Les hurleuses (#1 Vaisseau d’Arcane), Adrien Tomas #PLIB2021

Genre : Fantasy/Steampunk đŸ‡«đŸ‡·

377 pages

Note : 3 sur 4.

[Lu dans le cadre du Prix Imaginales des Bibliothécaires 2021. #ISBN9782354087838]

« Au Grimmark, la magie peut foudroyer en un Ă©clair. Ses victimes, les TouchĂ©s, ne sont plus jamais les mĂȘmes : ils possĂšdent une incroyable puissance, mais leurs esprits sont Ă  jamais anĂ©antis.

Lorsque son frĂšre Solal est frappĂ© par l’Arcane, Sof, infirmiĂšre raisonnable et sans histoire, dĂ©cide de tout risquer pour le sauver du destin de servitude qui l’attend. Dans leur fuite Ă©perdue Ă  travers les steppes infinies et les forĂȘts borĂ©ales, ils dĂ©couvriront un monde sublime et redoutable.

Mais leur libertĂ© est vue comme un affront, leur existence mĂȘme comme un blasphĂšme. Dans leur ombre, des factions s’affrontent, tissant autour d’eux un Ă©cheveau de machinations dont elles tirent les fils avec une virtuositĂ© machiavĂ©lique.

La magie n’est pourtant pas une puissance qui se dompte 
 »

Exactement comme avec Quitter les monts d’automne d’Émilie Querbalec il y a quelques jours (en termes de lecture) et quelques semaines (en termes de publication d’article), j’ai la sensation – avec cette note de trois Ă©toiles – d’ĂȘtre trop « dure » avec ce roman ou bien trop exigeante au moment oĂč j’entame cette introduction. Et c’est lĂ  que l’utilitĂ© d’Ă©crire des chroniques sur ce blog se trouve, puisqu’en rĂ©digeant la conclusion, je vais probablement me dire : « bah oui, c’est bien un trois Ă©toiles, c’est Ă©vident ! Il y a quand mĂȘme ça qui a fait que … mĂȘme si la fin Ă©tait Ă©norme ». Mais bref, trĂȘve de bla bla. Article longuissime en perspective.

Ce premier tome de la saga Vaisseau d’arcane (j’ignore combien il y en aura au total d’ailleurs) est un roman Ă  points de vue multiples, nous permettant une entrĂ©e en matiĂšre efficace Ă  un monde non pas tortueux, mais se trouvant Ă  un tournant gĂ©opolitique majeur.

Il y a tout d’abord la Sof du rĂ©sumĂ©, de son patronyme complet Sofena Gyre. Sofena est une jeune infirmiĂšre sans histoire, qui vit un quotidien bien huilĂ© dans son pays le Grimmark et se dĂ©voue corps et Ăąme Ă  sa profession qui la passionne – et l’Ă©puise. Sofena n’est pas une insouciante : elle a conscience que son pays et ses frontaliers sont dans une situation trĂšs tendue – d’autant que son fiancĂ© est un gradĂ© de l’armĂ©e. Quant Ă  son frĂšre, Solal, c’est un journaliste rĂ©putĂ© pour rĂ©diger des articles au vitriol sur le pouvoir en place. Un soir pourtant, ce dernier devient un TouchĂ© comme cela arrive Ă©pisodiquement au Grimmark : frappĂ© par la foudre de l’Arcane – une Ă©nergie Ă©trange, il semble perdre son intellect et ne devenir qu’un corps habitĂ© par une magie mystĂ©rieuse. Les TouchĂ©s sont une manne pour l’autoritĂ© en place, puisque ce sont des puits de magie utiles Ă  la bonne marche de certains services comme les transports en commun par exemple. En toute logique, Solal devra donc ĂȘtre pris en charge par l’État et dire ciao Ă  son libre-arbitre Ă  jamais. Cependant, Sofena ne l’entend pas de cette oreille : elle en est persuadĂ©e, il reste au fond du regard de son frĂšre qu’elle connaĂźt si bien une infime partie de lui. La sage infirmiĂšre prend alors une dĂ©cision radicale : celle de fuir avec Solal et de devenir de fait hors-la-loi.

À cĂŽtĂ© de cela, d’autres personnages vont entrer en jeu. Nym en premier lieu, un assassin aux services du Grimmark mais dont l’allĂ©geance semble virevolter ; et Gabba Do, un jeune et idĂ©aliste diplomate du peuple des Poissons-CrĂąnes, venu du fond des Abysses sur la terre ferme grĂące Ă  un systĂšme d’armure/aquarium (pour faire simple).

« â€œ- DĂ©calez-vous, s’il vous plaĂźt, ordonna la jeune femme sans se retourner. Vous ĂȘtes dans ma lumiĂšre et dans le rayon d’infection.

– Le rayon d’infection ?

– La distance Ă  laquelle le moindre de vos postillons, cheveux, squames et fibres a une chance d’atterrir dans la blessure de votre ami et d’aggraver encore son Ă©tat. Je dois dĂ©jĂ  opĂ©rer Ă  mĂȘme le sol et sans matĂ©riel adĂ©quat : n’empirez pas les choses, je vous prie.

– Comment puis-je m’assurer que vous n’allez pas en profiter pour l’achever ? » s’enquit Domka avec mĂ©fiance.

Le regard que la jeune femme lui dĂ©cocha lui fit perdre quinze centimĂštres d’un coup.

« J’ai prĂȘtĂ© un serment de guĂ©risseuse ! rugit-elle. Une promesse d’apporter mon aide et mes compĂ©tences aux blessĂ©s et aux mourants, indĂ©pendamment de leurs origines raciales ou sociales, de leur sexe ou de leur religion ! Comment osez-vous imaginer que … que j’irais … que je pourrais …” »

Ce premier tome affiche de grandes ambitions en proposant un monde fantasy Ă  la croisĂ©e du Steampunk, le tout additionnĂ© Ă  un contenu politique important. Tout ce qui va toucher Ă  l’Arcane promet une fantasy classique, avec une puissance qui dĂ©passe la comprĂ©hension, peut-ĂȘtre un.e Ă©lu.e, des affrontements entre diffĂ©rentes races Ă  venir. Et en fond, les tractations politiques sont incessantes avec des jeux de pouvoir, de corruptions, des questions de frontiĂšres et de stratĂ©gie qui apportent une efficace modernitĂ©. Le fait qu’Adrien Tomas rĂ©unisse tous ces aspects que la fantasy peut revĂȘtir fait qu’on se trouve face Ă  un livre qui a toutes les chances de plaire au plus grand nombre, sans pour autant se dĂ©partir de sa complexitĂ©. Ce sentiment est d’ailleurs renforcĂ© par l’alternance des points de vue : lĂ  oĂč un Nym a connaissance des plus hauts sommets de l’État et va donc se focaliser sur les jeux de pouvoir, une Sof sera face au cheminement classique d’une hĂ©roĂŻne dont la vie change du jour au lendemain. Cela induit donc Ă©galement forcĂ©ment du rythme : personnellement, j’ai ressenti des longueurs et redondances qui n’en font de fait pas une lecture parfaite, mais le rĂ©cit dans sa globalitĂ© lui enchaĂźne les retournements, les enjeux et les surprises avec efficacitĂ©.

Globalement, la construction est donc tout de mĂȘme aux petits oignons : j’avais lu une saga de l’auteur, il y a longtemps et je trouve qu’il a pris une maturitĂ© vraiment belle Ă  voir. Sa plume n’est pas transcendante dans le sens oĂč il n’y a pas d’envolĂ©e comme – pour citer d’autres livres lus dans le cadre du Prix Imaginales des bibliothĂ©caires – dans Quitter les monts d’automne ou Le chant des cavaliĂšres. Vaisseau d’Arcane, c’est de l’artisanat, du savoir-faire, du travail, une envie de faire passer des idĂ©es et des convictions aussi, car il y a quelques passages trĂšs engagĂ©s (et parfois un peu didactique pour le coup). Je ne me suis pas dit « Wow ! » devant la « poĂ©sie » des mots, mais suis hyper admirative de cette capacitĂ© Ă  construire un monde, un peu comme face Ă  MoitiĂ©s d’ñme (#1 Chroniques des Cinq TrĂŽnes) d’Anthelme Hauchecorne.

Tout autant rĂ©ussis, les personnages donnent une vraie force et un vĂ©ritable souffle Ă  l’histoire. Sofena, en premier lieu, est une jeune femme intĂ©ressante. À partir du moment oĂč son frĂšre a Ă©tĂ© frappĂ© par l’Arcane, elle a cessĂ© d’ĂȘtre humaine ou d’ĂȘtre Grimmoise pour devenir exclusivement une sƓur qui cherche Ă  tout pris Ă  prĂ©server son frangin de l’inĂ©luctable. Elle ne se place (pour l’instant) nulle part sur l’Ă©chiquier politique, mais n’est pas sans conviction – Ă  commencer par son sens de l’honneur ou sa croyance en le soin pour tous indĂ©pendamment de toutes considĂ©rations extĂ©rieures (bravo Ă  l’auteur pour cette belle hĂ©roĂŻne soignante d’ailleurs et cet attachement Ă  mettre en valeur des compĂ©tences). Nym est Ă©galement un personnage complexe, qu’on a envie d’apprĂ©cier. L’auteur joue clairement avec nos nerfs le concernant : on a un fort dĂ©sir de repentance, de romance, de rĂ©vĂ©lations glorieuses … Et il n’en est rien. Le jeune diplomate Gabba Do m’a lui offert mes meilleurs moments : je rappelle qu’il est issu du peuple des Poissons-CrĂąnes, vient donc de la mer et se dĂ©place sur terre avec une sorte – si je l’ai interprĂ©tĂ© correctement – d’armure/aquarium mĂ©canisĂ©e. Sa naĂŻvetĂ©, son impuissance face au jeu politique et sa sincĂšre envie de faire bouger les choses font de lui un hĂ©ros vraiment inĂ©dit, qui apporte au titre un angle de vue passablement dĂ©sillusionnĂ©.

Bref, vous l’aurez compris. J’ai beaucoup aimĂ© ce que j’ai lu ici mĂȘme si tout n’est pas parfait – ce premier tome pĂȘchant parfois par son envie de ne pas perdre le lecteur. NĂ©anmoins, quand je repense Ă  ces cents derniĂšres pages qui se dĂ©lestent enfin de l’aspect introductif, je me dis que l’auteur en a encore trĂšs gros sous le capot et que le second tome, s’il est dans cette lignĂ©e, promet d’ĂȘtre trĂšs bon. J’ai donc hĂąte de lire ça !

En conclusion … Un premier tome bourrĂ© de bonnes idĂ©es, qui pĂȘche parfois par son cĂŽtĂ© trop introductif. NĂ©anmoins, le dernier-tiers envoie du trĂšs, trĂšs lourd et promet le meilleur pour la suite !


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