Comment le dire à la nuit, Vincent Tassy

« La dame en noir vivait seule dans son château. Elle ne pouvait pas mourir. De tout ce temps qu’elle avait, elle ne faisait rien. Et puis un jour, elle trouva sur son chemin le garçon aux cheveux blancs.

Elle l’enleva.

Elle voulait vivre une histoire. Une histoire d’amour et de nuit qui traverserait les siècles. »


Genre : Fantastique   –   368 pages   –   Lu dans le cadre du PIB (Prix Imaginales des Bibliothécaires)


Cette année, je participe au PIB ! Cinq livres des littératures de l’imaginaire françaises sont à lire, et à départager : L’enfant de poussière ; Une immense sensation de calme ; Calame ; Malboire.

Comment le dire à la nuit est un roman fantastique français, qui nous propose de dépoussiérer un peu le mythe du vampire, dans la lignée d’Anne Rice, questionnements métaphysiques inclus.

Il faut un moment pour s’immerger dans l’histoire que nous propose de suivre ce roman, où plutôt LES histoireS, car elles ne se connectent pas immédiatement.

Il y a d’abord Athalie, une vieille vampire qui s’ennuie et n’a plus toute sa tête, surtout quand il s’agit d’Adriel, celui dont elle a choisi de faire son « enfant ». Il y a Leopold et Egmont, deux jeunes hommes de bonne famille qui s’aiment follement à une époque où cela est impossible. Il y a Parascève, une jeune femme dont la confiance en elle et la réussite affichée cache une mélancolie et un secret bien gardé. Puis il y a Rachel, jeune femme de notre temps née à la mauvaise époque, qui éclaire son studio parisien à la bougie et cultive son air maladif. Fan de la chanteuse Cléopâtre, la rencontre qu’elle gagne avec son idole s’apprête à changer sa morne vie.

« Les gens les plus intéressants sont ceux qui restent dans l’ombre. Ils ont l’intelligence de trouver un sens à leur vie sans chercher l’approbation du monde. »

Tous ces destins vont donc peu à peu se lier. Pour dire vrai, il m’aurait plu d’être plus surprise ; je disais au-dessus que les histoires ne se connectaient pas immédiatement, mais nous devinons tout de même assez rapidement des liens, des rapports. Le mystère planant, épais auquel semblait mener ce récit se découvre bien trop vite.

Cela est dommage, car les personnages sont particulièrement bien portraitisés. Ils sont, plus que l’histoire, le coeur de cette oeuvre  car ils partagent une mélancolie, une conscience de l’absurdité de la vie qui est finalement le sujet principal du roman. Forcément, ça n’en fait pas un roman facile à lire, ni à apprécier mais la plume de l’auteur oeuvre à merveille, tantôt sombre et gothique, tantôt caustique et cruel. Un exemple (ce moment m’a vraiment subjugué !) :

« Elle sirota son fantôme en faisant semblant d’être plongée dans le livre qu’elle avait emporté. La veille, elle avait décidé de prendre avec elle à l’opéra un livre « qui fait bien », au cas où l’occasionde lire en public se présenterait. Alors elle avait choisi les Oeuvres Complètes de Saint-John Perse en Pléiade – elle avait dû dégoter ça pour trois fois rien dans un vide-grenier. ça traînait dans sa bibliothèque depuis des années, et comme elle ne comprenait quasiment rien à ce que ce type écrivait, elle n’y avait presque jamais touché. Tiens, Saint-John Perse, s’était-elle dit en l’apercevant sur une étagère, c’est pointu ça, les bourgeois qui viennent à l’opéra vont apprécier. »

Elle s’était trouvée complètement ridicule, mais elle l’avait fait quand même. Elle se connaissait bien, à force. A la fois très vaniteuse et profondément convaincue de son insignifiance ; un mélange assez étrange à vivre. »

18Vincent Tassy signe donc un roman vraiment étonnant, que j’ai aimé découvrir. Pétri de réfrences, terriblement romantique au sens le plus tragique du terme et cultivant sa lenteur, ce récit détonne dans cette sélection aux oeuvres très immédiates. Comment le dire à la nuit lire, c’est accepter de ne pas savoir si l’on aime ou pas ce qu’on lit pendant un moment. Si le récit m’a parfois paru un peu long car manquant de surprise, il faut quand même souligner la qualité du style de l’auteur et son habileté à jongler entre les personnages et les tons. Franchement, sans le PIB, je n’aurai sûrement pas eu l’occasion de lire Comment le dire à la nuit et de découvrir cet auteur prometteur, dôté d’un style vraiment particulier.

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