Préférer l’hiver, Aurélie Jeannin

couv58014470Genre : Drame

240 pages

« « Maman et moi vivions ici depuis un peu plus de trois ans quand nous avons reçu le coup de fil. Au milieu des pins, des chênes et des bouleaux, au bout de ce chemin sans issue que deux autres propriétés jalonnent. C’est elle qui m’avait proposé de nous installer ici. Et je n’étais pas contre. J’avais grandi dans cette forêt. Le lieu m’était familier, et je savais que nous nous y sentirions en sécurité. Qu’il serait le bon endroit pour vivre à notre mesure. »

À distance du monde, une fille et sa mère, recluses dans une cabane en forêt, tentent de se relever des drames qui les ont frappées. Aux yeux de ceux qui peuplent la ville voisine, elles sont les perdues du coin. Pourtant, ces deux silencieuses se tiennent debout, explorent leur douleur et luttent, au cœur d’une Nature à la fois nourricière et cruelle et d’un hiver qui est bien plus qu’une saison : un écrin rugueux où vivre reste, au mépris du superflu, la seule chose qui compte.

Dans un rythme tendu et une langue concise et précise qui rend grâce à la Nature jusqu’à son extrémité la plus sauvage, Aurélie Jeannin, dont c’est le premier roman, signe un texte comme une mélancolie blanche, aussi puissant qu’envoûtant. »


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Les + : Une écriture sensible.

Les – : Un côté « bonne copie » qui rend le tout parfois un peu froid.


J’ignore pourquoi  cet énorme bandeau dévorant la couverture met en avant l’avis d’Emmanuelle Bayamack-Tam – autrice dont  la lecture de Je viens m’avait emportée mais qui m’avait pas mal déçue l’année dernière avec le caricatural Arcadie. Enfin, ce n’est pas le sujet, mais après lecture de ce Préférer l’hiver, je ne vois aucune similarité entre elle et Aurélie Jeannin : pas la moindre petite affiliation, même.

Préférer l’hiver se passe plus ou moins de nos jours. Nous ne saurons jamais les noms et prénoms des différents personnages, que ce soit la narratrice ou les autres. Cette narratrice, c’est une jeune femme dans la trentaine qui vit en retrait du monde avec sa mère – âgée – dans une petite maisonnette, maisonnette qui jouxte la grande maison qui a autrefois été celle de toute la famille. Avant que le père ne parte. Avant que chacune ne connaisse le deuil d’un fils, donc d’un frère et d’un petit-fils.

« Je crois qu’il y a quelque chose que notre sémantique dit mal : depuis le coup de fil, Maman et moi ne survivons pas, nous sous-vivons. »

L’autarcie est quasi-totale. Chaque plongée dans le monde est une souffrance, un défi : faire les courses un acte de torture, elles qui rêvent d’autosuffisance. Le village n’est pourtant pas si loin, mais elles y passent pour des originales.

Les journées sont longues, et pourtant riches de mille habitudes qui sonnent comme mille tentatives de survie : cette peine qu’elles se donnent pour vivre est représentative de la peine intérieure qu’elles ressentent chacune. Ça peut paraître un peu pataud dit comme cela, mais l’autrice l’écrit bien, très subtilement, avec beaucoup de délicatesse – rares sont les livres sur le deuil à réussir cela. En revanche, Aurélie Jeannin est trop influencée par le nature-writing américain. C’est un million de fois compréhensible car la littérature des grands espaces à un charme particulier, mais ici, lorsqu’elle creuse trop ce sillon, cela sonne artificiel – particulièrement en faisant passer cela à travers le goût de ses personnages pour la lecture. Ça m’a semblé très maladroit ! Même si on peut aussi imaginer que ce genre littéraire a pu nourrir le désir de la narratrice de vivre ainsi, il m’a semblé que le texte perdait dans ces moments toute son émotivité au profit d’un côté bon élève peu naturel qui m’a coupé à quelques reprises de mon ressenti premier.

« Maman distingue les écrivains et les romanciers. Elle dit que les romanciers savent raconter des histoires. Que ce qui importe aux écrivains, ce sont les mots, leur enchaînement et le rythme. Ceux qui excellent dans les deux elle les appelle les auteurs. Et j’adore la voir savourer leur œuvre auprès du feu. »

Néanmoins, il est compliqué de dire que l’on ne s’attache pas aux deux femmes : on peut s’identifier ici à des émotions, des états, même si les protagonistes en elles-même restent nébuleuses. Cette impression est d’autant plus renforcée que l’écriture est sèche et sans dialogue. Aucun échange ne vient les ancrer dans une quelconque coexistence, et c’est toute la force du texte de réussir cette petite prouesse de nous émouvoir sans chercher à nous faire ressentir une identification trop classique.

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En conclusion … Préférer l’hiver est un premier roman intéressant parce que d’une belle intention. Bien qu’il ne soit pas dénué de défauts, son écriture soignée et ses thématiques sensibles m’ont plu. Je suivrai avec intérêt une prochaine publication de l’autrice.


Merci à NetGalleyFrance et aux éditions Harper Collins pour ce partenariat.

 

Une réflexion sur “Préférer l’hiver, Aurélie Jeannin

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