Ma chérie, Laurence Peyrin

Genre : Roman historique 🇫🇷

319 pages

Note : 3 sur 4.

✅ Une plume qui nous emmène ; Les personnages ; Le contexte historique.

🔴 Le roman est plutôt court (et la police de caractère est grande) donc peut-être un goût de trop peu sur certaines parties.

« Tout le monde l’appelle Ma Chérie…

Elle va retrouver qui elle est. Un cocktail à la main, au bord d’une piscine entourée de palmiers, Gloria, 30 ans, écoute discuter ses riches amies de Miami, toutes ces « femmes de » aux bavardages superficiels. Qu’il est loin son village natal, ce Chooga Pines aux maisons de bois gris isolées du monde par la mangrove ! C’est son physique ravissant qui lui a permis de fuir la promesse d’une vie morne, il y a dix ans. Repérée par un photographe, elle est devenue Miss Floride 1952… et la maîtresse de l’agent immobilier des stars, Gerry Grayson, dit GG.

Oui, Gloria a fait bien du chemin, de Chooga Pines jusqu’aux stucs des beaux quartiers de Miami. D’ailleurs, depuis bien longtemps elle n’a plus entendu son nom de baptême. Tous, des photographes de plage à GG, de son coiffeur jusqu’à ses nouvelles amies so chic, tous l’appellent « Ma Chérie ». Mais voilà, un matin GG est arrêté. Il a escroqué tout ce que Miami compte de gens importants. Le monde factice de Ma Chérie s’écroule : rien n’est à elle, ni la maison ni les bijoux. Munie d’une valise et de 200 dollars, elle monte dans un car Greyhound pour rentrer chez ses parents qu’elle n’a pas vus depuis dix ans. C’est le week-end de Pâques, le car est plein. Il ne reste qu’une place à côté d’elle, et un homme noir lui demande la permission de s’y asseoir. Un homme noir et une femme blanche assis l’un à côté de l’autre dans un bus, c’est choquant dans la très conservatrice Floride de 1963. Sans le savoir c’est à cet instant, quand Ma Chérie accepte son voisin, qu’elle prend la décision qui donnera un jour un sens à sa toute nouvelle vie. »


Cela faisait un moment que je souhaitais découvrir la plume de Laurence Peyrin, autrice française anciennement journaliste dont beaucoup d’oeuvres sont chroniquées et encensées sur la blogosphère littéraire. J’ai donc choisi ce court roman – son dernier en date – qui prend place dans une période qui m’intéresse beaucoup : les États-Unis des années 1960. La Ma Chérie du titre, c’est Gloria Mercy Hope de ses prénoms, une jeune fille binoclarde née dans un petit patelin de Floride d’un père blanc et d’une mère aux origines autochtones. Elle se métamorphose à son adolescence, devient une jeune femme superbe et finit par devenir la poule d’un agent immobilier richissime (et marié) dont elle est éperdument amoureuse. Dix années passent, durant lesquelles ses parents ne reçoivent en guise de nouvelles que quelques cartes de cette femme qui évolue dans les sphères de la haute société.

Et puis tout s’effondre : son amant était un escroc de la pire espèce, elle est dépossédée de tout – puisqu’au final elle ne possédait rien, guère que des cadeaux (de grande valeur, tout de même). Elle prend alors le bus avec 300$ en poche et son iconoclaste malle Hermès, direction la modeste maison familiale. Mais alors que les lois ségrégationnistes ont été déclarées anticonstitutionnelles depuis peu, les « habitudes » ont la vie dure. Ainsi, lorsqu’un jeune Noir lui demande si la place à côté d’elle est libre, qu’elle répond oui, qu’il s’assoit et qu’ils entament une discussion agréable, elle prend pour la première fois le temps de réfléchir à ses propres opinions.


« Toute sa vie elle avait été figée dans ce romantisme dont les mêmes préceptes idéalisaient la Mamma noire d’Autant en emporte le vent qui serrait avec autorité le corset de Scarlett O’Hara. Romantisme qui rangeait les êtres humains en un équilibre pratique. Ceux du dessus, ceux du dessous, et ainsi fonctionnait le monde, bienveillant, pragmatique – blanc. »


Ma Chérie, c’est donc avant une histoire dans l’Histoire, celle de cette jeune femme blanche qui n’a jamais regardé plus loin que ce qu’on lui donnait à voir, et va pourtant peu à peu prendre conscience du monde qui l’entoure, à commencer par l’amour dont elle est le fruit, celui de ses parents dont le couple aurait autrefois été interdit. On chemine donc au côté de Gloria en suivant sa reconstruction qui se fait pas à pas, tout en abordant des points clés de l’époque : le Président Kennedy, la guerre de Corée, les plaies de la ségrégation, la baie des Cochons, la situation des autochtones, les hippies, le couple Loving … Bref, c’est un voyage dans le temps plus que réussi. Les sujets ne sont pas toujours creusés – ce qui serait de toute façon difficile en 319 pages – mais on sent que l’autrice écrit avec du bagage derrière, de la recherche. J’ai pas mal pensé à La couleur des sentiments lors de ma lecture – un livre que je n’avais pas du tout aimé (#seulecontretous) – et réflexion m’est faite qu’elle réussit ici se que Kathryn Stockett avait raté à mon sens dans son oeuvre, c’est-à-dire prendre le pouls d’une conscience qui s’éveille sans que cela ne se fasse au détriment de l’autre.

La qualité d’écriture concernant les personnages n’y est pas pour rien. Gloria, par exemple, m’a beaucoup plu dans son honnêteté lorsque tout le monde essaie de lui faire dire qu’elle regrette sa vie superficielle d’avant ; elle maintiendra tout du long que non, qu’elle aimait cela sans honte. C’est vrai qu’à première vue elle peut paraître naïve mais je ne crois pas qu’elle le soit tant que cela. Mentionnons également Marcus, le jeune Noir qu’elle rencontre dans le bus ou encore Benjamin, cet ami d’enfance vétéran de la guerre de Corée qui souffre de stress post-traumatique à une époque où cette maladie n’est pas encore reconnue dans sa pleine mesure.

En conclusion … J’ai vraiment apprécié cette lecture, qui parvient en peu de pages à dresser un portrait des États-Unis intéressant et subtil alors que le pays vit une période charnière de son histoire. Il me tarde de découvrir l’autrice dans d’autres de ses œuvres. D’ailleurs, su vous avez un conseil de lecture particulier la concernant, je suis preneuse !

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