Un manoir en Cornouailles, Eve Chase

Genre : Contemporain đŸŽó §ó ąó „ó źó §ó ż

430 pages

Note : 2 sur 4.

✅ L’histoire d’Amber et de la fratrie Alton ; Les Cornouailles.

🔮 L’arc concernant Lorna ; Un dernier chapitre inutile.

« Cornouailles, 1968. Pencraw, un grandiose manoir en ruine dans lequel les Alton Ă©lisent domicile l’étĂ©. Le temps semble s’y ĂȘtre arrĂȘtĂ© et dĂ©file sans encombre. Jusqu’au drame qui vient bouleverser leurs vies et arrĂȘter le temps Ă  jamais.
Cinquante ans plus tard, avec son fiancĂ© Jon, Lorna roule Ă  la recherche du manoir des Lapins noirs, cette maison oĂč elle a sĂ©journĂ© enfant. Elle rĂȘve d’y cĂ©lĂ©brer son mariage. Tout dans cette vieille demeure l’appelle et l’attire. Mais faut-il vraiment dĂ©terrer les sombres mystĂšres de ce manoir en Cornouailles ? »

Un manoir en Cornouailles est une lecture qui remonte Ă  plus d’un mois ; et je trouve ça assez difficile finalement de chroniquer des lectures passĂ©es. Celle-ci a Ă©tĂ© faite dans le cadre du book-club Livraddict aprĂšs un vote pas vraiment serrĂ© sur le thĂšme « Un livre dont l’histoire prend place dans un chĂąteau ». Architecturalement parlant, nous n’y sommes pas tout Ă  fait, mais Pencraw – le manoir du titre – n’a rien Ă  envier Ă  une quelconque citadelle, tant par son immensitĂ© que par le mystĂšre qu’il dĂ©gage. 

Nous avons ici affaire à un récit sur deux temporalités différentes

Il y aura tout d’abord Lorna, jeune trentenaire qui va se marier avec son fiancĂ©, Jon. Elle l’a convaincu de partir en pĂ©riple en Cornouailles en voiture pour lui montrer le manoir Pencraw, devant lequel sa mĂšre (rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ©e) et elle passaient souvent lors de vacances dans la rĂ©gion – passage systĂ©matiquement marquĂ© par un arrĂȘt photo. Lorna, qui est trĂšs attachĂ©e Ă  tout ce qui fait un peu « vieillot », va convenir avec la trĂšs ĂągĂ©e propriĂ©taire du lieu de revenir y passer quelques jours afin de se faire une meilleure idĂ©e de l’endroit. 

Dans un deuxiĂšme temps, nous suivons Amber, une jeune adolescente de seize ans au dĂ©but des annĂ©es soixante-dix. Amber est une Alton, c’est Ă  sa richissime famille qu’appartient le manoir Pencraw mĂȘme s’ils n’y viennent dĂ©sormais que pour les vacances – l’aristocratie anglaise pĂ©riclite doucement depuis quelques dĂ©cennies et rares sont ceux qui ont encore les moyens d’entretenir de tels lieux. Pencraw, c’est donc pour elle, son frĂšre jumeau Toby et les petits derniers Barney et Kitty une demeure de libertĂ©s. Les toits fuient, il y fait froid, mais l’immense terrain et la beautĂ© sauvage de la cĂŽte des Cornouailles confĂšrent Ă  ce lieu une aura magique. Pourtant, un drame lors des vacances de PĂąques va tout faire basculer : la mĂšre, une riche amĂ©ricaine qui bousculait sans cesse les conventions rigides de l’aristocratie Britannique, a un terrible accident de cheval dans le parc de la demeure. DĂšs lors, le pĂšre est aux abonnĂ©s absents, s’effaçant progressivement derriĂšre la figure d’une toute nouvelle belle-mĂšre qui va sonner le glas de l’enfance.

« Ici, on ne sait jamais ce u’on va trouver au fond des tiroirs : des carnets de rationnement, des masques Ă  gaz, un pistolet chargĂ©, une mĂšche de cheveux d’une petite fille mort-nĂ©e qui, prĂ©tend Papa, aurait Ă©tĂ© notre arriĂšre-grand-tante si elle avait vĂ©cu. Oh ! Et puis le gant de la princesse Margaret. Rien de trĂšs palpitant. »

J’ai toujours un faible particulier pour les romans qui couvrent deux pĂ©riodes diffĂ©rentes, Ă  travers les yeux de deux personnages plus ou moins liĂ©s par quelque chose. Ainsi rĂ©cemment, je garde un bon souvenir d’Une vie entre les pages de Cristina Caboni et de ses deux hĂ©roĂŻnes Ă©loignĂ©es par des centaines d’annĂ©es, qui entretenaient un lien tĂ©nu par le biais d’un vieux livre reliĂ©. Ce qui est plus particulier Ă  Un manoir en Cornouailles, c’est que le roman mise sur deux Ă©poques contemporaines donc peu espacĂ©es en terme d’annĂ©es. Et de cela dĂ©coule d’ailleurs un point qui pourrait ĂȘtre vĂ©cu comme « nĂ©gatif » : le lien qui permet aux deux histoires de cohabiter est flagrant. Personnellement, ça ne m’a pas gĂȘnĂ©, mais pour le coup certains.es lecteurs.ices pourraient y voir un manque de surprise – je me permets de le souligner, car ça Ă©tĂ© le cas sur la discussion du book-club, et ce, Ă  de nombreuses reprises.

Je suis davantage rĂ©servĂ©e sur l’Ă©galitĂ© de qualitĂ© entre les deux points de vue. Si l’histoire d’Amber – celle du passĂ© donc – m’a plu, celle concernant Lorna m’a beaucoup moins emballĂ©e. Pour commencer, j’ai eu du mal Ă  comprendre clairement les contours de la personnalitĂ© de cette protagoniste souvent confuse et girouette. En cela, le style de l’autrice n’aide pas : il est si diffĂ©rent dans ces moments, davantage hachĂ©, usant de phrases courtes et/ou interrompues – pour paraĂźtre plus moderne ? J’ai en tout cas souvent eu l’impression troublante qu’elles Ă©taient – ces phrases – le fait d’une plume diffĂ©rente : pour vous dire Ă  quel point cela m’a perturbĂ©. Il y a aussi la distance de la troisiĂšme personne, lĂ  oĂč Eve Chase emploie le « je » lorsque Amber parle. Tout de suite, nous nous sentons proche de cette jeune adolescente extrĂȘmement mature, rĂ©flĂ©chie, qui va vivre de difficiles Ă©preuves, mais ne flanche pas. L’histoire de Lorna est aussi trĂšs touchante, mais l’Ă©motion reste Ă  distance, car tout paraĂźt surjouĂ©.

D’autres personnages gravitent autour de nos deux hĂ©roĂŻnes, mais ont finalement bien peu de consistance – ce qui est dommage ; je reste tout de mĂȘme marquĂ©e par la prĂ©sence Ă©trange de Toby, le jumeau d’Amber & sa personnalitĂ© si particuliĂšre – parfois mĂȘme effrayante.

PersonnalitĂ© d’ailleurs liĂ©e plus que toutes les autres Ă  Pencraw et ses alentours. Car oui, le manoir tient une place particuliĂšre dans toute l’histoire. Pourtant, la vraie prĂ©sence intangible et pourtant si forte, c’est celle de la nature – et plus largement ce nom qui a lui seul fait vagabonder l’imagination : Cornouailles. Il semble s’agir de nos jours d’un territoire toujours faiblement urbanisĂ©, Ă  la beautĂ© sauvage relativement prĂ©servĂ©e. Dans mon imaginaire, ce sont ces paysages de falaises sans cesse battues par les flots vus dans la sĂ©rie Poldark, ce vent incessant et ce temps toujours gris et nuageux qui annonce mille tourments. Et ici, l’autrice se sert avec intelligence de ce cadre certes un peu clichouille (il y a un vague aspect carte postale dans les parties concernant Lorna) mais qui ajoute du drame Ă  chaque moment, comme si les Ă©lĂ©ments tempĂ©tueux n’Ă©taient que le reflet des problĂšmes rencontrĂ©s. C’est en tout cas ce qui m’a accrochĂ© Ă  ce bouquin, qui aurait tout de mĂȘme pu ĂȘtre cent fois mieux.

En conclusion … Un roman divertissant, mais il y Ă  mon sens mieux dans le genre.


2 réflexions sur “Un manoir en Cornouailles, Eve Chase

  1. Steven dit :

    Merci pour cette chronique car j’ai ce roman dans ma PAL. Je pense qu’il va prendre encore quelques temps la poussiĂšre car, comme toi, j’apprĂ©cie les romans aux diffĂ©rentes temporalitĂ©s mais celles-ci doivent ĂȘtre toutes les deux passionnantes Ă  dĂ©couvrir. Ta rĂ©serve ne me rassure pas trop 😉

    Aimé par 1 personne

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