un cocktail narcotique de choc et déclaré schizophrène.
À la manière de Maggie Nelson avec Les Argonautes, Sandy Allen bouscule les frontières de la biographie, de l’essai ou encore de la fiction, et nous entraîne dans l’histoire renversante d’un homme hors du commun. Étoffant son récit de croustillantes anecdotes familiales et d’une étude passionnante de la psychiatrie à travers les âges, Sandy Allen signe une œuvre audacieuse, sensible, intelligente, et donne enfin une voix à ceux qui vivent dans d’insaisissables paradis.

Mon avis : Coup de cœur pour cet essai qui nous plonge dans les méandres de la schizophrénie supposée de l’oncle de l’auteur, un homme qu’iel (le pronom neutre est un souhait de l’auteur) ne connaît pas vraiment sauf à s’être entendu dire qu’il était fou. Iel va ainsi retracé le parcours d’un homme que la société ne veut pas voir, ignorant comment le traiter sauf en l’abimant encore plus.

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4 réflexions sur “Grand Prix ELLE des Lectrices : retour sur mes lectures de Septembre et d’Octobre.

  1. lireetpourquoipas dit :

    Merci pour ton avis. Il y a des auteurs avec lesquels je n’ai jamais accrochés comme Marie Darrieusecq, d’autres qui m’ont récemment déçue comme Ivan Jablonka (« En camping car » ne m’a pas transportée mais par contre, je conseille « Laetitia »). Je verrais bien « Rien n’est noir » remporter le Grand Prix Elle.

    Aimé par 1 personne

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