Les âmes frères, Fabrice Tassel

couv10731142Genre : Contemporain

272 pages


« Julien et Loïs sont frères. Ils s’aiment, ont grandi comme des jumeaux, vivent à Paris à quelques kilomètres l’un de l’autre. Pourtant, depuis deux ans, ils ne se parlent presque plus. Julien, l’aîné, est statisticien : il se projette dans le futur en analysant le comportement des clients d’Endless, une grande compagnie d’assurance. Loïs, le cadet, s’intéresse à l’autre extrémité du Temps : il est archéologue.
Tous deux sont épris de vérité : Julien aime la rigueur des chiffres, Loïs les mystères du passé. Mais un jour, Julien disparaît et envoie à Loïs une étrange lettre. Il l’y invite à enquêter sur Endless, secoué par un grave conflit interne… »


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Les + : La variété de thèmes abordés, les personnages des frères, le style fluide de l’auteur.

Les – : RAS !


Les âmes frères, c’est tout à fait le genre de lecture dont on peut dire : « Voilà un livre rondement mené ! » en le refermant. Je m’attendais en effet à beaucoup de choses en le débutant, mais pas vraiment à ce vers quoi l’auteur nous dirige habilement petit à petit.

Nous voici donc accrochés aux destins de deux frères que tout n’oppose pas. Bien qu’ils soient foncièrement différents de caractère, il nous est très vite démontré qu’ils partagent un trait commun : ils sont certains de connaître l’autre par cœur. Loïsarchéologue – est le cadet d’un an de Julienstatisticien. L’un se nourrit du passé, l’autre prédit le futur pour une énorme entreprise d’assurances du doux nom d’Endless.

Cependant, cela fait quelques années que le statisticien a comme disparu de la vie de Loïs. Quelques SMS par-ci par-là, mais rien de plus. Certes, ils ont depuis l’enfance une relation compliquée, entre fraternité sans borne et conflits non-résolus, mais ils s’aiment, indéniablement. Et c’est par le biais d’une lettre que Julien va faire un retour fracassant dans la vie de Loïs, en ne lui demandant rien de moins que d’enquêter sur sa tentaculaire entreprise – au cœur de la tourmente à cause de la plainte d’un gros client.

« La fraternité est sans doute le plus trouble, le plus ambigu des sentiments familiaux. La mauvaise herbe de cet amour qui vient du sang. »

Cette enquête que va mener Loïs sera l’occasion de mettre en lumière bien des problèmes entre nos deux protagonistes. Chacun va avoir la parole tout au long du récit, soit en prenant la narration, soit par le biais de lettres adressées l’un à l’autre. L’occasion de nous démontrer que les liens fraternels sont bien plus retors que ceux amicaux ou amoureux, puisque induits par ces liens du sang qui nous dépassent complètement. Ce qui est tragique, c’est que tous les deux vont se dépeindre puis dépeindre leur vision de l’autre : ils sont certains de se connaître, de lire l’un en l’autre mieux que personne. Ils ont parfois certes raison, mais aussi très souvent torts, tout trompés qu’ils sont par la certitude que des frères ne peuvent pas avoir de secrets l’un pour l’autre.

On ne peut pas vraiment dire qu’ils composent individuellement des personnages touchants ; mais pris ensemble, comment ne pas être ému par ces liens familiaux qui s’effritent ? Par ces petites bêtises de l’enfance qui peuvent devenir des obsessions à l’âge adulte, et nourrir les rancœurs ? C’est une thématique que j’aime bien en littérature, quel que soit le genre, et la manière dont elle est traitée ici m’a beaucoup plu.

« (…) Évoquer notre journée, nos vies, la guerre que Clifford avait faite « vraiment » en Afghanistan. (…) Je ne parvenais pas à lui demander directement s’il avait déjà tué. Je n’imaginais pas ce colosse au sourire désarmant obéir à un ordre et abattre un homme. Et, un soir, j’avais osé. Clifford avait mis de longues secondes avant de me répondre, puis, presque soulagé, il m’avait lâché : « Le plus dur a été de tuer des chiens. Du jour où l’on a perdu un soldat à cause d’un pauvre cleps bourré d’explosifs, nous devions abattre tous ceux que nous croisions. J’en ai tué une cinquantaine. C’est ma pire défaite. Dès que j’ai posé un pied ici, j’ai dit à mon commandant que je ne tirerais pas sur un seul animal. » J’avais eu envie de rire mais le visage grave de Cliff m’en avait dissuadé. Chaque défaite est relative, m’étais-je alors dit. L’essentiel est de l’accepter. »

Et que vient faire l’entreprise de Julien dans cette histoire ? En commençant ma lecture, n’en sachant pas plus que le résumé, deux pistes se profilaient dans ma tête : les frères n’étaient qu’une seule et même personne / il va y avoir du fantastique dans l’air.

Que nenni ! Inutile de trop détailler car c’est un roman qu’il faut découvrir en en sachant le moins possible, mais disons que cela touche au géopolitique : des faits réels ayant eu lieu en Irak en 2003 dont l’auteur – journaliste – s’empare avec brio. Il ancre son histoire encore plus fort dans notre temps en ajoutant une dimension plus sociale au récit, par le biais de quelques personnages secondaires bien sentis. C’est plutôt de l’ordre de la réflexion que de l’engagement mais là encore, ça ne fait qu’enrichir l’histoire globale. À aucun moment je n’ai eu l’impression qu’on partait un peu dans tous les sens ; non, tout est sensé, porté par un style fluide, pas tape-à-l’œil, qu’on pourrait décrire comme au service de son histoire avant tout. Personnellement en tout cas, je m’y suis pleinement immergée : Les âmes frères, c’est typiquement le genre de roman qui nous accompagne même quand on ne le lit pas.

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En conclusion … Voici donc un livre qui a ses chances auprès d’un public varié ; alors si vous aimez les histoires familiales et/ou les thrillers et/ou les romans contemporains ancrés dans la réalité … Foncez !


 

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Merci à NetGalleyFrance & aux éditions Stock pour cette lecture.

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