Une soif de livres et de liberté, Janet Skeslien Charles

Genre : Historique 🇺🇸

450 pages

Note : 3 sur 4.

« Odile Souchet, vingt ans à peine, s’épanouit dans son travail à la Bibliothèque américaine de Paris, où elle côtoie la fameuse directrice Dorothy Reeder. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, la jeune femme risque de tout perdre, y compris sa chère Bibliothèque. Alors que les nazis envahissent Paris, Odile et ses amis s’engagent dans la Résistance avec leurs propres armes : les livres. Inspiré de la vie de ces amoureux des mots qui ont pris le risque d’aider leurs lecteurs juifs, Une soif de livres et de liberté explore la géographie des sentiments, les conséquences de choix irréversibles et nous enseigne comment le courage peut surgir en des lieux et circonstances inattendus. « 

Je ne sais pas vous, mais de mon côté, j’apprécie lire une œuvre où le héros/l’héroïne exerce la même profession que moi ; cela créé une sorte de connivence et de compréhension qui a quelque chose de presque thérapeutique – sans paraître grandiloquente. Lorsque je travaillais comme barista dans une célèbre chaîne de coffee-shop, cela m’a vraiment aidé – sans rire ! – à tenir le coup et à me sortir du quotidien (je pense par exemple à une série comme La communauté du Sud de Charlaine Harris). C’est donc le fait que l’héroïne de Une soif de livres et liberté soit bibliothécaire – comme moi, vous l’aurez compris – qui m’a avant tout attiré vers ce roman qui s’inspire en partie de faits réels.

Odile Souchet, jeune Parisienne, n’est même pas vingtenaire que la deuxième guerre mondiale frappe aux portes de l’Europe, de la France puis de Paris. Fille d’un commissaire, elle vivait jusque-là une vie non pas sans soucis – qui n’en a pas ? – mais au moins confortable. Malgré des parents stricts et conservateurs, elle est parvenue à terminer des études et à trouver un emploi à l’American Library of Paris, une bibliothèque américaine fonctionnant grâce à des dons privés. Parfaitement bilingue, passionnée de littérature et grande habituée du lieu depuis sa plus tendre enfance, Odile est on-ne-peut-plus-heureuse ; cependant, même si elle feint de l’ignorer au départ, Paris tombe sous le joug de l’occupant et la vie change : certains livres sont censurés, les usagers Juifs interdits d’entrée, les Nazis à chaque coin de rues. Seule soupape de respiration : la bibliothèque tente tant bien que mal de continuer son activité et devient vite un des seuls endroits où il est possible de s’informer sur l’état du monde grâce à son fonds de presse étrangère.

Une quarantaine d’année plus tard. Lily, une adolescente, mène une vie un peu trop routinière à son goût dans son petit village du Montana, aux États-Unis. Elle ne rêve que de voyages et se montre fascinée par la culture Française. Lui vient alors l’idée d’aller interroger sa voisine Française : Odile.

« L’air préoccupé, Boris s’était rapproché.

– Votre tante n’est pas venue avec vous ? avait-il demandé. Il y a un moment que nous ne l’avons pas vue.

– Elle ne reviendra plus jamais.

Il avait choisi un volume sur l’étagère.

– Celui-ci traite de la famille, et de la perte. Et aussi de la manière de trouver des moments de bonheur même lorsque nous sommes au trente-sixième dessous.

« Je ne crains pas les tempêtes, car j’apprends à mener ma barque. »

Les quatre filles du docteur March était un de mes préférés. »

Ce roman utilise donc ce fameux procédé de double temporalité que j’aime personnellement beaucoup. Bien sûr, énormément de romans sont construits sur ce modèle et cela peut parfois sembler répétitif, mais lorsque cela est bien fait, c’est en général un réel plaisir à lire. Ici, nous suivons donc la vie d’Odile au travers de ses propres yeux durant l’occupation Allemande de Paris ; puis sa vie, mais cette fois à travers les yeux de Lily, dans les années 80. Et si je dois bien reconnaître une qualité à ce livre, c’est que l’autrice y exploite ces deux histoires avec conviction.

Odile, durant la guerre, ne sera pas à proprement parler une Résistante convaincue – même si à sa manière elle va accomplir des actes importants et engagés via son emploi à la bibliothèque – et se montrera même parfois peu maligne ou insouciante. Paris sous l’Occupation semble être un microcosme complètement coupé de l’extérieur, et j’ai trouvé cela très bien relaté ici bien que cela soit parfois fait avec trop de rapidité ou du moins d’ellipses qui nous laissent parfois en dehors du récit. Dommage, car les personnages qui gravitent autour d’elle sont intéressants : sans trop en dire, Une soif de livres et de liberté aborde la collaboration et l’ignorance avec une subtilité réellement intéressante que je n’avais jusque-là pas encore rencontrer dans d’autres titres, et s’intéresse aussi en toute fin aux scènes de violences qui ont accompagnées la libération de la ville – je pense notamment aux femmes tondues. J’ai vraiment eu la sensation qu’on explorait un peu les tréfonds de l’âme humaine dans ce qu’elle a de pire et de meilleur – souvent dans la même personne ! – malgré ce côté un peu trop chronologique et linéaire.

Suite à tout cela, le point de vue de Lily pourrait sembler être de trop, car il relate finalement la vie d’une adolescente lambda avec ses soucis, ses doutes et ses rêves. Pourtant, et c’est quelque chose qui là encore m’a plu, il n’y a à aucun moment de jugement de valeurs. Au contraire : au contact de Lily, Odile – désormais âgée – va se servir de ses douloureuses expériences de vie pour aider la jeune fille à faire des choix qu’elle ne regrettera pas. Inversement, au contact de Lily, Odile va enfin accepter de se retourner vers son passé et démêler le fil des évènements qui l’ont amené à vivre ici, dans le fin fond du Montana. De beaux personnages de femmes donc, avec un ton résolument émancipateur qui fait du bien.

En conclusion … Pas parfait, mais tout de même un beau roman qui a le mérite de s’intéresser à des personnages nuancés.


Une réflexion sur “Une soif de livres et de liberté, Janet Skeslien Charles

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