Le goût du baiser, Camille Emmanuelle

Genre : Jeunesse/Érotique/Romance 🇫🇷

224 pages

Note : 4 sur 4.

✅ L’art et la manière d’aborder la sexualité (et pas que !) ; Les personnages ; Le ton.

🔴 RAS !

« Aurore, une lycéenne, perd brusquement le goût et l’odorat suite à un accident. Bouleversée dans son quotidien et sa vie sexuelle naissante, la jeune fille trouve une échappatoire dans la boxe. C’est ainsi qu’elle fait la rencontre de Valentin qui l’initie aux plaisirs érotiques. »

C’est pas le biais d’une de mes collègues de travail que j’ai entendu parler de ce roman et de cette collection de chez l’éditeur Thierry Magnier : L’ardeur. Voici la présentation qu’on peut lire à son sujet sur le site internet de l’éditeur : « LIRE, OSER, FANTASMER, trois mots qui résument l’ambition de la collection L’Ardeur. Depuis ses débuts, notre maison est fière de défendre une littérature courageuse qui s’intéresse à l’adolescence telle qu’elle est, avec ses zones d’ombres, ses excès, ses émotions exacerbées. Mais l’adolescence est aussi une période où le corps se métamorphose, où la vie sexuelle commence. Quoi de plus logique, alors, que d’ouvrir notre catalogue à des textes qui parlent de sexualité, de désir, de fantasme. L’Ardeur se pose résolument du côté du plaisir et de l’exploration libre et multiple que nous offrent nos corps. » Une introduction qui semble juste, tant ce que j’ai lu dans ce livre y fait écho.

Nous allons suivre Aurore durant quelques mois de sa vie de lycéenne. À quelques jours de son entrée en classe de première littéraire, elle est victime d’un accident de vélo plus impressionnant que dangereux. Elle en sortira tout de même avec une légère commotion cérébrale, mais surtout, comme elle va s’en apercevoir au bout de quelques heures, une anosmie et une agueusie – traduction : perte d’odorat et perte de goût. Des sens auxquels on ne pense pas en priorité (on pense tous davantage à la peur de la perte de la vue ou de l’ouïe, non ?) pour un vide (provisoire ?) qui ne sera pas sans conséquence : peur panique de ne pas sentir l’odeur du danger, insatisfaction lorsqu’il s’agit de se nourrir, impossibilité de s’accrocher à ces repères qui semblent minimes et sont pourtant plus qu’essentiels … Aurore est bouleversée. D’autant qu’en se rendant à la fête d’un garçon qui lui plaisait, elle découvre dans le même temps ce que signifie réellement la zone grise du consentement. Ébranlée, la jeune fille va trouver son réconfort auprès de sa meilleure amie Bintou mais surtout, dans la pratique de la boxe … Où elle va rencontrer un jeune homme de vingt-deux ans, Valentin, passionné par la sous-culture Mod.

« Dans l’ascenseur de l’immeuble, j’ai envie de hurler. De joie. Comme dans les films. Pourquoi est-ce qu’on n’a pas inventé, au XXIe siecle, des especes de cabines d’essayage insonorisées dans lesquelles on pourrait aller quand on est tres en colère ou très heureuse, pour pouvoir crier à plein poumon ? Hurler que l’on se sent vivant, enfin. Que la vie peut être merveilleuse.« 

Laissez-moi vous dire une chose d’emblée : je déteste le résumé que j’ai copié/collé ici et plus précisément, ce passage qui dit : « (…) Valentin qui l’initie aux plaisirs érotiques« . Parce qu’on va complètement a contrario du roman là. Non, Aurore est une jeune fille qui n’a pas attendu Valentin pour s’initier aux plaisirs érotiques. Dès le début du livre, elle nous parle de son premier rapport, de masturbation, de ses connaissances et méconnaissances en matière de sexualité. Ce que va lui apporter Valentin, sans trop spoiler, c’est une sorte de « mise au point » sur ce qu’est un rapport respectueux du partenaire et l’envie de prendre du plaisir à deux.

Ceci étant dit, on est ici face à un livre qui va certes nous parler de sexe, mais surtout dans le but de développer des personnages qui s’approprient leurs envies et leurs corps, qui prennent conscience de l’importance de se chérir et de s’écouter. Pour Aurore, cela ne passera d’ailleurs pas uniquement par la question du sexe ou plus largement du couple ; car oui, il y aura la boxe. Un sport présumé masculin, qui va lui donner une conscience aigüe de la moindre parcelle de son enveloppe et faire un bien fou à un mental en perte de repères. Un sport qui fait suer … Et qui va réconcilier Aurore une bonne fois pour toutes avec les odeurs de son corps, ces odeurs naturelles contre lesquelles on lutte sans arrêt, surtout quand on est ado ! Les questions de l’anosmie et de l’agueusie ne sont donc pas accessoires et jouent beaucoup sur la déculpabilisation et l’acceptation de soi.

Au rayon personnages, j’ai apprécié suivre Aurore et me suis reconnue en son cheminement et en son caractère. Pour tout dire, pas mal d’éléments du bouquin ont fait écho en moi – donc me concernant, ça va au-delà de la simple appréciation et touche à quelque chose de davantage personnel qui participe à augmenter mon enthousiasme. Elle a en tout cas je pense un caractère suffisamment « neutre » et une vie suffisamment « calme » pour que le lecteur ou la lectrice ado entre en empathie avec elle facilement.

Et côté style ? J’ai été sceptique au début, je trouvais ce faux langage « de jeuns » un peu forcé – et notamment l’utilisation du mot « life » à tout bout de champs, franchement daté. Mais il n’en est rien, car à part ce petit couac finalement sans conséquence, le parler de l’héroïne – qui nous raconte son histoire à la première personne – semble très naturel et se révèle agréable, n’hésitant pas quand il le faut à recourir à des termes davantage familiers.

En conclusion … Une réussite ! Le goût du baiser remplit allègrement le cahier des charges promis.

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Un autre titre qui ne prend pas les ados pour des billes :

3 réflexions sur “Le goût du baiser, Camille Emmanuelle

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