Sacrifices (#2 Sayer Altair), Ellison Cooper

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Genre : Policier/Thriller

442 pages

Lu dans le cadre du PRIX des lectrices ELLE 2020

« Neuroscientifique, spécialiste du comportement des psychopathes, Sayer Altair est appelée d’urgence par le FBI. On vient de retrouver des ossements humains dans une grotte perdue du parc national de Shenandoah. Un tueur semble y déposer ses victimes depuis des décennies. Lorsque l’affaire est reliée à la disparition inquiétante d’une femme et de sa petite fille quelques mois auparavant, une course contre la montre s’engage pour les retrouver avant l’issue fatale.
Alors que l’enquête semble au point mort, un psychopathe anonyme dont Sayer étudie le profil, le Sujet 037, lui propose son aide. Mais peut-elle vraiment lui faire confiance ? »


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Les + : Les personnages très réussis, une enquête haletante, une plume efficace.

Les – : Des rebondissements grandiloquents – mais qui participent au charme du livre.


Alleluïa, je parviens enfin à écrire un article sur une de mes lectures faites dans le cadre de ma participation au prix ELLE des lectrices 2020. Il s’agit ici du roman sélectionné dans la catégorie Policier pour le mois de février – un excellent mois d’ailleurs, avec trois lectures vraiment chouettes.

Sacrifices est le deuxième tome des aventures de l’agent du FBI Sayer Altair. Deuxième tome, et sélectionné pour un prix ? Oui, car il peut se lire indépendamment sans problème aucun – pour preuve, c’est mon cas. 

Je répète souvent sur ce blog que la littérature policier/thriller/polar, ce n’est vraiment VRAIMENT pas ma tasse de thé. Pourtant très éclectique, il n’y a guère que sur ces genres que je fais un réel blocage. J’avais même essayé de lire un super essai de sociologie de la lecture nommé Lire le noir (fiche LivrAddict) pour éclaircir un peu ma lanterne au sujet de cette non-appétence, mais impossible de résoudre ce mystère. Bref. 

Donc, Sayer Altair. Une jeune femme, brillant agent du FBI d’une trentaine d’années. De belles études en neurosciences, un travail de recherches prometteur sur la psychopatie, mais deux traumatismes : une blessure importante à l’épaule gagnée sur sa précédente enquête (et donc dans le précédent tome), ainsi que la mort prématurée d’un fiancé quatre ans auparavant, lui aussi agent au FBI, dans des circonstances troubles. Alors qu’elle se remet doucement sur pied chez elle, la voici rappelée pour reprendre le service actif de toute urgence. Le FBI est sans dessus-dessous à cause d’audiences devant les commissions sénatoriales et manque de bras, alors que plusieurs squelettes et corps viennent d’être découverts dans le parc national de Shenandoah par un étrange duo de randonneurs : Maxwell Cho et son chien Kona, tous les deux membres d’une brigade cynophile fédérale.

Sur place, les deux agents vont être forcés de faire équipe. Et cette affaire, qui ne semblait qu’un vieux cold case et une mise au placard en bonne et due forme pour notre héroïne prend un autre tournure lorsqu’une femme et son jeune enfant sont enlevés, alors que sont retrouvés sur l’un des corps entre-temps autopsié une inscription faite à l’aide de salive : AIDEZ NOUS.

– « À en juger par le volume d’os, et en supposant qu’ils soient tous humains, je dirais que nous avons six ou sept victimes. Honnêtement, c’est la fosse commune la plus déroutante que j’aie jamais vue. Pas la plus grande, loin de là, mais la plus bordélique. Les os sont sens dessus dessous. »

A l’image de la passion de l’héroïne pour la moto, le livre commence donc sur les chapeaux de roues. Imaginez donc un (très bon) épisode d’une série type Esprits Criminels, et vous serez parfaitement dans l’état d’esprit de ce roman qui m’a aspiré dans son univers dès ses premières lignes. Si le tout est très calibré, parfois un peu grandiloquent, il me faut pourtant reconnaître que j’ai eu bien des difficultés à lâcher ma lecture. Finalement, Sacrifices me fait un peu le même effet que Surface d’Olivier Norek cet été. C’est indéniablement un page-turner, très bon qui plus est. 

Sayer est un personnage consistant. Même sans avoir lu le premier tome – que j’ai d’ailleurs très envie de découvrir, le fait que l’autrice ait parfaitement bien travaillé sa psychologie se sent dès le départ : nous avons un personnage bien campé, avec des failles, des qualités, des défauts et un historique consistant et très rapidement explicité, sans lourdeur aucune. J’ai aimé la façon dont ses fragilités se manifestaient parfois, et sa manière de les gérer. Il en va de même pour les différents personnages qui vont l’entourer. Max, l’agent de la brigade cynophile et son chien Kona sont eux aussi très vivants, bien qu’on ne nous détaille que peu la personnalité de l’homme ou son passé. Néanmoins, il existe à travers les yeux de Sayer, qui apprend à connaître ce coéquipier un peu forcé, quoique plutôt idéal. Pour dire vrai, j’ai surtout apprécié l’absence d’une quelconque romance entre eux ; Max apporte le ton plus léger, un peu bourru de celui qui en a vu d’autre et fait un contrepoids efficace à une Sayer parfois trop premier degré. La présence du chien, Kona, apporte de l’originalité et des explications très intéressantes – quoique brèves – sur la manière dont sont éduqués de tels bêtes. 

Les autres personnages ne sont pas en reste ; par une phrase, un élément de leur passé, Ellison Cooper leur donne corps et âmes. L’une a travaillé pour l’ONU sur des charniers, l’autre apprend à vivre différemment après une blessure de service … Il y a franchement, à ce niveau, une réelle capacité de l’autrice à choisir LE bon détail qui fera toute la différence. 

 » (…) Il y a des avantages indéniables à avoir des psychopathes autour de soi.
Sérieusement ? s’étonna Max.
Par exemple, si tu devais subir une opération du cerveau, par quel genre de personne voudrais-tu être opéré ? « 
Max réfléchit pendant un long moment.
 » Par une personne sûre d’elle, expérimentée, calme, qui sait garder son sang froid en situation de stress, je suppose. Je parie que je viens de décrire un psychopathe.
Exactement. Tu veux quelqu’un qui ne se laisse pas perturber par ses émotions et qui ne paniquera pas, quoiqu’il arrive. Quelqu’un capable de faire des calculs utilitaires même dans des situations de pression intense. Quelqu’un dont le rythme cardiaque baisse sous l’effet du stress. Autrement dit, tu veux un psychopathe. « 

L’autrice, d’ailleurs, parlons-en. Il est noté à l’arrière de mon exemplaire qu’elle est docteure en anthropologie et a travaillé sur des affaires criminelles. Je ne pourrais dire si cela se “sent” ; néanmoins, le déroulé de l’enquête – bien que rapide – dénote une vraie conscience des étapes nécessaires. J’ai aussi aimé qu’elle inclut bon nombre d’à-côtés politiques. Sayer et sa supérieure directe sont dans la ligne de mire de sénateurs qui ne pensent qu’à servir leurs intérêts, au détriment des enquêtes et surtout des victimes. C’est ainsi que durant tout le roman, notre héroïne se bat pour disposer de moyens qu’on ne lui accorde guère, et qu’elle se retrouve à constituer une équipe avec les moyens du bord, notamment en impliquant une garde-forestière plus que de raison. J’ignore s’il y a un vécu ou une envie de dénoncer quelque chose, mais tout cet aspect de l’histoire est très intéressant et apporte un fil rouge loin d’être détestable. 

Les passages sur les recherches de Sayer concernant la psychopatie sont aussi intrigants. Bon, il y a des éléments … disons  too much qui en découlent, mais également des informations appréciables

Concernant la grandiloquence, je n’irai pas jusqu’à dire que ce soit un problème dans ce livre, car qui sait de quelles horreurs l’être humain est capable ? Disons qu’effectivement, à un moment, l’enquête prend un tour un peu fou mais qui néanmoins paraît crédible. Les qualités d’écriture parviennent à nous maintenir dans le récit. Des éléments mythologiques apparaissent rapidement, il s’agit évidemment d’un sujet très porteur, prompt aux fantasmes. J’ai eu un peu peur à ce moment du récit que tout parte en vrille et qu’on se retrouve dans quelque chose d’ésotérique – c’est rhédibitoire en ce qui me concerne – mais ça n’a pas été le cas, tout est bien justifié. Grandiloquent donc, mais plausible.

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En conclusion … Je dirai qu’il s’agit indéniablement d’une réussite. Nous sommes face à un thriller un poil “blockbuster”, mais qui parvient à se démarquer grâce à de réelles qualités d’écriture, sans oublier la justesse de ses personnages, ainsi que son rythme constant. Il s’agit donc d’une très bonne lecture, qui plaira au plus grand nombre.

 

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