La horde du contrevent, Alain Damasio

couv67105072Genre : Science-FantasyÂ đŸ‡«đŸ‡·

703 pages

[Relecture]


« Imaginez une Terre poncĂ©e, avec en son centre une bande de cinq mille kilomĂštres de large et sur ses franges un miroir de glace Ă  peine rayable, inhabitĂ©. Imaginez qu’un vent fĂ©roce en rince la surface. Que les villages qui s’y sont accrochĂ©s, avec leurs maisons en goutte d’eau, les chars Ă  voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous rĂ©sistent. Imaginez qu’en ExtrĂȘme-Aval ait Ă©tĂ© formĂ© un bloc d’Ă©lite d’une vingtaine d’enfants aptes Ă  remonter au cran, rafale en gueules, leur vie durant, le vent jusqu’Ă  sa source, Ă  ce jour jamais atteinte : l’ExtrĂȘme-Amont. Mon nom est Sov Strochnis, scribe. Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aĂ©romaĂźtre. Je m’appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l’Ă©claireur et parfois mĂȘme Larco lorsque je braconne l’azur Ă  la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existĂ© trente-trois en huit siĂšcles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatriĂšme : sans doute l’ultime. »

(Re)Lecture faite dans le cadre du Book-Club mensuel LivrAddict de juin 2020.


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✅ Un rĂ©cit choral puissant ; Une plume trĂšs classique, mais qui me plaĂźt ; La fin.

⛔ Quelques moments un peu longs ; Des entourloupes stylistiques pas toujours utiles ; Un (gros) poil de sexisme dans le traitement des personnages fĂ©minins.


C’est seulement la deuxiĂšme ou troisiĂšme fois que j’Ă©cris la chronique d’une relecture sur ce blog depuis sa mise en ligne en 2017. Concernant La horde du contrevent, elle sera plutĂŽt brĂšve, quelque peu dĂ©cousue (mais ça, c’est habituel), pas destinĂ© Ă  celles.eux qui ne l’ont pas lu et dĂ©nuĂ©e de rĂ©sumĂ© personnel, car je crois qu’il faut mieux entamer le livre en se contentant de la quatriĂšme pour se l’approprier correctement.

« Nous sommes faits de l’Ă©toffe dont sont tissĂ©s les vents. »

Ma premiĂšre lecture de l’Ɠuvre doit remonter aux alentours de l’annĂ©e 2010, peut-ĂȘtre un peu avant. À l’Ă©poque, le livre m’Ă©tait un peu passĂ© Ă  cĂŽtĂ© – je l’avais trouvĂ© bien, agrĂ©able Ă  lire MAIS pas bouleversant ; et en dĂ©couvrant la blogosphĂšre littĂ©raire dans les annĂ©es qui ont suivies (et la multitude de commentaires dithyrambiques), une sorte de regret est nĂ© : peut-ĂȘtre l’avais-je lu au mauvais moment ? Peut-ĂȘtre Ă©tais-je trop jeune ? Une relecture, un jour ou l’autre, s’imposait donc forcĂ©ment pour en avoir le cƓur net.

La rĂ©ponse est non. Ce livre ne sera jamais un coup de cƓur pour moi, voilĂ  tout. J’ai apprĂ©ciĂ© redĂ©couvrir la plume de l’auteur sous un nouvel Ɠil plus mature et peut-ĂȘtre plus attachĂ© Ă  la qualitĂ© et au travail de la langue. Son style « sonne », c’est impressionnant Ă  constater pour le coup – tout en restant en somme assez classique (au sens plus noble du terme) pour ne pas trop tomber dans le livre slogan (du genre celui dont on a envie de surligner toutes les phrases, car elles assĂšnent des vĂ©ritĂ©s bien senties, au dĂ©triment, souvent, d’une histoire qui se retrouve Ă  manquer de liant ; ici j’ai parfois cette impression, mais de maniĂšre raisonnable). Concernant les personnages, lĂ  oĂč lors de ma premiĂšre lecture je ne m’Ă©tais de mĂ©moire attachĂ©e qu’Ă  Sov (qui « Ă©crit » l’Histoire), c’est cette fois Pietro qui m’a le plus touchĂ©. Il est le personnage qui raconte ce qu’il voit et peut donc sembler au premier abord froid et dĂ©nuĂ© de profondeur – cependant, l’auteur parvient Ă  faire ressentir en sous-texte une fragilitĂ© nichĂ©e en lui, comme s’il Ă©tait prĂšs d’Ă©clater Ă  tout instant. Il m’a semblĂ© en tout cas qu’il s’agissait du personnage le plus conscient de la situation – sans trop en dire – absurde de la Horde.

En revanche, si la fin Ă©tait encore gravĂ©e dans ma mĂ©moire, je ne me souvenais plus de la puissance avec laquelle elle est dĂ©roulĂ©e. C’est un dĂ©tail idiot, nĂ©anmoins inconsciemment, il m’a semblĂ© que l’idĂ©e de la pagination inversĂ©e renforçait ce sentiment.

« Lorsqu’on me demandait ce que j’espĂ©rais trouver en ExtrĂȘme-Amont, cette question banale posĂ©e mille fois, je rĂ©pondais maintenant : « J’espĂšre trouver mon visage. Quelqu’un lĂ -haut le sculpte Ă  coup de salves dures. Chaque acte que je fais le modifie et l’affine. Mes fautes le balafrent. Mais peu importe : il se fait ; il m’attend, posĂ© sur un socle. Et je le verrai, comme je vous vois devant moi, comme on se regarde dans un miroir enfin exact. Je verrai ce visage que je me suis fait tout au long de ma vie, juste avant de mourir. Ce sera ma rĂ©compense. » »

Deux trois rĂ©flexions tout de mĂȘme :

  • Peut-ĂȘtre est-ce parce que je suis plus sensibilisĂ©e aujourd’hui Ă  la question, mais le traitement des femmes dans le rĂ©cit joue aussi beaucoup dans mon ressenti final. Alors oui, la Horde vit en vase-clos, les liens se font et se dĂ©font, mais tout de mĂȘme, tous les dĂ©saccords ne peuvent pas uniquement venir d’elles ! J’ajouterai Ă  ça les trop nombreuses descriptions physiques (qui est belle, qui est moche, qui a les seins comme ci ou comme ça, qui est fraĂźche et rĂ©confortante Ă  regarder dĂšs la levĂ©e du jour) qu’on ne retrouve pas/peu concernant les personnages masculins – j’aurais aimĂ© savoir si les femmes aussi avaient le visage burinĂ© par le vent, et les voir apporter autre chose que du rĂ©confort, des soins, des problĂšmes et la possibilitĂ© de faire Ă  manger. Alors oui, il y a Oroshi, mais mĂȘme le traitement rĂ©servĂ© Ă  son personnage m’a parfois contrariĂ©. Et je n’aborderai pas la question de la maternitĂ© …
  • Peut-ĂȘtre moins mentionnĂ© dans les critiques lues, la qualitĂ© de l’arriĂšre-plan avec pĂȘle-mĂȘle les anecdotes sur la formation de cette Horde, le monde « extĂ©rieur », etc. MĂȘme si la vedette est tenue par la Horde en progression, tous ces Ă©lĂ©ments bien qu’en fond m’ont paru trĂšs travaillĂ©s. Ils contribuent beaucoup Ă  l’installation de l’ambiance si particuliĂšre que cette Ɠuvre dĂ©gage.
  • Je n’aime pas trop les livres-manifestes et apprĂ©cie vraiment qu’il y ait une part d’interprĂ©tation consĂ©quente laissĂ©e par l’auteur.rice ; ce n’est pas un scoop A. Damasio est  quelqu’un qu’on peut qualifier « d’engagĂ© » et ça transparaĂźt ici, bien que ce ne soit pas rĂ©dhibitoire. NĂ©anmoins, je ne suis pas certaine qu’une autre de ses Ɠuvres n’atteindrait pas mes « limites » (je pense aux Furtifs par exemple). Je ne pense donc pas poursuivre avec l’auteur.

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En conclusion … Ce n’est pas LE roman qui a changĂ© ma vie, nĂ©anmoins je conçois que rencontrĂ© au bon moment, il puisse l’ĂȘtre pour d’autres lecteurs.rices. Une seule chose Ă  dire donc : il faut le lire pour se faire son propre avis !

7 réflexions sur “La horde du contrevent, Alain Damasio

  1. Sia dit :

    Je l’ai lu il y a bien cinq ans maintenant et j’avoue que j’Ă©tais moins sensible au traitement des personnages. Du coup, je suis trĂšs contente, car ça avait Ă©tĂ© un Ă©norme coup de cƓur. Ceci Ă©tant, je suis moins contente de savoir que j’ai autant adorĂ© un titre qui me serait peut-ĂȘtre sorti par les trous de nez aujourd’hui ! (Paradoxe, quand tu nous tiens). Du coup je suis certaine de ne jamais le relire 🙂

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