Quitter les monts d’automne, Émilie Querbalec #PLIB2021

Genre : Science-fiction 🇫🇷

440 pages

Note : 3 sur 4.

[Lu dans le cadre du Prix Imaginales des Bibliothécaires 2021, également pré-sélectionné dans le cadre du PLIB2021. #ISBN9782226451934]

« Recueillie par sa grand-mère après la mort de ses parents, la jeune Kaori vit dans les monts d’Automne où elle se destine à être conteuse. Sur Tasai, comme partout dans les mondes du Flux, l’écriture est interdite. Seule la tradition du « Dit » fait vivre la mémoire de l’humanité. Mais le Dit se refuse à Kaori et la jeune fille se voit dirigée vers une carrière de danseuse. Lorsque sa grand-mère meurt, Kaori hérite d’un rouleau de calligraphie, objet tabou par excellence, dont la seule détention pourrait lui valoir une condamnation à mort. Pour percer les secrets de cet objet, mais aussi le mystère qui entoure la disparition de ses parents, elle devra quitter les monts d’Automne et rejoindre la capitale. Sa quête de vérité la mènera encore plus loin, très loin de chez elle.

Débutant comme un roman initiatique d’inspiration japonaise, Quitter les monts d’Automne s’impose vite comme un récit d’aventure qui frappe d’abord par sa beauté et sa poésie, puis par sa cruauté et son érotisme subtil. »

Lorsque la sélection des cinq titres nommés aux Prix Imaginales des Bibliothécaires 2021 a été publiée, j’ai tout de suite été très heureuse de voir ce titre y figurer, parce qu’au moins cela allait enfin me donner l’occasion de le sortir de ma PAL. L’idée de mélanger Japon traditionnel et SF était en effet plus qu’alléchante sur le papier et les quelques critiques lues à son sujet plus qu’encourageantes.

L’histoire se déroule dans un futur très lointain. Les monts d’Automne du titre sont le nom d’une région reculée de la très traditionaliste planète Tasaï, d’où est originaire notre personnage principal, l’orpheline Kaori. Elle a une dizaine d’années lorsque le récit débute et vit avec sa grand-mère Lasana et la troupe d’artistes qui l’entoure. Lasana est une conteuse qui a dans sa jeunesse été touchée par le Dit, une sorte de don qui se manifeste chez certains membres des illustres familles de conteurs. Les conteurs sont en effet très importants sur Tasai : l’oralité est la seule forme d’expression – les écrits eux sont tabous sur la planète ainsi que tout le système au-delà. En posséder un est synonyme de mort, ce à quoi veille un ordre religieux surpuissant, également détenteurs de toutes les technologies avancées.

Chez Kaori, le Dit ne s’est jamais présenté, mais elle possède un talent certes moins révéré, mais tout de même important : celui de danseuse. C’est ainsi qu’à la mort de sa grand-mère, elle va intégrer une autre famille prestigieuse et commencer à vivre de son art. Cependant, un rêve la démange depuis l’enfance : celui de quitter une bonne fois pour toutes sa campagne et de gagner la Capitale. Un rêve d’indépendance qui va vite devenir concret lorsqu’elle se retrouve en possession d’un bien encombrant héritage : un rouleau sur lequel sont dessinés des caractères d’écriture.

« Sans plus réfléchir, je posai mon index sur la plaque de métal. Puisqu’elle s’était « réveillée » à mon contact, je supposai qu’elle avait été conçue pour réagir à ma chaleur. Mon ignorance d’alors me fait sourire, mais tel était l’environnement dans lequel j’avais grandi : un monde pré-technologique, où le Flux, seul détenteur du Verbe et du Savoir, nous condamnait à la pensée magique en lieu et place de science. »

Quitter les monts d’Automne a très vite, passées les premières pages, su capter mon intérêt grâce à sa narration (légèrement) soutenue à la première personne ; en effet, cela m’a rappelé des sagas (fantasy, pour le coup) comme ma favorite Kushiel ou L’assassin royal qui utilisent le même procédé, en déroulant un récit relativement lent, mais montant crescendo vers le drame potentiel. L’idée d’utiliser ce lieu commun de la « campagnarde » qui découvre le vaste monde peut sembler peu original, mais je trouve qu’il fonctionne bien ici justement grâce à ce choix du « je » … Car le monde de Kaori est en effet surprenant ! 

Nous savons dès le départ que nous sommes dans de la SF : on nous parle d’an 13111, d’humains ayant potentiellement colonisé d’autres planètes, de technologies. Pourtant, la planète Tasaï semble vivre dans un Japon du passé totalement fantasmé, sans la moindre avancée technique, sous le joug d’un tabou absolument inviolable concernant le langage écrit. Forcément, des questions nous viennent en tête, la première étant « Pourquoi ?« . L’autrice parvient donc à titiller notre curiosité et déroule ses fils un à un à mesure que Kaori avance dans son parcours : un voyage à la fois personnel qui l’emmènera au bout d’elle-même, mais aussi « universel » dans le sens où c’est le fil de l’Histoire de toute une civilisation qu’elle va remonter pas à pas. Le pouvoir évocateur est en tout cas à son maximum dès le second tiers du roman, lorsque la jeune femme se retrouve confronter au gigantisme de l’Espace … Une donnée qu’Emilie Querbalec nous narre avec un grand talent (quelle qualité d’écriture !) puisque moi-même (et grâce, toujours, au choix du « je » (et peut-être parce que je n’ai pas lu de SF depuis longtemps)) j’ai eu ce « frisson de l’infini » entre effroi et fascination que seule la science-fiction me fait ressentir. L’idée de partir d’une société « traditionnaliste » pour nous emmener vers de la SF pure et dure (sans qu’il s’agisse de concept incompréhensible non plus), c’est donc le petit coup de génie de ce roman qui de ce point de vue-là, m’en a mis plein les yeux. 

Pour le reste, même si j’ai apprécié le personnage de Kaori – à la passivité toute relative – j’ai trouvé que les personnages secondaires n’étaient pas assez étoffés, jusqu’à parfois en faire souffrir le récit (comment comprendre l’attachement de Kaori à certains ?), qui s’appuie trop sur des liens que je n’ai personnellement pas bien appréhendés dans le dernier tiers. De-même, le résumé nous promet un « érotisme subtil » que j’ai personnellement trouvé non pas de trop, mais confinant au neu-neu. Attention, il ne s’agit que de quelques paragraphes sur un roman qui a beaucoup à offrir ! Je pense juste que l’aspect « sensuel » si je peux le qualifier ainsi aurait pu être purement et simplement gommé parce qu’en plus de ne rien apporter, il m’a semblé artificiel. L’attachement de Kaori aurait pu être autre ! C’est vraiment dommage, car la fin est certes attendue, mais très réussie, mais m’a un peu été gâchée par l’omniprésence des deux défauts précités.

En conclusion … Un excellent roman, auquel j’aurais adoré mettre quatre étoiles. Dommage que le dernier tiers, qui déroule pourtant une très belle fin, soit plus faible que le reste. Je suivrais en tout cas avec une très grande attention les futures publications de l’autrice, qui m’a ici donné un plaisir de lecture que je n’avais pas ressenti depuis longtemps.


💼 Et l’avis des collègues ? L’esthétique Japonisante de départ a charmé pas mal de monde, mais je pense que cela s’est unanimement compliqué à la seconde moitié, lorsqu’on bascule vraiment dans la SF. Certains ont eu l’impression de lire deux livres en un, d’ailleurs, qui peinaient à coexister l’un avec l’autre. Tout le monde a trouvé le personnage de Kaori très passif et donc lassant – un point de vue que je ne partage pas. Il finit donc en bas de tableau chez quasi-tout le monde. À noter que c’était une première expérience en SF « dure » pour pas mal de monde !

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