Malboire, Camille Leboulanger

« Un coin entre mer et montagne. Une lande, longtemps après un désastre qui a laissé la terre exsangue et toxique. Ses rares habitants vivent les yeux tournés vers le ciel dans l’attente de la pluie, ou vers le sol où la mort les attend. La faute au Temps Vieux dont les traces subsistent encore sous forme de micro-organismes, qui devaient faire pousser le mais plus vite et plus droit, et de monstres autonomes qui continuent à labourer une terre depuis longtemps désertée par leurs concepteurs. Heureusement, il y a Arsen, qui a gardé des souvenirs, un appétit d’avenir, et surtout un projet : forer le sol pour trouver de l’Eau potable sous la Malboire afin d’échapper au diktat de la pluie. Et il y a surtout Zizare, qu’Arsen a tiré de la Boue et recueilli, tout comme Mivoix, sa compagne. Il leur donne le goût de l’aventure et ne les retient pas lorsqu’ils partent, obnubilés par la rumeur d’un barrage derrière lequel se trouverait une immensité d’Eau… Faire route avec Zizare, c’est entreprendre la quête d’un monde qui se fonde sur une quête des mots, c’est découvrir que géographie physique et géographie psychique se répondent, c’est entendre la leçon d’une fable écologique qui se conjugue pour le lecteur au futur antérieur. »


Genre : Post-apocalyptique   –   252 pages   –   Lu dans le cadre du Prix Imaginales des Bibliothécaires


Cette année, je participe au P(rix) I(maginales) des B(ibliothécaires) ! Mon avis sur les autres sélectionnés : L’enfant de poussière ; Comment le dire à la nuit ; Calame ; Une immense sensation de calme.

Malboire est un roman paru en 2018 aux éditions de L’Atalante et à côté duquel je suis complètement passé lors de sa sortie. Sa sélection au PIB n’est pourtant pas une surprise lorsqu’on le lit : réunissant littérature de l’imaginaire, histoire forte, personnages tout aussi fort et écologie, nous tenons sûrement ici le roman le plus engagé de la sélection.

Un futur proche, sur notre Terre. Le récit nous est raconté par Zizare, « né de la boue ». Ayant marché sans en avoir conscience dans une boue infâme depuis des années, il s’éveilla un jour, et prit conscience d’être grâce à un homme qui le recueillit, Arsen. Il se choisit un prénom, lui qui n’en avait pas, tomba amoureux puis décida de suivre sa destinée, à la recherche d’un barrage derrière lequel se situerait une eau saine.

« C’était sans doute cela qui nous séparait à tout jamais de Ceux de la boue, trop effacés pour reconnaître simplement la présence d’un autre qu’eux. Mais c’était aussi la différence avec ceux du Temps Vieux : je ne l’ai pas abandonnée à la boue et aux monstres, je n’ai pas détourné le regard, je n’ai pas disparu. « Plus jamais l’un sans l’autre. » Avaient-ils jamais possédé la capacité de prononcer une phrase pareille, de la croire et de s’y tenir ?
Marchant l’un après l’autre, dans cet éternel champ qui ne donnerait plus jamais rien, une idée nouvelle m’est venue, plus vraie que toutes les autres.
C’étaient eux, les véritable mange-terre.
« Ils l’avaient, ils l’ont dévorée. Ils ne nous ont laissé que les restes. » »

Entrer dans Malboire, c’est accepter de perdre ses repères. Le personnage de Zizare, tout comme les autres, ignore l’histoire des humains l’ayant précédé, et leur responsabilité dans le fait que l’eau est devenu à ce point impropre à quoique ce soit. Par exemple, il ne sait pas que Floréal, ce nom qu’il voit sur des sacs, des entrepôts, des machines dont il ignore d’ailleurs l’utilité n’est pas un Dieu ou un personnage illustre, mais probablement une entreprise d’herbicides : un des symboles forts de la pollution aujourd’hui. Il y a une multitude de références à l’humain d’autrefois d’ailleurs, que l’on devine mais que Zizare et les autres ne voient pas comme telles.

« C’est à ce moment que j’ai décidé pour de bon d’être fou. Comme Mivoix et comme Arsen, dont tous riaient jusqu’à ce que sa machine trouve l’Eau. Depuis, personne n’osait plus ricaner. Le fou avait eu raison. Rester sain d’esprit, c’était accepter le monde tel qu’il était : c’état piétiner le sable en priant chaque fois que son talon touchait le sol qu’il n’en ferait pas sortir la Malboire. Être sain, c’était se satisfaire des maladies, du tord-boyaux exécrable, de l’amer gruau de maïs quand il réussissait à pousser dans la terre exsangue. Et aussi de la démarche boitillante des volailles, le battement ridicule de leurs moignons déplumés, des bêlements étranglés des laineux quand les tumeurs leur prenaient la gorge et qu’il fallait les abattre, par pitié et pour pouvoir trouver le sommeil la nuit. Être sain, c’était le règne de la Malboire. »

16Malboire est un récit qui fait froid dans le dos, car cet avenir dont Camille Leboulanger parle nous semble parfois si proche qu’il est effrayant d’être mis par le biais d’un livre devant ce fait accompli. Ce qui est encore plus inquiétant à vrai dire est de penser au fait qu’il est même sûrement déjà trop tard pour agir, qu’on ne peut faire que retarder ou endiguer. À méditer, donc.

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4 réflexions sur “Malboire, Camille Leboulanger

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