Le poids du cœur (#2 Bruna Husky), Rosa Montero

couv71354372Genre : Science-fiction 🇪🇸

356 pages


« Bruna Husky, la rep de combat des Larmes sous la pluie, n’a pas le moral. Les humains l’énervent, avec leur vie à rallonge, alors que chaque seconde la rapproche de l’heure de sa mort. Au cours d’un voyage dans le District Zéro, à la suite d’une altercation, elle recueille un peu malgré elle une fillette à moitié sauvage, obstinée et difficile, Gabi. Très vite, sur la foi d’un mot mystérieux, elle se retrouve embarquée dans une sombre affaire de poubelles atomiques aux confins du monde connu, dans une zone où règne une guerre permanente. L’enquête la mène sur la planète de Labari, dominée par la religion et le mépris pour les femmes. Elle est accompagnée dans son aventure par un « tripoteur » séduisant autant qu’inquiétant et d’une jeune réplicante née de la même matrice industrielle qu’elle, Clara Husky, son portrait craché. Cet alter ego plus jeune va la pousser à s’interroger sur son humanité et son destin. Entourée par ses vieux amis, Yiannis l’archiviste, qui change d’humeur toutes les cinq secondes à cause de sa pompe à endorphines, Bartolo le boubi collant et goulu ; jouant les intermittences du coeur avec l’inspecteur Lizard, toujours là pour lui sauver la vie mais jamais pour lui déclarer sa flamme, Bruna Husky est une survivante qui se débat entre l’indépendance totale et un besoin d’affection désespéré, un animal sauvage prisonnier de sa courte vie. Rosa Montero construit des mondes extraordinaires, étranges et cohérents, avec une maestria de conteuse hors pair. Elle écrit tout à la fois un roman d’aventures politique et écologique, un thriller futuriste, une réflexion sur la création littéraire, une métaphore sur le poids de la vie et l’obscurité de la mort… Et rappelle l’urgence de vivre et d’aimer quel que soit le monde qui nous est dévolu. »


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Les + : Les thèmes déjà vus dans le tome 1 sont explorés avec encore plus de profondeur ; Le personnage de Bruna ; Un univers qui gagne en densité.

Les – : Une conclusion trop rapide.

Avis précédent :

Tome 1 : Des larmes sous la pluie


Le poids du coeur est le second tome des aventures de l’androïde Bruna Husky. Ce n’est certes pas flagrant puisqu’il n’est fait aucune mention de sérialité sur la couverture mais croyez-moi, lire le tome 1 est essentiel pour s’immerger pleinement dans l’ambiance futuriste que nous propose l’autrice espagnole Rosa Montero – à savoir un avenir relativement noir, plus ou moins un siècle après notre ère.

Ce tome 2, pour qui a lu le tome 1, a des airs de déjà-vu mais il le fait très bien. L’atmosphère étant désormais installée, nous retrouvons notre chère réplicante Bruna Husky plus ou moins au même point. Elle décompte obsessionnellement les jours qui la sépare de la maladie inéluctable qui l’attend et de la mort qui s’en suit, enchaîne toujours les verres de vin blanc et les contrats mal rémunérés. Celui en cours l’emmène d’ailleurs dans le quartier le plus pauvre de Madrid, là où vivent ceux qui n’ont pas la possibilité de payer pour respirer un air plus pur. Alors qu’elle en a fini de sa tâche et passe le check-point pour regagner les zones “pures”, un esclandre éclate, et voilà Bruna qui se retrouve au final avec une fillette sur les bras. La jeune Gabi, sauvage et effrontée, semble avoir derrière elle un lourd passif ; il faut ajouter à cela une découverte sordide : il semblerait qu’elle ait été exposée à des doses mortelles de radiation, ce qui est hautement improbable dans un monde qui a depuis longtemps banni l’énergie nucléaire. Bruna tente donc de remonter le fil de ce mystère et risque, encore une fois, de s’attaquer à bien plus gros qu’elle.

« – (…) Nous sommes en guerre. Le Gouvernement des États-Unis de la Terre ne le dit pas, ne le reconnaît pas, il essaie de le dissimuler, mais nous sommes en guerre. C’est une guerre sale, multiple, confuse, désespérée. Des groupes ultranationalistes et ultrareligieux sont en train d’incendier la planète dans l’espoir de créer à nouveau mille petites nations. C’est un rêve féroce et excluant, parce qu’ils s’enveloppent dans ces torchons colorés qu’ils appellent des drapeaux et s’égorgent les uns les autres, comme s’ils trouvaient leur identité, précisément, dans le fait de pouvoir haïr quelqu’un. »

Si Des larmes sous la pluie démontrait déjà un intérêt pour les problèmes politiques, sociaux et environnementaux, Le poids du coeur y va encore plus fort en proposant de s’attaquer – entre autres sujets – à la question épineuse de l’énergie nucléaire et de la terrifiante durée de “vie” des déchets qui en résultent, par le biais d’une intrigue au service de la réflexion du lecteur – un truc que j’adore chez l’autrice, qui laisse toujours une marge de pensée à son lecteur malgré des positions très affirmées. C’est aussi forcément un prétexte pour jeter des questions plus générales sur la nature humaine, la vie, l’attachement à ce qui est éphémère et ce qui est plus grand que nous. C’est idiot à dire comme ça, mais on réfléchit beaucoup en lisant des auteurs.rices comme Rosa Montero qui parviennent à mêler à leurs récits ce genre d’interrogations, sans pour autant sortir totalement de la fiction. C’est étrangement régénérant : elle parle certes à nos émotions, mais aussi à notre intellect. Sur ce point, la trilogie Bruna Husky se montre vraiment brillante.

On y retrouve également d’autres marottes de l’autrice, parmi lesquelles le délitement des corps. Bruna étant une réplicante, elle ne vieillira pas mais mourra jeune. C’est à la fois jouissif pour elle de voir ces humains tenter d’échapper à la mort en modifiant leur apparence par le biais de la chirurgie esthétique, mais c’est aussi sa plus grande tragédie : ne pas avoir de temps, elle qui est obsédée par ce décompte qui lui pourrit littéralement la vie. Au final, c’est une belle manière d’illustrer que quoiqu’il arrive, nous n’avons jamais assez de temps. 

« Vieillir, tu sais, c’est devenir peu à peu l’otage de ton corps. Toi, tu croyais naïvement que ton corps c’était toi, mais à partir d’un certain âge tu découvres qu’en réalité c’est un extraterrestre, un inconnu (…). Et, encore plus angoissant, que c’est un inconnu qui te tue. »

Pour autant, j’ai trouvé qu’il y avait bien plus d’espoir dans ce tome que dans le précédent. On dirait pas comme ça, hein, mais un livre qui parle de mort n’est pas forcément négatif ou plombant – je ne vous apprends rien : on peut en sortir avec une très étrange sensation de bien-être, à mi-chemin entre les larmes et une béatitude un peu idiote. C’est tout à fait le cas ici dans l’intention, parce que dans les faits ça se finit un tout petit peu trop vite pour que l’effet soit pleinement présent.

Pour autant, l’autrice fait parcourir un certain chemin de pensée à Bruna tout au long du livre ; disons qu’elle va apprendre à relativiser les choses puisque tout est de toute façon inéluctable. Cela va passer par le biais d’informations supplémentaires sur la création des réplicants comme elle, mais aussi par le biais d’une courte visite à Labarie, qui est l’un des deux états sur plateformes flottant au-dessus de la Terre. Cette visite, qui ne dure que quelques chapitres et confine presque à la parodie, a à la fois l’avantage de nous ancrer pleinement dans le genre SF tel qu’on l’imagine (sur l’aspect “technique” : fonctionnement de la plateforme, modalité d’accession) et de faire un grossier clin d’oeil aux JDR médiévalisant (et à la Scientologie), tout en nous permettant de mieux cerner une des autres réflexions de l’autrice dans ces romans : aucune société n’est idéale, le croire serait oublier de progresser.

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En bref … Le premier tome était prometteur, le second est une confirmation. Plus approfondi, l’univers gagne en densité, mais aussi en émotion. Si vous avez aimé le premier, je ne doute pas que celui-ci vous plaira !

Une réflexion sur “Le poids du cœur (#2 Bruna Husky), Rosa Montero

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