Les demoiselles de Beaune, Karine Lebert

couv2418138Genre : Historique 🇫🇷

397 pages


« Balbine de Joinville est religieuse aux hospices nouvellement fondés à Beaune. Elle a choisi de s’enfermer en ces lieux, l’année de ses dix-huit ans, pour cacher la honte d’avoir été violée. Elle y est demeurée par passion pour les herbes médicinales – une passion qui nourrit un talent de thérapeute qu’apprécie le médecin Maric Lambert, attiré par cette religieuse singulière. Du viol, perpétré par son oncle dans le château familial, une petite fille est née, Jeanne. Elle est élevée par le jardinier, non loin de sa cousine Alix, seule héritière des Joinville. Bien qu’elles ignorent ce qui les lie, une forme de rivalité s’installe entre elles. Tout les oppose : Alix renonce à un grand amour pour faire un mariage de prestige ; Jeanne devient chef d’une bande de brigands et disparaît peu à peu de la mémoire de ses proches. Jusqu’au jour où une blessure plus grave que les autres la conduit aux hospices de Beaune…
Balbine, Alix, Jeanne : trois destins de femmes s’entremêlent pendant un demi-siècle comme les fils de laine d’une tapisserie chatoyante, tableau fidèle de la vie quotidienne dans les hospices de Beaune à leur apogée. »


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Les + : De beaux personnages féminins ; Les multiples petites anecdotes historiques ; Le cadre de l’hospice de Beaune.

Les – : Il m’a parfois manqué des repères de temps plus précis ; je n’ai pas forcément trouvé le destin de Jeanne crédible.


Voici donc un roman qui prend place dans un lieu historique que j’avais adoré visiter un été : les hospices de Beaune. D’ailleurs, lire un roman historique quand on a eu l’occasion de voir le lieu où il se déroule en « vrai » auparavant est particulièrement dépaysant, c’est une « sensation de lecture » que j’adore. Beaune, je pense que c’est un nom géographique qui résonne assez bien dans l’imaginaire collectif, mais il faut tout de même noter que le livre ne se déroule pas uniquement aux hospices, puisqu’en plus de l’héroïne principale – qui va y passer la majorité de sa vie – nous côtoyons aussi d’autres personnages de femmes évoluant en extérieur.

« Balbine se mit à réciter la prière d’usage d’une voix murmurante afin de ne pas perturber ceux qui dormaient et de rassurer ceux luttant contre l’anxiété ou le chagrin :

– Voici l’heure des matines. C’est vers minuit que notre Seigneur est né de la bienvenue Vierge Marie. C’est aussi l’heure bénie où il fut pris et garrotté au jardin des Oliviers. Pour adorer et remercier notre Sauver, implorer ses grâces sur nous, sur les fondateurs et leurs enfants, sur les bienfaiteurs et les serviteurs de cet hospice, disons sept Pater et sept Ave Maria.

Tout le long du jour, les soeurs annonçaient ainsi l’heure de prime, de tierce ou de sexte, rappelant que l’endroit servait certes à prodiguer des soins au corps mais aussi à encourager le salut de l’âme par des prières et des rappels ponctuels, sans pour autant être pesants, à la religion. »

Nous sommes au XVème siècle. L’héroïne principale se nomme Balbine et grandit dans la campagne alentours de Beaune. Fille d’une paysanne et d’un aristocrate désormais décédé – qui avait renoncé à tout pour la femme qu’il aimait – elle s’extasie devant la construction des hospices. Une profonde conviction s’ancre alors en elle : un jour, elle y exercera en tant que dame hospitalière.

Et c’est un destin qu’elle suivra, mais pas de la manière à laquelle elle s’attendait. Passionnée par les simples (un de ces mots qui m’attirent comme une mouche quand je le vois dans un résumé), elle perfectionnera ses connaissances auprès d’un bienveillant prêtre du domaine de La Rochette, château et place forte de sa famille paternelle qui désire la connaître mieux. Mais aussi une famille qui souhaite nul doute lui faire faire un beau mariage pour assurer une descendance ; mais un drame terrible poussera Balbine à s’éloigner et à l’âge requis, à commencer son apprentissage à l’hospice, alors que sa Foi au même temps se renforce.

En parallèle de son destin, nous suivrons aussi celui de la soeur de son père, sa tante Hermione, puis plus tard, celui de sa cousine Alix et de Jeanne, la suivante de cette dernière. Quatre femmes, quatre caractères et quatre destins sur plus de cinquante ans.

« Il entrait dans les devoirs des dames hospitalières de porter leurs repas aux praticiens de l’hôtel-Dieu, qui ne venaient jamais au réfectoire. Cependant, jusqu’à la semaine qui suivit les fêtes de Pâques, Balbine n’avait jamais eu l’occasion d’enter dans la chambre de Maric Lambert. »

Il faut savoir que les voeux que prononce Balbine lorsqu’elle embrasse la profession de dame hospitalière ne font pas d’elle une sœur, ou du moins pas de manière pérenne, car elle peut quand elle le souhaite se retirer et retourner à la vie civile. Ceci étant dit, il s’agit d’un engagement tout de même pris dans la Foi & son intrigue à l’hospice se concentre beaucoup autour d’un amour impossible – malgré sa réciprocité ! – avec un médecin veuf, Maric Lambert. Ce dernier, doux comme un agneau, est un personnage agréable quoiqu’un peu transparent, comme tous les hommes de cette histoire d’ailleurs ! Si j’ai donc été déçue de ne pas être plus confrontée aux journées besogneuses de l’hospice et au rôle de dame hospitalière (je pense au quotidien  et à l’accompagnement religieux des malades, à la formation, aux soins), le volet historique en revanche m’a grandement satisfaite : on y apprend pas mal d’informations sur les fondateurs du lieu, le pourquoi de sa beauté, la non-omniprésence de la religion en son sein mais aussi – d’une manière plus ténue – sur la situation politique de l’époque. Le volet « soin », moindre, n’était je pense simplement pas la vocation de ce roman.

Les autres personnages féminins qui gravitent autour de Balbine prennent de l’importance à mesure que l’histoire avance et que l’héroïne gagne en âge (et en routine quotidienne). D’ailleurs, je ne m’attendais pas à ce développement, mais il donne du rythme au récit et renforce l’aspect dramatique du roman. Le destin de sa cousine Alix par exemple est classique mais vraisemblable – une femme qui souffre de ne pas avoir fait un mariage d’amour mais qui a aussi fait le choix – conscient – du confort. J’ai surtout aimé l’idée de suivre toutes ces femmes jusqu’à un certain âge, jusqu’à ce que les beautés changent et les marques du temps s’affichent. Ce n’est pas souvent qu’un livre ayant des femmes pour héroïnes les suit au-delà de l’âge de trente-cinq ou quarante ans, voire ici plus encore. Les histoires ne s’arrêtent pas à des mariages ou des naissances mais à la mort. Ça paraît idiot dit comme cela, mais ce n’est pas si courant !

Karine Lebert fait montre d’une belle maîtrise de son récit tout au long de ces quelques 400 pages. Si je n’ai pas été d’accord avec tous ses choix – notamment l’arc concernant Jeanne, trop rocambolesque – son habileté à distiller de courtes anecdotes historiques au cœur de son histoire est plaisante. Le récit évite les lourdeurs trop documentaires mais n’omet pas de poser son contexte pour autant. Seul point de gêne important à mes yeux : j’ai parfois éprouvé des difficultés à me repérer dans les années passant, ne sachant plus trop quel âge avait tel personnage par rapport à un autre. En effet, les ellipses temporelles sont parfois très importantes – il faut pouvoir condenser des dizaines d’années en un roman ! – mais pas assez explicitées à mon goût. Cependant, je garde aussi en tête que le rapport au temps n’était pas le même que le nôtre en ce XIVème siècle, et qu’il s’agissait donc peut-être de la volonté de l’autrice.

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En bref … Un roman historique dit « du terroir » agréable à lire, bien équilibrée entre l’information et le romanesque. À lire si vous aimez les destinées de femmes et les lieux chargés d’Histoire.

2 réflexions sur “Les demoiselles de Beaune, Karine Lebert

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