Le mystère Henri Pick, David Foenkinos

Genre : Contemporain 🇫🇷

286 pages

Note : 1 sur 4.

✅ Le personnage de Rouche ; Le style d’écriture.

🔴 Un côté « anecdotique » ; Des longueurs ; Des invraisemblances.

« En Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu’elle estime être un chef-d’œuvre, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l’écrivain et apprend qu’il est mort deux ans auparavant. Selon sa veuve, il n’a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses… Aurait-il eu une vie secrète? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick va devenir un grand succès et aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire. Il va également changer le destin de nombreuses personnes, notamment celui de Jean-Michel Rouche, un journaliste obstiné qui doute de la version officielle. Et si toute cette publication n’était qu’une machination? »

Le mystère Henri Pick est le premier roman de David Foenkinos que je lis. Je l’avais de fait emprunté à la bibliothèque pour ma mère, mais elle l’a englouti si rapidement qu’il me restait suffisamment de latitude en terme de délai pour y jeter un petit œil – d’autant que le roman ne fait même pas trois cents pages et que la police d’écriture est plutôt épaisse.

Le titre nous promet un « mystère », mais quel est-il ? À Crozon, petite ville de Bretagne de 7.000 âmes. Un bibliothécaire rêveur (forcément !) a créé dans l’établissement pour lequel il travaille un rayonnage un peu spécial : celui des manuscrits refusés, une idée qu’il tient d’un auteur américain qu’il adore. Lorsqu’il décède, sa jeune collègue abandonne un peu ce rayon qui végète, jusqu’au jour où une enfant de la ville – désormais éditrice – et son compagnon – un auteur débutant qui se remet tout juste d’un cuisant échec – y découvrent une perle rare : Dernières heures d’une histoire d’amour. Un livre signé Henri Pick, qui n’est autre que le pizzaïolo du coin. Décédé récemment, ce dernier ne peut donc rien infirmer ou confirmer. Le livre va devenir un phénomène d’édition comme il en existe de temps à autre. 

Parallèlement entre en scène un peu avant la moitié du roman le personnage de Rouche, un critique littéraire qui a autrefois connu son heure de gloire en écrivant des cinglants articles pour le Figaro Littéraire. Désormais, il vivote d’animations d’ateliers d’écriture et de piges – même si on rechigne souvent à l’embaucher. La vie n’est donc pas toujours évidente pour cet homme déclassé et désabusé. Sa seule certitude est la suivante : le coup éditorial lié à la découverte du manuscrit secret d’Henri Pick cache quelque chose, et il compte bien le prouver.

Je me retrouve, avec ce roman, dans une situation que je n’aime pas du tout – à savoir que je ne l’ai ni foncièrement détesté, ni beaucoup apprécié – et qu’il m’est toujours difficile dans un tel cas de mettre en mots mon ressenti exact. Je retiens des éléments que j’ai aimé, et surtout le personnage de Rouche, ce journaliste qui n’a plus rien à prouver à personne à part à lui-même. Un homme fatigué, qui a autrefois fait régner la terreur et qui découvre désormais sous un jour nouveau un monde littéraire qu’il ne domine plus. Du coup, son côté « ancien cynique » est hyper réjouissant – même s’il est très contenu car c’est un homme dans le fond particulièrement tendre. J’ai aimé sa volonté d’aller à contre-courant de ce coup éditorial, qui met plus en avant la forme que le fond et qui se sert avec bien peu de classe de la modestie et du peu d’intérêt pour la chose littéraire de l’auteur supposé du chef d’œuvre – ce fameux pizzaïolo donc, en jouant sur le poncif méprisant de l’homme peu cultivé qui s’éveille soudainement. 

« – Justement…, enchaîna Delphine. On est venus vous voir, car on a entendu parler d’une bibliothèque un peu particulière.

– J’imagine que vous parlez des livres refusés.

– Voilà c’est ça.

– Elle est au fond de la salle. Je l’ai conservée en hommage à son fondateur, mais ça doit être un ramassis de mauvais textes.

– Oui, sûrement. Mais on adore l’idée, dit Delphine.

– Ca aurait fait plaisir à Gourvec qui l’avait fondée. Il aimait qu’on s’intéresse à sa bibliothèque. C’était l’oeuvre de sa vie, on peut dire ça comme ça. Il a fait des échecs des autres sa propre réussite.

– C’est très beau », conclut Frédéric.« 

Un autre élément que j’ai apprécié est son style. Au début, il m’a un peu dérouté par son extrême simplicité, mais au fur et à mesure de la lecture apparaît un travail d’écriture certain derrière un aspect dépouillé (phrases concises, dialogues s’achevant souvent sur un blanc (ça j’ai adoré, ça donne un ton et un humour réjouissant), …). Là encore, cela peut ne pas plaire parce que l’auteur pousse ce « concept » hyper loin, un peu comme on pourrait raconter une longue anecdote – mais au final, en lisant la dernière ligne et juste après m’être dit « tout ça pour ça » (bah oui, parce que mon niveau d’indifférence à la fin était certain en ce qui concerne l’histoire), sa façon d’écrire m’est restée en tête un moment (un peu comme lors de ma lecture de Moitiés d’âme d’Anthelme Hauchecorne qui avait aussi simplifié sa plume à l’extrême).

A contrario, j’ai ressenti de nombreuses longueurs : l’histoire se traîne un peu en milieu de récit, avec des moments où l’auteur développe des intrigues quelques peu fantasques dont je n’ai pas compris l’intérêt (où a-t-il voulu en venir d’ailleurs ?) – et notamment une concernant la bibliothécaire qui à mon sens n’apporte rien du tout et se paie même le luxe d’être particulièrement ennuyante. Il perd finalement un peu de vue le pourquoi de comment, à savoir ce fameux mystère Henri Pick – et le roman étant bref, il en pâtit ainsi sérieusement. 

Puis, il y a cette sensation persistante de « l’anecdotique ». C’est hyper péjoratif comme terme et je m’en excuse mais franchement, je ne trouve pas d’autres moyens de l’exprimer. Je ne dis pas qu’un roman doit avoir une intrigue grandiloquente pour marquer un lecteur – certains de mes romans préférés ne racontent de fait que de simples tranches de vie, des évènements simples comme on peut toutes et tous en vivre. Mais là, je ne cerne réellement pas ce qu’on peut retirer d’une lecture comme celle-ci. On ouvre le livre, c’est bien écrit, pas désagréable à lire mais … on le ferme, et rien ne nous imprègne et ne nous reste. C’est une sensation que je ressens très rarement, mais là encore, cela fait plus d’une journée que j’ai terminé ce bouquin et ce sentiment est encore très prégnant. Et là … Je me dis que cela a peut-être à voir avec son style d’écriture si particulier, ce qui est donc complètement contradictoire parce que je l’ai sincèrement apprécié, ce style ! Bref. C’est un nœud complet dans ma tête, mais une chose est certaine : il faudrait que je lise autre chose de lui pour pousser un peu plus loin cette exploration.

P.S. : À toutes et tous les bibliothécaires – mes chers.ères collègues ! – qui liraient ces lignes : j’occulte volontairement les nombreux poncifs concernant le personnage du bibliothécaire. En trois mots, et comme vous vous en doutez très certainement : Rien ne va ! 😆

En conclusion … Je ne peux ni le déconseiller, ni le conseiller à qui que ce soit. Des titres de l’auteur à conseiller ?

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7 réflexions sur “Le mystère Henri Pick, David Foenkinos

    • Les Mots de Mahault dit :

      Franchement, je suis certaines que d’autres fictions se sont penchées sur les coulisses du monde du livre avec davantage d’acuité et de détails intéressants. 🙂 Ici, c’est plutôt un prétexte pour étayer une sorte de comédie de mœurs.
      Sinon, de l’auteur, je pense lire prochainement La délicatesse, à voir si j’apprécie ou pas ^^

      Aimé par 1 personne

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