D’ombres et de cendres, Jérôme Camedescasse

Genre : Fantasy 🇫🇷

291 pages

Note : 3 sur 4.

[Titre obtenu sur Simplement.pro. Merci aux éditions Crin de chimère !]

« Au sein d’une opulente cité-État Alfare, Eydìs est une esclave humaine au service d’une maison prestigieuse. Domestique méprisée, elle accomplit en secret des missions en tant qu’Ombre. Espionne, combattante, courtisane, assassin… elle lutte dans la nuit éternelle de la ville pour la gloire de ses maîtres. Rongée par la solitude, consumée par son devoir, elle poursuit son rêve ténu de liberté, dague en main, drapée dans les ténèbres. Innocence, espoir, dignité, que sera-t-elle vraiment prête à sacrifier pour suivre les ordres sans se laisser gangrener par la souillure de son espèce déchue ? Est-elle condamnée à la faiblesse et la chute comme le prédisent les dieux ? Parviendra-t-elle, grâce à sa volonté, son fer et sa sagacité à défendre ce, et ceux, qu’elle aime ? »

Si mes souvenirs sont corrects, c’est un roman de Jérôme Camedescasse qui a été la première publication des éditions Crin de Chimère il y a désormais un peu plus d’un an. Un récit (L’impératrice des chimères) qui – je l’ignorais au départ – se situe dans le même univers que ce D’ombres et de cendres dont il est question aujourd’hui. À savoir une fantasy très fortement inspirée par la mythologie Nordique, mais également par les légendes Celtes. Cette idée d’écrire des romans indépendants dans un univers commun m’a d’emblée plu, car quoi de plus satisfaisant quand on est fan de fantasy que de voir tout un monde prendre forme ?

Ce roman va suivre la trajectoire d’un personnage, Eydìs. Il s’agit d’une jeune fille qui – sauf si j’ai raté une information – doit avoir aux alentours de quatorze ou quinze ans puisqu’elle est souvent désignée par le sobriquet « l’adolescente ». Eydìs est une humaine privée de ses libertés, esclave depuis son plus jeune âge d’une famille d’Alfars – terme communément traduit par le plus commun « elfes » – dans un monde souterrain tout sauf hospitalier. Dans ces cavernes lugubres, ce sont ainsi les Alfars qui dominent, de même que quelques Nains œuvrant dans des corps de métiers davantage artisanaux ou commerciaux. Les Humains sont eux considérés comme une espèce maudite, qui s’est autodétruite en guerres fratricides à la surface ; dans ce monde troglodyte, ils sont inhabituels et ne valent rien. Eydìs est une asservie particulière, puisqu’en plus d’accomplir certaines viles tâches, elle est également formée aux arts de l’ombre : ceux-ci comprenant déplacements furtifs et maniement des armes, notamment, afin de servir ses maîtres en effectuant leurs basses besognes.

« L’adolescente bloqua sur le pas suivant, incapable de reposer le pied qu’elle venait de lever. Avec une indicible frayeur, elle s’aperçut qu’elle ne pouvait plus ni bouger ni respirer. La sensation d’avoir échoué dans une toile invisible tel un moucheron imprudent la saisit de plein fouet. Un halo de lumière inonda brusquement le couloir, suffisant pour lui blesser la rétine jusqu’aux larmes. Shi’ntyr ôta son ongle de sa nuque et vint se planter face à elle. De la pure sorcellerie alfare ! Rien de plus redoutable n’aurait pu la surprendre sur son terrain. Elle en aurait tremblé des pieds à la tête si elle n’était pas figée. »

Si vous avez lu ma chronique jusqu’ici, vous n’avez pu que percevoir que je n’introduis aucun élément d’intrigue précis à la fin de mon résumé : et pour cause ! D’ombres et de cendres possède une construction singulière, qui m’a au départ complètement déconcertée. En effet, on peut considérer que dans ce roman – cela jusqu’au moins aux deux tiers – chaque chapitre nous relate une courte histoire comme un instantané de la vie d’Eydìs. Cela donne une impression relativement troublante au commencement et pour être honnête, il m’a fallu du temps pour assimiler l’idée qu’il s’agissait probablement d’une démarche consciente de l’auteur. Après coup, cette idée est loin d’être folle puisqu’elle peut évoquer une geste, ce qui n’est pas incohérent avec l’influence très prononcée des mythologies que l’on retrouve ici.

Cette configuration feuilletonnesque a donc de ce fait son sens ; cependant, si les chapitres effectuent les uns entre les autres liens et clins d’œil, il m’a très souvent manqué le mot de la fin lors de certaines aventures d’Eydìs, de même que dans l’introduction des nouveaux éléments ponctuant le récit. Je reste donc dubitative sur ce choix de l’épisodique, qui ne m’aura pas pleinement convaincu ; la superbe plume de l’auteur m’a néanmoins persuadé de poursuivre. Puis c’est finalement l’envie d’en savoir plus qui m’a gagné.

Au-delà de ces considérations stylistiques somme toute personnelles, il me faut mentionner le follement intéressant personnage d’Eydìs. Tout d’abord, son statut d’esclave donne au récit une dimension extrêmement sombre, du fait qu’elle ne peut absolument jamais disposée de son existence, de son corps ou même de ses compétences. Les lueurs d’espoir la concernant sont minces, voire inexistantes tant l’univers dans lequel elle évolue est cruel. Et si l’auteur en fait une combattante exceptionnelle (à l’image de son affrontement contre un barghest), il n’oublie pas pour autant le jeune âge de son héroïne – ce qui confère au récit un aspect initiatique vraiment plaisant à mesure qu’on l’observe gagner en maturité et en recul sur ce qu’est sa vie, jusqu’à une fin particulièrement réussie.

J’ajouterais pour terminer que si les termes mythologiques employés sont en général assortis de brèves notes de bas de pages, il peut être intéressant si vous vous plongez dans cet ouvrage de faire quelques recherches supplémentaires pour mieux appréhender encore le monde proposé par Jérôme Camedescasse.

En conclusion … Un roman prenant qui ne m’aura certes pas toujours convaincu dans sa forme, mais dont le fond lui m’a conquis.


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