Parce que c’était lui ; Parce que c’était moi, Marie-Laure Delorme

« L’amitié en politique existe-t-elle ? Nombreux sont ceux qui en doutent. Que reste-t-il du désintéressement et de la permanence au pays des rivalités et des revirements sans frein ? Etudier l’amitié en politique revient à se pencher sur un sentiment pur dans un monde impur. Mais l’amitié, ce lien rare, ce mot galvaudé, possède ses parts d’ombre et la politique ses accès de sincérité. L’amitié n’est ni le compagnonnage, ni la camaraderie, ni la sympathie, ni la fraternité, ni le copinage. C’est en revanche un sentiment totalement tourné vers l’autre, comme devrait l’être la politique. Il semblait logique de passer de l’autre côté de l’image publique et de demander à des hommes et des femmes politiques de livrer leur vision de l’amitié et leur version d’une amitié. 

Marie-Laure Delorme a choisi la forme du portrait car nos amis sont un reflet de nous-mêmes. Elle a rencontré, pour des témoignages inédits, François Hollande, Edouard Philippe, Brice Hortefeux, Sylvain Fort, Marielle de Sarnez, François Bayrou, Patrick Stefanini, Pierre Moscovici, Bruno Le Maire, Bernard Cazeneuve, Gilles Boyer, Anne Hommel, Sébastien Lecornu, Aquilino Morelle. « J’ai tenté de montrer que nos décisions quant au juste et à l’injuste dépendront de quelle compagnie nous choisissons, de ceux avec qui nous souhaitons passer notre vie », écrit Hannah Arendt. L’amitié est un choix, une élection, une affinité. Nos amitiés sont de chair et non de papier. Elles nous engagent dans le monde. Avec qui voulons-nous vivre ? »


Genre : Essai   –   208 pages


J’ai longtemps hésité avant de demander ce service presse sur NetGalley ; en cause, le fait que soient interrogées des personnalités politiques. Je redoutais un livre partisan, dans lequel chacun en profite pour glisser un mot, une idée au détour de la conversation. Ne nous en cachons pas, c’est le cas. Et c’est ce qui rend cette lecture aussi intéressante.

« Sinon, Édouard Philippe « assume » tout. Il a un côté crâne. Il est suffisamment sûr de lui pour se permettre d’être sûr des autres. Détendu et contrôlé. Pour Des hommes qui lisent, ses conseillers ne voulaient pas que l’on voit poindre l’hôtel Matignon dans le cadre d’une photo immortalisant un Premier ministre en train de lire au soleil. Il faut donner l’illusion que les hommes politiques travaillent 24 heures sur 24 pour le bien de la France. Sans aucune trace d’activités annexes. Des robots et non des hommes. Les photos en famille sont les mieux reçues et perçues par le public. La famille humanise, la littérature sacralise. »

Marie-Laure Delorme, l’autrice, est journaliste pour Le journal du dimanche. Dans ce cadre, et lors du travail d’écriture de son précédent livre sur l’ENA, elle a rencontré bon nombre de personnalités politiques, qui ont pour la plupart acceptées de participer à son nouveau projet : parler de la place de l’amitié dans la vie d’un adulte, mais d’un adulte bien particulier puisqu’il s’agit de l’homme/de la femme politique.

Le livre – après une préface – s’ouvre sur le témoignage d’Edouard Philippe, actuel Premier Ministre, qui donne le ton du reste de l’ouvrage. Entre sincérité et retenue, nous sentons – tout comme l’autrice – que parfois l’homme civil prend le pas sur le politique ; le communiquant répond alors trop vite ou trop sincèrement à une question avant de nuancer. Les autres témoignages seront souvent à cette image, entre belles phrases un peu préfabriquées et vraies réflexions sur l’amitié à l’âge adulte, dans le monde du travail et/ou lorsqu’une relation professionnelle/hiérarchique s’insinue. C’est dans ces moments-là que le livre trouve d’ailleurs tout son intérêt, puisqu’il parvient à susciter en nous interrogations et réflexions.

Si certains témoignages m’ont semblé moins intéressants (celui d’Aquilino Morelle qui a été conseiller de François Hollande sous sa présidence est vraiment anecdotique), d’autres mettent en lumière des personnalités de l’ombre, à l’image d’Anne Hommel. Conseillère en communication, elle a longtemps été une proche collaboratrice de Dominique Strauss-Kahn, quitte à s’oublier et a transformé son service professionnel en une dévotion amicale biaisée. Laissée sans nouvelle quasiment du jour au lendemain, la chute sera brutale et elle se rendra compte à quel point elle a donné trop d’années de sa vie par fascination pour l’homme politique ; l’amitié ici, n’allait que dans un sens.

« Pourquoi ai-je fait appel à si peu de femmes ? Anne Hommel et Marielle de Sarnez avancent, toutes les deux, que le milieu politique est empreint de violence et de virilité. Les femmes peinent encore plus que les hommes à y consolider des liens d’amitié, une fois arrivées en haut des marches. »

À côté de la restitution de ces témoignages, l’autrice nous déroule aussi la genèse de son livre. Comment étaient ces hommes lorsqu’elle les a rencontrés pour la première fois ? Pourquoi sont-ils désormais susceptibles d’accepter, de refuser ? Ce côté « mise en scène de soi » m’a plu, car il est à la fois bien dosé et pertinent. Il contribue surtout à dépasser le climat de livre partisan que je redoutais : il ne s’agit pas d’oublier les affaires judiciaires, de changer d’opinion politique parce qu’untel nous a touché, ou que sais je encore. Au contraire, il nous invite à la lumière de tout cela à réfléchir sur la personne qui se cache derrière chaque façade.

« Le mot trouble est d’ailleurs un mot magnifique : quelqu’un qui vous touche est quelqu’un qui vous trouble. Le sentiment est une confusion et j’attends de l’autre qu’il disjoigne, qu’il bouscule. L’eau était calme, vous rencontrez quelqu’un, l’eau devient trouble. »

En conclusion … Un livre intéressant, bien écrit et au sujet pertinent. Il faut le lire enParce-ce-que-c-etait-lui-Parce-ce-que-c-etait-moi ayant peut-être une légère connaissance des faits politiques récents (rien de trop approfondi cependant) et en gardant en tête que chaque témoignage – malgré le très bon travail de l’autrice – nécessite de garder l’esprit critique.

[Merci à NetGalleyFrance & aux éditions Grasset pour ce partenariat.]

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