Du bout des doigts, Sarah Waters

couv31840856.gifGenre : Historique 🇬🇧

750 pages


« Londres, 1862. À la veille de ses dix-huit ans, Sue Trinder, l’orpheline de Lant Street, le quartier des voleurs et des receleurs, se voit proposer par un élégant, surnommé Gentleman, d’escroquer une riche héritière. Orpheline elle aussi, cette dernière est élevée dans un lugubre manoir par son oncle, collectionneur de livres d’un genre tout particulier. »


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✅ Le style de l’autrice est incroyable ; Une histoire très bien construite ; Le personnage de Sue.

🔴 RAS !

Une lecture faite dans le cadre du Book-Club LivrAddict.


Je crois que j’ai de la chance : chaque fois qu’une panne de lecture se présente, elle est accompagnée d’un bon livre qui me permet de rester sur les rails. Le mois dernier (en été la lecture & moi = tout ou rien), Tous les hommes du roi de Robert Penn Warren m’avait tenu compagnie. Ce mois-ci, c’est ce livre de Sarah Waters que j’ai beaucoup aimé, au demeurant.

L’action se passe dans le Londres Victorien, avec tout ce que cela comporte de crasse, de fog et de débrouilles. Nous ne sommes pas dans les beaux quartiers, mais plutôt dans un coupe-gorge : Lant Street. C’est la jeune Sue qui nous raconte son histoire : fille d’une meurtrière pendue alors qu’elle n’était que nourrisson, elle grandit au sein d’un « foyer » haut en couleur, soient des escrocs de tout bord chaperonnés par Madame Sucksby, spécialisée dans la revente de bébés.

Sue prend dès lors part à une intrigue somme toute simple, qui lui permettrait de devenir riche : devenir la femme de chambre d’une jeune héritière ingénue sous le joug d’un oncle … fantasque ? (soyons polis) qui a des vues sur un bandit, les marier, la faire interner sous quelques motifs fallacieux, se partager le magot. Aisé, n’est-ce pas, à une époque où l’on croit qu’une femme qui lit trop peut en devenir folle ?

Eh bien, sachez-le : rien, mais alors rien, ne va se passer comme prévu.

 

« Ã€ Paddington, nous découvrîmes que le trafic ferroviaire n’était pas moins ralenti que celui des rues. Nous eûmes encore une heure à attendre avant qu’on ne donne le signal de monter dans le convoi à destination de Bristol qui devait me déposer à Maidenhead où il faudrait changer de train. Nous restâmes planter sous les aiguilles tictaquantes de la grande horloge, à nous énerver et à souffler sur nos doigts gourds. On avait allumé les lampes, mais le brouillard avait envahi le hall et, mêlé à la vapeur, divaguait sous les voûtes, rendant l’éclairage des plus aléatoires. Les murs étaient tendus de noir depuis la mort du prince Albert, deuil que les oiseaux avaient marqué de traînées blanches. C’était bien triste pour un édifice aussi monumental, sans rien dire de la foule qui nous enserrait de partout, des gens qui attendaient en pestant ou couraient en nous bousculant, dont les enfants et les chiens venaient se fourrer dans nos jambes. 

– Putain ! Le Diable les emporte ! râla Gentleman d’une voix dure lorsque la roue d’une voiture de malade lui écrasa l’orteil. »

 

Au départ, on se laisse assez simplement charmer par la gouaille virtuose de la plume de l’autrice – ce parler de la rue, la violence éprouvante et la dureté nécessaire à survivre se trouve à chaque coin de page : tout ça apparaît si réel qu’on y est transporté. L’arnaque se met lentement et douloureusement en place, l’oppression se fait sentir alors que Sue, notre intrigante, est coincée dans une immense demeure qui fonctionne selon des lois bien strictes.

Et puis boum, page cent-cinquante et des poussières, ÉNORME retournement de situation auquel je ne m’attendais pas. Cela ne casse pas le rythme de lecture, bien au contraire : on se laisse dorénavant emporter par une intrigue à tiroirs assez folles, ou chaque chapitre apporte son long de révélation. Le tout se tient prodigieusement bien (prends-en de la graine, Harry Québert : il n’est pas nécessaire de faire dans le capillotracté), porté par des personnages nuancés pour lesquels il est compliqué de ne pas ressentir une certaine empathie.

 

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En conclusion … C’est un grand OUI !

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6 réflexions sur “Du bout des doigts, Sarah Waters

  1. Ma Lecturothèque dit :

    Je l’ai lu il y a tellement longtemps… Je me souviens de quelques petites choses (notamment grâce à ta chronique) mais surtout avoit préféré « Caresser le velours » (que j’ai relu l’an passé) ; j’espère prendre le temps de relire « Du bout des doigts » d’ici la fin de l’année (et en effet, le style est incroyable 😍).

    Aimé par 1 personne

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