Au bal des absents, Catherine Dufour

Genre : Fantastique đŸ‡«đŸ‡·

224 pages

Note : 3 sur 4.

[Lecture faite dans le cadre du Prix Imaginales des Bibliothécaires 2021]

« Claude a quarante ans, et elle les fait. Sa vie est un dĂ©sert Ă  tous points de vue, amoureux et professionnel ; au RSA, elle va ĂȘtre expulsĂ©e de son appartement. Aussi quand un mystĂ©rieux juriste amĂ©ricain la contacte sur Linkedin – et sur un malentendu – pour lui demander d’enquĂȘter sur la disparition d’une famille moyennant un bon gros chĂšque, Claude n’hĂ©site pas longtemps. Tout ce qu’elle a Ă  faire c’est de louer la villa « isolĂ©e en pleine campagne au fond d’une rĂ©gion dĂ©peuplĂ©e » oĂč les disparus avaient sĂ©journĂ© un an plus tĂŽt. Et d’ouvrir grands les yeux et les oreilles. Pourquoi se priver d’un toit gratuit, mĂȘme pour quelques semaines ? Mais c’est sans doute un peu vite oublier qu’un homme et cinq enfants s’y sont Ă©vaporĂ©s du jour au lendemain, et sans doute pas pour rien.

Une famille entiĂšre disparaĂźt, un manoir comme premier suspect. Entre frissons et humour Au bal des absents est une enquĂȘte rĂ©jouissante comme on en lit peu. »

J’inaugure mes lectures Ă  faire dans le cadre du Prix Imaginales des BibliothĂ©caires – auquel j’ai la chance de participer avec mes collĂšgues pour la troisiĂšme annĂ©e consĂ©cutive ! – avec ce roman qui me faisait franchement peur, suite aux premiers retours trĂšs (trĂšs !) nĂ©gatifs que j’ai eus autour de moi. Lorsque j’en ai commencĂ© les premiĂšres pages, j’y ai d’emblĂ©e cherchĂ© les multiples problĂšmes soulevĂ©s par ces voix dissonantes, mais peu Ă  peu, la magie a opĂ©rĂ© … tant et si bien que je l’ai lu d’une traite.

Laissez-moi d’abord vous prĂ©venir : des romans comme celui-ci, « on n’en lit pas tous les jours ». Il nous raconte l’histoire de Claude, une Française d’une quarantaine d’annĂ©es qui, pour faire simple, expĂ©rimente Ă  vitesse grand V la spirale terrible du dĂ©classement social. C’est via LinkedIn – ce qui est un peu ironique, non ? – qu’elle va trouver une sorte de soupape hasardeuse en la personne d’un AmĂ©ricain mystĂ©rieux qui va lui demander d’effectuer pour lui une enquĂȘte – rĂ©munĂ©rĂ©e – sur la disparition Ă©trange de cinq personnes d’une mĂȘme fratrie aprĂšs leur visite d’une maison prĂ©tendument hantĂ©e. Maison qu’elle va louer, mais dans laquelle il va s’avĂ©rer impossible de dormir en raison de la prĂ©sence d’une sorte de spectre. Claude va donc dormir dans sa voiture garĂ©e sur le parking d’un supermarchĂ© la nuit, et passer ses journĂ©es Ă  compulser films et livres fantastiques, Ă  la recherche d’une parfaite mĂ©thode pour se battre contre la hantise qui touche sa location.

« Elle consulta la section « lieux hantĂ©s » de WikipĂ©dia, puis visita chaque lien des deux premiĂšres pages de rĂ©sultats, en commençant par maisonhantee.com et en finissant par « top 10 des biens immobiliers les plus flippants ». Elle fit dĂ©filer les images correspondant Ă  ses mots-clefs : toutes ressemblaient assez au logement de tante Colline, en plus dĂ©caties, avec parfois des Ă©clairs et toujours de la brume. 

Étrange, quand mĂȘme, que les hantises touchent des chĂąteaux, jamais des HLM. »

Nous voici donc face Ă  un roman pĂ©nible Ă  lire, non pas parce qu’il est mauvais, mais parce qu’il n’est pas « flatteur ». Le personnage de Claude n’est pas attachant et pire que ça, nous renvoie en miroir plein de choses qu’on apprĂ©cie que peu : la pauvretĂ©, le chĂŽmage, la violence, la marginalisation … Bref, la mise Ă  l’Ă©cart de la sociĂ©tĂ© telle qu’elle est. À partir de lĂ , qu’y a-t-il d’absurde dans un monde absurde ? C’est Ă  mon sens sur ce postulat que le roman va se baser, davantage que sur un fantastique pur et dur. Fantastique qui est d’ailleurs le point qui m’a le moins convaincu, l’ambiance manquant parfois d’un peu de mystĂšre.

Pour en revenir Ă  Claude, c’est un drĂŽle de personnage : une femme, d’une quarantaine d’annĂ©es, sans amis, sans famille, sans but, pas vraiment jolie. Rien du personnage idĂ©al en somme, de celui auquel on adore s’identifier, de la femme « dĂ©sirable » qu’on croise un peu partout. Elle est trĂšs rĂ©ussie et « rafraĂźchissante » en ce sens. Ses drĂŽles d’idĂ©es font un peu tout le « sel » (pardon pour cet enchaĂźnement de guillemets) du roman – notamment celle de se documenter sur la chasse aux revenants en se farcissant une filmographie longue comme le bras – mĂȘme si l’autrice est tout Ă  fait jusqu’au-boutiste et didactique dans le cĂŽtĂ© listing, ce qui peut Ă  force lasser, particuliĂšrement lorsque certaines rĂ©fĂ©rences sont trop explicitĂ©es. Il y a – tel que je l’ai pris – comme une sorte d’hommage au genre fantastique et Ă  sa dimension sociale, un peu comme Morwenna de Jo Walton compulsait les rĂ©fĂ©rences SF. Pour le reste, il n’y a pas que ça dans ce roman. L’enquĂȘte, fil rouge de l’histoire, est intĂ©ressante et offre Ă  dĂ©couvrir une belle galerie de personnages qui prenne vie en seulement quelques phrases grĂące Ă  une Ă©criture dynamique et fluide, qui ne laisse pas la place au moindre temps mort. L’humour est aussi prĂ©sent : noir, bien sĂ»r, comme lorsque Claude affuble le fantĂŽme du nom de sa conseillĂšre PĂŽle emploi ou qu’elle dĂ©cortique une langue managĂ©riale pensĂ©e pour inclure, mais qui l’exclut. Des petits moments de bravoure qui font que je n’oublierai pas ce roman de sitĂŽt.

En conclusion … TrĂšs franchement, c’est un roman qui va me rester en tĂȘte un moment, malgrĂ© ses dĂ©fauts. Il est forcĂ©ment Ă  dĂ©couvrir, pour se faire son propre avis, car impossible de dire s’il vous plaira ou non.

đŸ’Œ Et l’avis des collĂšgues ? Pour rĂ©sumer, c’est typiquement le genre de livres qui divise : un collĂšgue, trĂšs engagĂ© politiquement et qui avait donc tout pour l’adorer, l’a dĂ©testĂ© et ne l’a mĂȘme d’ailleurs « pas compris » … ce qui m’a beaucoup Ă©tonnĂ© ! Comme quoi … Deux autres, aux couleurs politiques moins revendiquĂ©es, l’ont beaucoup apprĂ©ciĂ© et le classe sans problĂšme dans leur top 3 – il faut dire que toutes les rĂ©fĂ©rences citĂ©es dans le texte ont beaucoup parlĂ© Ă  leur imaginaire. Mais tout le monde s’accorde en tout cas sur le fait que c’est un texte trĂšs original que nous n’aurions probablement pas dĂ©couvert sans le Prix.


2 réflexions sur “Au bal des absents, Catherine Dufour

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