La princesse au visage de nuit, David Bry #PLIB2021

Genre : Fantastique đŸ‡«đŸ‡·

280 pages

Note : 2 sur 4.

[Lu dans le cadre du Prix Imaginales des Bibliothécaires 2021, ainsi que pour le PLIB2021. #ISBN9782918541721]

« Dans les bois vit la princesse au visage de nuit ; ses yeux sont des Ă©toiles et ses cheveux l’obscur.

Hugo, enfant violentĂ© par ses parents, s’est enfui avec ses amis dans la forĂȘt, Ă  la recherche de la princesse au visage de nuit, qui exaucerait les vƓux des enfants malheureux… Il est ressorti du bois seul et sans souvenirs et a Ă©tĂ© placĂ© dans une famille d’accueil.

Vingt ans plus tard, alors qu’il a tout fait pour oublier son enfance, Hugo apprend la mort de ses parents. Mais, de retour dans le village de son enfance, il dĂ©couvre que ses parents auraient Ă©tĂ© assassinĂ©s, et d’Ă©tranges Ă©vĂ©nements se produisent. La petite voiture de son enfance rĂ©apparaĂźt comme par magie. De mystĂ©rieuses lueurs brillent dans les bois. Les orages soufflent des prĂ©noms dans le vent. »

Comme le vainqueur Mers mortes d’AurĂ©lie Wellenstein, La princesse au visage de nuit cumule Ă  la fois nomination au PIB 2021 et au PLIB 2021 (n’hĂ©sitez pas Ă  cliquer sur l’intitulĂ© de chacun des prix d’ailleurs pour en savoir davantage Ă  leurs sujets !) et possĂšde donc toutes les chances de remporter le doublĂ©. Ce court roman que j’ai personnellement lu quasi d’une traite rĂ©unit en tout cas tous les atouts nĂ©cessaires dans la course Ă  la distinction – mĂȘme si de fait, je lui trouve quand mĂȘme quelques dĂ©fauts m’empĂȘchant d’en faire une excellente lecture.

De nos jours, Hugo – presque trentenaire – est un jeune Parisien qui trimballe son mal de vivre entre son boulot (il est Ă©ducateur) et ses potes qu’il retrouve quasiment tous les soirs dans leur quartier gĂ©nĂ©ral, un bar branchĂ© oĂč ils enchaĂźnent les verres d’alcool. C’est un appel tĂ©lĂ©phonique qui le sort de son quotidien bien huilĂ© : Anne, la petite sƓur d’une amie disparue dĂ©sormais devenue gendarme lui annonce que ses parents sont morts dans un accident de voiture suspect. Hugo retourne donc lĂ  oĂč il a grandi jusqu’Ă  ses 11 ou 12 ans – avant d’ĂȘtre placĂ© en foyer pour le sauver de parents maltraitants : un petit village de campagne, isolĂ© de tout, oĂč tout le monde se connaĂźt et oĂč le temps semble s’ĂȘtre suspendu.

« Hugo reste lĂ , immobile, le temps de reprendre son souffle. Il jette un regard alentour. Personne. Il allume la lampe de son tĂ©lĂ©phone, s’approche des fourrĂ©s.

La terre est humide. La chose qui l’observait, tapie dans le noir, a forcĂ©ment laissĂ© des traces. Mais il n’y en a aucune au sol.

Juste quelques lucioles qui volettent.

Encore. »

Quid de cette Princesse au visage de Nuit ? Cela reste assez mystĂ©rieux au dĂ©part, je ne vais donc pas en dire trop. Sachez simplement qu’il s’agit d’un trĂšs vieux mythe du village, Ă  savoir celui du spectre d’une noble maudite dont on dit qu’elle aurait le pouvoir d’exaucer les vƓux. Une fable Ă  laquelle les adultes ne semblent plus croire que les jeunes gĂ©nĂ©rations ne connaissent pas.

Saint-Cyr (le nom de la bourgade) est la trĂšs grosse rĂ©ussite de ce roman. Ayant grandi dans un village oĂč ma famille Ă©tait trĂšs ancrĂ©e (grands-parents paternels et pĂšre nĂ© sur place inclus (et pas Ă  l’hĂŽpital, parce qu’il n’y en a pas)), au sein d’une famille domiciliĂ©e, elle aussi, en campagne (notamment mes grands-parents maternels, qui nommaient leurs voisins « la mĂšre unetelle » ou « le pĂšre untel » et appelait la campagne alentour « le pays »), il m’a fallu trĂšs trĂšs peu de temps pour me sentir familiĂšre de l’environnement. Le poĂȘle sur lequel rĂ©chauffe le cafĂ© ♄, la pizzeria-troquet, les gendarmes, la magnĂ©tiseuse, la connivence parfois rĂ©confortante parfois Ă©crasante, les rumeurs, les non-dits, l’attachement aux vieux-titres de noblesse, … Ce que j’ai surtout apprĂ©ciĂ©, c’est le regard Ă  la fois tendre et cruel de l’auteur – Ă  travers son personnage – lĂ -dessus. Pas de jugement, juste un Ă©tat de fait sans idĂ©alisation ni ironie.

Du cĂŽtĂ© des personnages, Hugo – dont on suit tout du long le point de vue – est un jeune homme intĂ©ressant dans ses fĂȘlures. Sa relation amour/haine avec ce cadre qui l’a vu grandir et connaĂźtre ses plus grands drames, sa vie Parisienne bruyante … Je l’ai trouvĂ© vraiment bien Ă©crit, mĂȘme si le rĂ©cit ne capture qu’un instantanĂ© de sa vie et ne permet pas forcĂ©ment de bien le comprendre dans son entiĂšretĂ©. En revanche, j’ai eu beaucoup de mal avec sa bande de copains, dont j’ai trouvĂ© l’omniprĂ©sence superficielle – dans le sens oĂč finalement, ils n’apportent pas grand-chose Ă  l’histoire sauf des problĂ©matiques Ă  la fois trop importantes et trop peu dĂ©veloppĂ©es. Ils ont en quelque sorte trop de mal Ă  exister hors du « clichĂ© » auquel ils sont rattachĂ©s, ce qui est aussi le cas pour certains habitants du village de Saint-Cyr. Peut-ĂȘtre que c’est lĂ  finalement que la briĂšvetĂ© du rĂ©cit a pĂȘchĂ© concernant mes attentes et mes goĂ»ts en tant que lectrice, parce qu’Ă  mon sens, il manque dans cette galerie de personnages de la subtilitĂ© et du fond, ce qui est un peu rĂ©dhibitoire pour moi.

Dommage, car Saint-Cyr est un cadre idĂ©al pour un rĂ©cit fantastique. Il y a de vieilles bĂątisses certes, mais c’est surtout la proximitĂ© de la nature qui va ĂȘtre dĂ©terminante, avec ces bois et ces sous-bois qui jonchent le paysage. Une maniĂšre habile d’entretenir le mystĂšre qui va permettre au fantastique de se faire tĂ©nu tout du long. En effet, qui n’a jamais eu l’impression d’entendre un bruit Ă©trange/inexplicable en forĂȘt ? Enfant et adulte sont Ă  Ă©galitĂ© lĂ -dessus et c’est finalement autour de cela que le mystĂšre va s’articuler, donnant lieu Ă  un final assez poĂ©tique Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre inattendu.

En conclusion … Une lecture intĂ©ressante malgrĂ© les dĂ©fauts pointĂ©s plus haut. Je tiens Ă  saluer la volontĂ© de l’auteur d’Ă©crire un roman « de genre » se dĂ©roulant en France, un peu comme ce qu’avait proposĂ© Rozenn Illiano avec Le phare au corbeau.

đŸ’Œ Et l’avis des collĂšgues ? Il y a eu un coup de cƓur (inattendu !) sur ce titre de la part d’un collĂšgue que je connais bien et qui tout comme moi a Ă©tĂ© sensible Ă  la maniĂšre dont est dĂ©peint le village. Pour le reste, tout le monde a relativement apprĂ©ciĂ©, bien que certains pensent que le fantastique arrive trop tard dans le rĂ©cit. C’est un roman qui finira potentiellement Ă  la troisiĂšme/quatriĂšme place du top 5 de presque tout le monde.


5 réflexions sur “La princesse au visage de nuit, David Bry #PLIB2021

  1. lespagesquitournent dit :

    Je suis ravie que tu aies aimĂ© l’ambiance de ce village qui, comme tu le dis, est le cadre idĂ©al pour un rĂ©cit fantastique. Comme toi, je n’ai pas Ă©tĂ© intĂ©ressĂ©e par les passages avec les potes. Cela alourdissait le rĂ©cit et ne servait pas Ă  grand-chose. Enfin, je te rejoins sur le fait que cela reste une bonne lecture avec une atmosphĂšre particuliĂšre. ❀

    Aimé par 1 personne

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