Taxi Curaçao, Stefan Brijs

Genre : Contemporain 🇧🇪

288 pages

Note : 3 sur 4.

✅ Le sujet de la colonisation en filigrane ; Va au contraire du « Quand on veut, on peut » ; Le personnage du frère Daniel.

🔴 Une dernière partie trop rapide ; Quelques redondances.

[Lu dans le cadre de la masse-critique Babelio.]

« Curaçao, Caraïbes, 1961. Max Tromp débarque un matin dans la classe du frère Daniel à bord du taxi rutilant de son père. Du haut de ses 12 ans, c’est un gamin futé qui rêve de devenir instituteur. Mais dans cette île étranglée, il est vite rattrapé par son destin et n’a bientôt d’autre choix que de reprendre le volant de la Dodge Matador paternelle. Tandis que les années s’égrènent, Max, père à son tour, croit déjouer le sort quand son fils prend le chemin de l’école. Les Tromp parviendront-ils enfin à échapper à leur condition ? »

Ce roman, je l’ai lu il y a quelques temps déjà mais n’avais pas pris le temps d’en faire une chronique. Celle-ci sera d’ailleurs plutôt courte, car je ne suis plus vraiment certaine d’avoir tous les éléments en tête.

Stefan Brijs est un auteur que je souhaitais découvrir depuis un moment ; donc, lorsque j’ai vu ce titre lors de la masse-critique d’Octobre me semble-t-il, mon choix a été facile – d’autant qu’il était parmi les derniers disponibles ! Nous y suivons une histoire se déroulant sur trois générations et donc plusieurs années, mais racontée d’un point de vue extérieure : celui de Frère Daniel, un religieux Noir. Sa couleur de peau a en effet son importance, car l’histoire se déroule sur l’île de Curaçao et démarre au début des années 1960 : l’île est alors une colonie Néerlandaise, non loin des côtes Vénézuelienne. Les Blancs, ce sont donc les colons – propriétaires terriens bien souvent, la majorité des religieux ou alors des touristes, car si on omet la pauvreté qui gangrène l’île, nous sommes aux Antilles et les plages sont paradisiaques.

« J’avais parlé de mon peuple comme s’il s’était agi d’une tribu m’étant étrangère. Je l’avais observé à la manière d’une frégate, depuis le ciel et non du point de vue d’un lézard qui évolue entre les pieds des gens. Voilà pourquoi j’avais parlé en tant que frère privilégié et non en tant que Noir parmi les Noirs. Un constat amer, d’autant que je me rendais compte que j’agissais de la sorte depuis des années, par exemple avec Roy, Myrna et Max. J’avais refoulé mes origines et les leurs, essayant de les faire entrer dans un moule qui n’était pas fait pour eux. « 

Le récit débute en 2001, alors que Frère Daniel tente une dernière fois de discuter avec Max, un insulaire d’une cinquantaine d’années qui s’apprête à prendre l’avion vers les Pays-Bas pour ce qui semble être un aller sans retour. Quelque chose de tragique se trame, mais quoi exactement ? Pour le comprendre, il va falloir remonter le temps de quelques années, et s’intéresser à la vie du personnage de Max. Frère Daniel se souvient ainsi d’un jeune homme dont il a été l’enseignant, sérieux, qui avait un profil à même de lui permettre de devenir instituteur et a ainsi se sortir de la misère dans laquelle il a grandit. C’était sans compter l’ombre d’un père toxique, envahissant, lui même victime quelque part de la dureté de la société qui les entoure. Max deviendra père à son tour d’un jeune homme prometteur, qui va pourtant se laisser gagner peu à peu par le mirage d’une vie plus facile.

J’ai appris beaucoup de choses en lisant ce roman. On aborde ainsi efficacement la situation historique puis plus actuelle de l’île de Curaçao, île paradisiaque pour touristes Blancs mais quasi-prisons pour ses habitants d’origine, Noirs et souvent davantage appauvris par une société coloniale qui empêche toute possibilité de réelle égalité, que ce soit au niveau économique ou au niveau moral. Ainsi, le point de vue du Frère Daniel est-il intéressant, lui qui se sent sans cesse entre-deux. La destinée de Max m’a brisée le cœur du début à la fin, absolument terrible. La plume de l’auteur, hyper fluide et bien documentée, nous entraîne dans les noeuds de toutes ces erreurs qui paraissent évitables d’un point de vue extérieur mais inéluctables pour qui les vit. Un seul regret, la dernière partie qui m’a semblé un peu rapide eût égard des différentes tragédies qu’elle entraîne.

En conclusion … Un roman fort. Pas un coup de cœur, mais une histoire puissante au volet social particulièrement juste.

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Dans le même genre, un roman très réussi qui revient sur un destin pris dans le cours de l’Histoire :

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