Séducteurs de rue / La fabrique pornographique (collection Sociorama)

Genre : Documentaire 🇫🇷 – 168 pages chacun

Séducteurs de rue (Léon Maret, d’après une enquête de Mélanie Gourarier)

Note : 4 sur 4.

« Quand auteurs de BD et sociologues de terrain s’allient pour décrypter les dessous de notre société. Depuis une dizaine d’années, des groupes de jeunes hommes arpentent les rues des grandes villes occidentales pour expérimenter sur des femmes rencontrées au hasard leurs différentes techniques de drague. Mais quelles sont les motivations profondes de ces « artistes de la séduction », comme ils se surnomment entre eux ? »

Sacha a la vingtaine et il ne se sent pas au top avec la gent féminine. Son manque de confiance en lui est flagrant, et il a clairement tendance à tomber dans un comportement borderline lorsqu’une femme le repousse – à coup de harcèlement par exemple. Un jour, il va trouver un peu par hasard sur le net le site d’un « gourou » de la drague qui va exposer point par point les comportements qui permettent, selon lui, d’aborder une femme sans connaître d’échec. Un « art » qui ne laisse pas de place au hasard mais qui promet, grâce à un enchaînement de phrases prévues à l’avance et de codes bien établis, de pousser sa réussite au maximum. Sacha va donc se rendre à une conférence (payante) et mettre les pieds dans le milieu très fermé de la « séduction de rue », une discipline qui – scoop – fait bien flipper (en même temps, quand on sait qui en sont les « grands noms » en France …).

Séducteurs de rue est probablement l’un des meilleurs Sociorama que j’ai lu. Il est assez dense en terme d’informations, puisque nous suivons via le personnage de Sacha un de ces boy’s club au plus près : il y a tout un langage à assimiler, des termes bien spécifiques à comprendre, ainsi qu’une évolution des comportements de chaque personnage hyper intéressante. L’ambiance « masculiniste » est pesante, clairement, parce que le soi-disant regain de confiance en soi de chaque homme pratiquant la discipline se fait par le prisme du retour à la place du dominant dans le rapport homme/femme.

Un petit mot sur le dessin, qui n’est pas pensé comme « beau » mais m’a beaucoup plu, d’autant qu’il sert très bien l’histoire en captant parfaitement les changements d’attitudes et les moments toxiques, en créant un malaise certain.

De mon côté, j’ai prévu de lire l’enquête de Mélanie Gourarier dont est tirée la BD dans les mois à venir. Si vous voulez en savoir plus, cet article de Slate est intéressant.

La fabrique pornographique (Lisa Mandel, d’après une enquête de Mathieu Trachman)

Note : 3 sur 4.

« Lorsque Howard, jeune vigile de centre commercial et fan de porno amateur, rencontre la star du genre, il saisit l’occasion de se faire inviter sur un tournage pour faire ses premiers pas comme acteur. Mais de l’autre côté du miroir, la production d’un film pornographique se révèle moins glamour : la fabrication des fantasmes sexuels, c’est un travail des corps souvent trivial et éprouvant, soumis jusqu’à l’absurde aux logiques commerciales du genre. »

Du milieu pornographique, je ne connais pas grand chose si ce n’est les deux ou trois Tellement vrai (et autres) que j’ai pu regarder par hasard en zappant lors de nuits d’insomnies. Des images toujours flatteuses – à croire que les grands studios étaient derrière. Ici, nous allons en découvrir un peu plus via le personnage d’Howard, un jeune vigile qui au gré d’un salon érotique va obtenir son premier rôle dans une production amatrice. De fil en aiguille, il va rejoindre un plus gros tournage en Espagne et découvrir le versant moins « glamour » d’un tournage : angles de prise de vue pénible, souci de la performance, contrats hasardeux, …

Le parcours d’Howard est intéressant. Homme Noir, il va vite se rendre compte que le porno catégorise absolument tout selon les couleurs de peau, de cheveux, les poils, l’âge et d’autres critères pour répondre aux fantasmes des utilisateurs. S’ajoute ensuite le personnage de Betty, une amatrice – connaissance d’Howard qui la co-opte sur un tournage. L’occasion d’aborder les différences de traitement salarial entre hommes et femmes, mais aussi la longévité d’une carrière, la place du plaisir ou encore le rapport à l’image.

Ce Sociorama brasse donc assez large, mais offre moins de profondeur que – par exemple – Séducteurs de rue. La faute à un ton léger qui, s’il sied bien à certaines situations, en éclipse d’autres et notamment celle de l’épineuse question du consentement qui est comme balayée d’un revers de la main. Dommage, car il y a beaucoup de bonnes idées et notamment au niveau du dessin – qui devient plus léché lorsqu’il s’agit de présenter des instantanés de scènes des films tournés pour symboliser l’aspect « fantasme ».


4 réflexions sur “Séducteurs de rue / La fabrique pornographique (collection Sociorama)

  1. Marie dit :

    Le premier documentaire est certainement intéressant mais pour le 2ème je pense qu’il s’adresse à un public très averti et la couverture donne une image dégradante de la femme. Je connaissais les BD de Lisa Mandel et les appréciais mais là la déception est au rendez-vous par le thème abordé. La fabrique pornographique nul doute,trouvera certainement son lectorat.

    Aimé par 1 personne

    • Les Mots de Mahault dit :

      Je n’avais pas vu les choses de cette manière pour La fabrique pornographique mais je comprends ton point de vue. La couverture résonne tout de même différemment lorsqu’on a lu la BD car elle illustre le décalage entre le fantasme que le film est censé montrer et la réalité pas tellement glamour d’un tournage où une multitude de détails techniques entrent en jeu.
      Lisa Mandel ne fait qu’illustrer une étude sociologique – le principe de cette collection, elle a aussi travaillé sur d’autres titres en étant issus comme Les nouvelles de la jungle de Calais ou encore Prézizidentielle : les élections vues par les enfants.
      Merci pour ton passage 🙂

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  2. rambalh dit :

    Je ne connaissais pas du tout cette série de documentaires.
    Sur le premier sujet, j’avoue que ces conférences de « devenez un séducteur, transformez un non en oui » me débectent. Je connais donc déjà le phénomène mais le voir aborder d’un point de vue plus poussé me tente pas mal.

    Merci pour la découverte !

    Aimé par 1 personne

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