Une vie entre les pages, Cristina Caboni

couv44444004Genre : Roman contemporain

304 pages 🇮🇹


« Sofia Bauer, ancienne bibliothécaire et relieuse à ses heures perdues, vit à Rome. Son couple bat de l’aile et la jeune femme sent peu à peu sa vie glisser entre ses doigts. Passionnée de livres anciens, elle rentre un jour dans une librairie et s’y voit offrir un vieil ouvrage contre la promesse de le remettre en état. Elle ignore alors qu’elle est à l’aube d’une aventure rocambolesque, qui va lui ouvrir les portes du passé et la réconcilier avec le présent.

Tandis qu’elle s’attelle à la restauration de l’ouvrage, Sofia tombe en effet sur une lettre manuscrite, dissimulée entre les pages. Celle-ci est signée de la main de la relieuse originale du livre, une certaine Clarice von Harmel, ayant vécu à Vienne au début du XIXe siècle, à une époque où cette profession était encore réservée aux hommes. Une femme qui semble s’être battue pour son indépendance et sa liberté, la payant au prix fort, et a dissimulé son message telle une bouteille à la mer dans l’océan du temps. Elle y évoque un fascinant secret que Sofia n’aura alors de cesse que de mettre au jour, aidée en cela par Tomaso Leoni, fameux chasseur de livres rares et expert en graphologie… Page après page, indice après indice, le couple mène l’enquête à travers l’Europe et redonne une voix à Clarice, dont le courage et la détermination serviront de guides à Sofia pour reprendre sa vie en main… »


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Les + : Les deux histoires/époques s’entremêlent à merveille.

Les – : RAS si on aime le genre !


Une vie entre les pages est un roman qui parlera à tous.tes les amoureux.ses du livre, dans sa manière de décrire charnellement couvertures, pages, papier, cuir et reliures en tout genre. Douce ironie des choses, c’est sur liseuse que je l’ai d’ailleurs lu.

De facture très classique, ce roman nous propose de suivre le destin de deux femmes vivant à deux époques différentes, mais dont les vies vont se croiser – que ce soit dans leurs similarités ou au travers d’objets.

Sofia Bauer, une jeune italienne de 32 ans, vit à Rome un mariage fort malheureux. Certaine il y a quelques années d’avoir envie d’une vie maritale, elle a laissé de côté sa profession de bibliothécaire – qu’elle aimait tant – pour cesser de travailler et ainsi passer plus de temps chez elle, auprès de son mari. Mari avec lequel – cela est désormais flagrant – elle n’a aucun point commun. Sofia est une esthète, une amoureuse des arts. Pour le peu qu’on en saura, cela ne l’intéresse lui guère. Alors, lorsqu’au gré d’une visite dans une librairie de quartier que son grand-père et elle-même affectionnait autrefois elle se voit offrir un antique exemplaire du livre d’un auteur Viennois qu’elle adore – du nom de Fohr, cela fait remonter de vieilles passions. Notamment, celle qu’elle entretient, en tant qu’amatrice, pour l’art de la reliure. Entreprenant de réparer ce vieux volume, quelle n’est pas sa surprise en découvrant une lettre cachée sous le cuir. D’époque – c’est à dire du XVIIIème – en langue allemande, elle a été rédigée par une certaine Clarice, qui a aussi annoté le dit livre avec l’aide d’un mystérieux interlocuteur. La volonté de Clarice est la suivante : transmettre ses lettres à une personne future, capable d’apprécier la beauté de l’objet livre – une belle idée, non ?

« Les livres l’avaient toujours fascinée. Ils étaient une possibilité, de nouvelles occasions. Ils étaient des réponses. En prendre soin, les offrir à ceux qui les cherchaient, c’était bien plus qu’un simple métier. »

Le vieux libraire qui a vendu cet exemplaire à Sofia va également lui donner les coordonnées d’un homme – un graphologue plus précisément – qu’elle connaît déjà pour l’avoir rencontré lors d’une soirée mondaine peu de temps auparavant. Un homme nommé Tomaso qui est loin de la laisser insensible, même si elle désire plus que tout se concentrer sur sa reconstruction personnelle.

Voici donc nos deux personnages désormais alliés sur la piste des autres tomes du fameux livre, où seraient dissimulées d’autres lettres. Leurs pérégrinations sont entrecoupées par des chapitres nous narrant la vie de Clarice – l’autrice des lettres donc – vivant dans la corsetée société germanique du 18ème une enfance d’orpheline aristocrate. Son oncle et sa tante ont hâte de la marier pour profiter de sa fortune. Pourtant, elle développe une passion étonnante, elle aussi, pour la reliure, ce qui est totalement inconvenant pour une femme qui n’est pas sensée travailler, et encore moins de ses mains.

Le dosage entre l’histoire contemporaine de nos deux personnages et l’accent plus historique qu’amène Clarice est bien pensé. À aucun moment elle ne vient supplanter l’histoire principale. Il nous est simplement retranscrit de son point de vue à elle ce qu’elle aborde dans ses lettres : sa vie, et ce qui a justement mené à l’idée de ces missives cachées. Sans trop en dire car le mystère de sa vie est au cœur de l’ouvrage, sa destinée est intéressante et plutôt mouvementée. En quelques pages – car peu de chapitres, comme je le disais, lui sont consacrés – nous sommes touchés par ses déconvenues et son désir d’indépendance. Sa force, celle que Sofia ressent à la lecture des lettres et qui va tant l’aider dans sa trajectoire personnelle, ressort parfaitement et nous aide à développer de l’empathie pour Sofia.

« Comprenez-moi bien, vous ne trouverez pas les solutions que vous cherchez dans ce livre si elles ne sont pas déjà en vous. Les livres ont beau être formidables, et parfois capables de vous apportez des solutions, ma chère amie, ils ne sont jamais que des étincelles. Et pour que le feu prenne, il faut du bois, si vous voyez ce que je veux dire. »

Sofia justement, est une femme touchante. J’ai aimé son cheminement personnel et sa manière apaisée de faire du tri dans sa vie, en ne cherchant à accabler personne mais à avancer de manière constructive. Une vie entre les pages met en effet fortement en avant la trajectoire de ses personnages et les leçons qu’ils tirent des événements de leurs vies. Ils ont chacun leurs contradictions, leur caractère mais aussi leurs rêves, ce que l’enquête qu’ils mènent et le volet historique viennent pleinement appuyer – sans pour autant servir de prétexte factice.

Par le biais du graphologue Tomaso, nous avons également un aperçu du monde fermé des chasseurs de livres : un milieu secret, concurrentiel, composé de passionnés qui s’affrontent à coup de vente aux enchères. Si c’est un aspect ténu du roman, il est néanmoins passionnant et nous invite au voyage dans de grandes capitales culturelles européennes. Ainsi, le roman revêt un petit côté carte postale parfaitement dépaysant  particulièrement lorsque l’autrice nous parle avec amour de la ville de Rome. C’est bien simple : elle m’a donné envie de m’y rendre sur le champ en lui rendant ce bel hommage.

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En conclusion … Une vie entre les pages est une histoire classique douce, comme un bonbon. En mélangeant deux époques, l’autrice rend un bel hommage à l’objet livre et à la trajectoire de deux femmes que des années séparent mais qu’un même désir réunit : celui de vivre comme elles l’entendent. Une très belle lecture, simple sur la forme mais émouvante.


Merci à NetGalley France & aux éditions Presses de la cité pour ce partenariat.

5 réflexions sur “Une vie entre les pages, Cristina Caboni

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