Un été d’enfer !, Vera Brosgol

Genre : Contemporain 🇺🇸🇷🇺

244 pages

Note : 4 sur 4.

« Dans cette oeuvre autobiographique on découvre l’autrice à dix ans : venue de Russie, elle peine à s’intégrer aux États-Unis où elle s’est installée avec sa mère, son petit frère et sa petite soeur. Ses amies américaines vont chaque été dans de luxueux camps de vacances, qui font rêver Vera mais qui sont bien trop chers pour sa mère. Alors quand elle entend parler d’un camp d’été pour immigrés russes aux États-Unis, elle saute sur l’occasion ! Mais entre la cabane à toilettes insalubre, les randonnées épuisantes et les animaux dangereux, les vacances de rêve se transformeront vite en cauchemar… »

Les éditions Rue de Sèvres sont vraiment – avec Akiléos peut-être – de celles dont le catalogue BD présente une qualité constante. L’année dernière, j’ai notamment eu chez eux un immense coup de cœur pour l’adaptation graphique de Miss Charity de Marie-Aude Murail et ses superbes planches à l’aquarelle. Cela faisait un moment que j’avais envie de découvrir Un été d’enfer, nommé au Prix Livraddict … Mais l’emprunt en bibliothèque étant ce qu’il est parfois, ma réservation est arrivée un peu tard !

Vera Brosgol, bédéaste russo-américaine, nous y raconte de façon romancée un épisode bien précis de sa vie : celui d’une colonie de vacances chez les Scouts orthodoxes au fin fond du Connecticut, une organisation qui rassemble à chaque vacance la jeunesse de la diaspora Russe établie aux États-Unis.

La jeune Vera a presque dix ans. Sa mère les élève seuls, elle ainsi que son petit frère et sa sœur cadette et ne dispose pas de beaucoup de moyens, car elle est en train de finaliser une reprise d’études. Ils forment une famille heureuse, mais Vera se sent mise à part par ses amies ; leurs niveaux de vie sont différents, leurs références culturelles également, car Vera est issue d’une famille russe – ils ont quitté le pays alors qu’elle n’avait que quatre ou cinq ans. Et quand vient l’été, pour couronner le tout, tout le monde part en colonie, sauf elle. C’est alors qu’elle découvre qu’il existe une colo de scouts orthodoxes – ce qu’elle trouve parfait : pas de problème d’intégration puisqu’elle sera majoritairement avec des enfants issus de la diaspora Russe comme elle et des souvenirs à la pelle à raconter à ses copines ! Évidemment, rien ne sera aussi facile.

J’ai beaucoup aimé ce titre, qui parvient à nous parler d’intégration au sens large. Il n’y a ainsi pas que la différence culturelle qui est examinée, mais aussi les écarts d’âge, l’incapacité à lier connaissance, le manque de confiance en soi, l’importance de choisir des amis.es qui nous estiment et nous aiment pour ce que l’on est. La double-culture également : trop Américaine pour les Russes, trop Russe pour les Américains. On ne peut pas dire que Vera connaît une grande évolution, mais elle mûrit assurément grâce à cette colonie qui va lui permettre de comprendre qu’il est important de rester soi-même et surtout de placer le respect au-dessus de tout – mais aussi de voir un peu plus loin que le bout de son nez ! Malgré un traitement a priori léger, c’est une lecture plutôt grave à hauteur d’enfant qui évoque admirablement la solitude et la sensation d’être différent. Si Vera Brosgol explique qu’elle a romancé la majorité de l’histoire, on sent tout de même qu’elle a expérimenté ce qu’elle raconte et que cela n’a certainement pas été sans impact sur sa vie d’adolescente, puis d’adulte. Son jeune pendant fictif est en tout cas intéressant à suivre, dans le sens où malgré ses difficultés elle n’est pas non plus exempt de défauts, à l’image de ce moment où elle pense pouvoir s’intégrer en se joignant à une moquerie initiée contre un grand dadais maladroit.

Le dessin et surtout la mise en couleur m’ont beaucoup plu – je pense qu’on peut parler de bichromie ? – avec ce traitement du noir et d’une palette de vert qui sied parfaitement au cadre de l’action, à savoir cette forêt du Connecticut quelque peu éloignée de tout. Ce choix de teintes contribue aussi au côté « souvenir » de l’histoire, puisqu’il nous donne la sensation d’être face à une série de diapositives, à écouter Vera nous raconter cette expérience à la fois douce et amère typique de l’enfance. Un été d’enfer est donc un album qui ravira petits (à partir de 12 ans) et grands !

En conclusion … Une jolie réussite, à la fois douce en surface, mais grave sur le fond. J’ai beaucoup aimé !


9 réflexions sur “Un été d’enfer !, Vera Brosgol

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